Transport maritime de marchandises : comment freiner cette pollution exponentielle ?

Port du Havre
Port du Havre ©Getty
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La pollution du transport maritime représenterait 3% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde, si le secteur n'entame pas de changements, les émissions s'élèveraient à 17% d'ici 2050. Dépendants de ce transport, 90% de ce qui nous entoure a été transporté par un navire.

Qu'est-ce que le transport maritime de marchandises ? Le transport maritime est lié à une économie ultra-libérale (fragmentation des chaînes de valeur et globalisation des échanges). Peu cher et détaxé, c'est un transport qui fonctionne avec du fioul lourd. Le transport maritime a un caractère multi-scalaire, il est intéressant d'intégrer l’ensemble de la chaîne logistique à l’échelle internationale.

Le fret maritime représente 3% des émissions de gaz à effet de serre, néanmoins ce chiffre qui a trait à la pollution n'inclut pas le déversement de produits toxiques (eaux usées des navires eaux grises/eaux noires) en mer par les navires, la migration d'espèces invasives (eaux de ballast des navires), la pollution sonore, la perte de conteneurs en mer (risque pour l'environnement et la sécurité maritime), le recyclage des navires.

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Néanmoins, il existe un cadre réglementaire, avec lequel les compagnies de transports maritimes s'accommodent. Le secteur du transport maritime demeure opaque, 63% de la flotte serait sous pavillon de libre immatriculation.
72% des navires marchands sont sous pavillon du Panama (35%), du Libéria (19%) ou des îles Marshall (18%), cela peut être associé à une optimisation sur le plan fiscal, social et environnemental, c’est l’internationalisation du transport maritime qui permet cette volatilité.

La flotte de commerce rejette chaque année près d'un milliard de tonnes de CO2 dans l'atmosphère. C'est 3% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Des chiffres qui ne prennent en compte que la consommation de carburant de ces navires. Une pollution invisible qui porte aussi atteinte à la santé des habitants des villes portuaires. Mais comment réduire l'empreinte carbone de ce secteur d'activité polluant ? Quelles sont les implications des armateurs et quelles sont les alternatives aux carburants actuels ?

11 milliards de tonnes de marchandises en 2018

Derrière ce chiffre énorme se cache le reflet de la globalisation. Avec la fragmentation de la chaîne de production à l’échelle mondiale, il faut faire transiter ces marchandises dans les foyers de consommation qui se situent essentiellement en Europe et aux États-Unis. Ces marchandises proviennent essentiellement de la Chine, l’"atelier du monde", et le transport maritime est le principal vecteur de cette globalisation. Au total, ce sont 90% des transports de marchandises qui sont réalisés par bateau. On compte environ 53 000 navires de commerce chaque année. Eric Foulquier note que ces navires sont de plus en gros, c’est ce qu’on appelle la massification, ce qui crée en parallèle des efforts de transformation portuaire pour accueillir ces monstres des mers. Mais comment opérer une transition écologique dans un tel développement des transports maritimes ?

L’association Robin des bois, vigie du monde maritime

Charlotte Nithart est porte-parole de l’association Robins des Bois. Elle s’intéresse de très près au développement des transports maritimes et de ses problématiques écologiques : « Au départ, c’est à cause des catastrophes maritimes, des marées noires et du transport de pétrole brut en particulier. Mais aussi des pertes de conteneurs en mer ou des incendies qu'on s'est intéressé aux transports maritimes. C’est un travail de recherche à travers la presse dans le monde entier. Nous avons aussi un excellent réseau de correspondants de professionnels du monde maritime qui nous permet d’avoir une vision de la chaîne dans son intégralité. » L’association est au premier rang pour observer les effets de cette course à la massification dans un milieu qui reste encore opaque, Charlotte Nithart offre donc un témoignage précieux dans cette émission.

Le zoom de la rédaction
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La problématique du fioul lourd dans les transports maritimes

80% de la flotte mondiale de porte-conteneurs utilise encore le fioul lourd comme carburant. Un combustible très néfaste pour l’environnement et la santé humaine, mais qui a l’avantage pour les armateurs d’être peu cher, d’être disponible dans tous les ports et de ne pas être taxé. Pour Camille Valero, juriste et chargée d’études à l’Isemar, il y a une juridiction très molle à ce sujet, même si l’Organisation Maritime Internationale a fixé un objectif de diminution des émissions de gaz à effet de serre de 50% d’ici 2050 : « Nous sommes dans le droit international, donc il faut rassembler autour d’une table 174 états membres de l’OMI pour trouver des points de convergence, ça prend énormément de temps. » Certaines solutions voient le jour comme les scrubbers, un dispositif mis en place par les armateurs pour continuer à utiliser du fioul lourd. Ce sont des filtres en circuit fermé qui offrent une solution écologique. Problème, très peu de bateaux en sont équipés.

La catastrophe du porte-conteneurs Ever Given

En 2021, le porte-conteneurs Ever Given, d’une longueur de 400 mètres, bloque le canal de Suez. Malgré ses 220 000 tonnes, il avait été piégé par une rafale de vent et s’était échoué dans le sable. Une véritable catastrophe, car le canal égyptien concentre 10% du commerce maritime mondial, en gaz et en pétrole notamment. Et pourtant, ce raccourci entre l’Europe et l’Asie avait été élargi en 2015. De nouveaux travaux sont prévus en 2023 pour doubler sa capacité. Alors que le transport maritime est la solution la plus utilisée bien loin devant l’aviation, est-ce qu’il existe des solutions alternatives pour désengorger ces routes maritimes ?

On en parle avec :

Camille Valero, juriste et chargée d’études à l’Isemar (institut supérieur d’économie maritime)

Eric Foulquier, maître de conférences en géographie et écologie au laboratoire Littoral, environnement, télédétection, géomatique

Charlotte Nithart, porte-parole de l’association Robins des Bois

🎧 Pour en savoir plus, écoutez l'émission...

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