Que nous apprennent les primates sur la notion de genre ?
Que nous apprennent les primates sur la notion de genre ? ©Getty - Martin Harvey
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Que nous apprennent les primates sur la notion de genre ? Le primatologue Frans de Waal, spécialiste de l'empathie et de l'intelligence des animaux, s'intéresse à la notion de genre dans son dernier livre "Différents, le genre vu par un primatologue".

Après l'empathie et l'intelligence animale, le primatologue Frans de Waal s'intéresse à la notion de genre. Violence, sexualité, jeux, maternité et paternité, viols, pouvoir, dominance sont les différents points abordés dans Différents. Le genre vu par un primatologue, livre dans lequel il raconte la vie sociale des grands singes avec lesquels nous partageons 96 % de notre patrimoine génétique. Il précise que "les primates nous tendent un miroir qui nous permet d’aborder le genre sous un nouvel angle. Eux, c’est eux : ils sont un point de comparaison, pas un modèle à imiter".

Grâce aux singes : déconstruire nos propres stéréotypes

Le chercheur explique d'ailleurs, au micro de Mathieu Vidard, que "si la diversité des genres a toujours été présente chez les primates, ils n'ont jamais eu de problème avec ce rapport-là, aucun primate n'a réagi de façon positive ou négative si certain.e.s avaient des relations plus hétérosexuelles, homosexuelles ou les deux. On n'a jamais observé d'exclusion d'un individu pour cette raison dans une communauté".

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Frans de Waal est un primatologue américano-néerlandais. Son point de vue original, celui d’une comparaison entre les espèces, l’a conduit à abattre la distinction entre nature et culture et à démontrer la vanité du cloisonnement entre les études sur les hommes et celles sur les animaux. Comme il le précise lui-même, dans l'émission : "Alors qu'aujourd'hui on a tendance à considérer que quand on parle de singes, cela n'implique que de la biologie et de l'instinct, on se trompe, car chez les autres primates non-humains, il y a aussi des influences culturelles dans leurs propre manière d'envisager leurs comportements".

Il existe des comportements homosexuels chez beaucoup de primates, particulièrement chez les bonobos. Le chercheur n'a jamais constaté de réactions d'intolérance chez les singes par rapport à des comportements sexuels variés. Cela montre, d'après lui, "que nous les êtres humains, nous sommes une espèce extrêmement normative en catégorisant le genre humain, chez les autres primates, ils s'en fichent. Si quelqu'un est un peu plus homosexuel qu'hétérosexuel, ce n'est pas un problème pour eux". Les bonobos, par exemple, affichent des mœurs très libérées : "ils sont bisexuels. Ils sont autant hétérosexuels qu'homosexuels, ils font les deux de la même manière, et en même quantité".

Quand les chercheurs proposent des jouets à des singes

Les choix que font ces derniers sont loin d’être neutres et indépendants de leur sexe. Une première expérience a été menée il y a vingt ans sur le campus de l’université de Californie à Los Angeles. Deux chercheuses, Gerianne Alexander et Melissa Hines, ont donné à des singes vervets une voiture de police, un ballon, une poupée en peluche et une poignée d’autres jouets. Les singes mimaient les préférences sexuées des enfants (humains). Les véhicules, dont les voitures, étaient plutôt manipulés par les mâles, qui les déplaçaient sur le sol. Le ballon avait aussi leur préférence. Les poupées attiraient plutôt les femelles. Dans cette étude, tous les jouets n’étaient pas présentés en même temps, si bien que les singes n’avaient pas vraiment le choix.

Tout ce que nous savons, c’est le temps qu’ils ont passé à jouer avec chaque jouet. Pour combler cette lacune, une deuxième expérience a eu lieu avec des singes rhésus de la station de terrain du Centre national de recherche sur les primates Yerkes, près d’Atlanta. Deux types de jouets ont été donnés à un groupe de 135 singes pour voir lesquels ils choisiraient : des peluches souples, notamment des poupées, et des jouets à roues, notamment des voitures. Tous les jouets leur ont été présentés simultanément. Les singes mâles préféraient les jouets à roues. Ils étaient plus sélectifs que les femelles, qui aimaient tous les jouets, y compris les voitures. Comme ils étaient indifférents aux peluches, la plupart d’entre elles ont fini entre les mains des femelles.

Et en liberté, comment se comportent les petits primates ? Les primatologues Sonya Kahlenberg et Richard Wrangham ont travaillé quatorze ans dans le parc national de Kibale, en Ouganda, et ils ont observé à de nombreuses reprises de jeunes chimpanzés transportant des pierres ou des bûches comme s’ils portaient un bébé, mais ce comportement était de trois à quatre fois plus fréquent chez les jeunes femelles que chez les mâles.

La sororité chez les bonobos

Les bonobos déploient toutes sortes de combinaisons dans leurs rapports sexuels, mais les rapports entre femelles ont une importance particulière. Selon le primatologue, "c’est le ciment de la sororité . Le modèle le plus courant est ce qu’on appelle le frottement GG (pour génito-génital), également appelé « hoka-hoka ». Dans la forêt, quand des groupes se mélangent, les femelles peuvent se liguer contre les mâles agressifs. Des études de terrain confirment que les femelles forment une barrière de protection contre le harcèlement des mâles. Leur solidarité leur permet d’endiguer leur violence et dépasse les frontières du groupe."

Adoption chez les primates mâles

"Christophe Boesch a travaillé pendant trois décennies dans la forêt de Taï, où il a recensé au moins dix adoptions de chimpanzés mâles sauvages après la mort soudaine ou la disparition de leur mère. En 2012, le film intitulé Chimpanzé raconte comment Freddy, le mâle alpha d’une communauté de la forêt de Taï, a pris Oscar sous son aile. La mère d’Oscar venait de mourir de causes naturelles. Alors que les perspectives semblaient sombres pour le petit Oscar, l’équipe de tournage est restée sur place. Freddy s’est comporté comme d’autres mâles adoptifs, qui laissaient le jeune dormir dans leur nid de nuit, le protégeaient contre les dangers et partaient immédiatement à sa recherche s’il se perdait. Un mâle est censé avoir un certain type de réaction face à un nouveau-né. Bien qu’il soit parfaitement capable de le prendre dans ses bras, ce geste est considéré comme l’apanage des femelles. Il arrive que les normes sociales soient plus rigides que la biologie qui les sous-tend. Autant il serait malavisé d’ignorer la biologie, autant il est réducteur de la rendre responsable du partage des rôles tel qu’il existe. Aujourd’hui, nous en savons suffisamment sur le comportement des animaux et des humains pour affirmer que l’arsenal des réponses est bien plus souple qu’on ne le croit souvent."

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Programmation musicale

  • 14h20
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    Adele Trottier-Rivard, Nicolas Basque

    Album Le soleil et la mer (2022)
    Label SECRET CITY RECORDS
  • 14h39
    Monterey
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    NICK WATERHOUSE
    Monterey

    Album Monterey (2022)
    Label INNOVATIVE LEISURE

L'équipe

Mathieu Vidard
Mathieu Vidard
Mathieu Vidard
Production
Valérie Ayestaray
Réalisation
Chantal Le Montagner
Collaboration
Anna Massardier
Collaboration
Lucie Sarfaty
Collaboration
Thierry Dupin
Collaboration
Camille Crosnier
Journaliste