Bâtir et habiter les déserts. Ici une zone désertique en Namibie
Bâtir et habiter les déserts. Ici une zone désertique en Namibie ©Getty - Martin Harvey
Bâtir et habiter les déserts. Ici une zone désertique en Namibie ©Getty - Martin Harvey
Bâtir et habiter les déserts. Ici une zone désertique en Namibie ©Getty - Martin Harvey
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Dans le cadre de la 33e édition du Festival International de Géographie de Saint-Dié-des-Vosges qui se tient du 30 septembre au 2 octobre 2022.

Le désert, carrefour commercial de l'Ancien Monde

Ils étaient le cœur de l'Ancien Monde. Traversés par d'immenses routes commerciales pour la soie, l'or ou l'encens, ces routes qui allaient du Maroc jusqu'à la Chine étaient responsables du fonctionnement des anciennes sociétés. Au fil des siècles, le désert est progressivement devenu un cliché, progressivement, on a marginalisé ces sociétés en les considérant comme archaïques, en les folklorisant. Ses habitants ont toujours géré des formes de rareté et de pénurie. Avec une surface totale d'un quart des terres immergées à la surface du globe, le désert n'a pas encore révélé tous ses mystères. Que pouvons-nous apprendre du désert face au réchauffement climatique actuel ?

La détérioration des oasis

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À cause de longues périodes de sécheresse, certaines oasis ont connu une vague de migration de ses habitants, les privant de main-d'œuvre et ont transformé le secteur agricole en une activité non-productive. Pour exemple, la périphérie d'Er-Rissani dans le Sud-Est du Maroc, et la dramatique détérioration de ses oasis. L'agriculture s'y est marginalisée. Depuis les années 1980, le sable ne cesse d'avancer sur la ville. À cause de l'urbanisation et de la surexploitation des eaux de surface, la nappe phréatique est en forte baisse, ce qui amplifie la sécheresse des sols.

Faire cohabiter la ville et l'agriculture

Selon le géographe David Goeury : « Il y a la possibilité pour les hommes d'établir des climats en faisant des alliances avec les végétaux. De l'Asie Centrale jusqu'au Maroc, on peut voir des sociétés humaines qui ont développé des savoirs agronomiques autour de plantes spécifiques comme le palmier, le dattier, l'olivier, le grenadier, le caroubier, et même le blé. Ils ont pu établir un climat grâce à ce qu'on appelle des métabolismes agri-urbains. On a voulu séparer l'agriculture et la ville de manière absurde alors qu'elles sont consubstantielles et que ces deux mondes peuvent s'allier pour faire face à l'adversité. »

À lire aussi : Le retour au désert

La paléo innovation

David Goeury évoque également l'exemple de l’agriculture au Sahara où seulement un peu de sable suffit pour faire pousser des légumes : « La capacité de cette agriculture, c'est aussi d'établir un métabolisme circulaire où l'on va avoir tous les déchets ménagers, mais aussi les fumiers, animaux et humains qui sont collectés pour créer un engrais naturel. » Un modèle d'agriculture qui date d'il y a des millénaires. Des dispositifs ancestraux qu'on appelle la paléo innovation, c'est-à-dire remettre au goût du jour des techniques anciennes d'agriculture. Mais le désert voit aussi apparaître de nouvelles techniques modernes pour l'exploitation agricole et notamment pour y amener l'eau. Cela se fait par la science hydraulique dont l'enjeu premier est de capter l'eau par exemple grâce à des galeries drainantes qui vont capter les eaux de ruissellement. Cette nouvelle agriculture désertique permet de nouveaux types de culture. Récemment, dans le sud du Maroc, on amène des pastèques à maturité de façon très précoce dès le mois de mars.

Le projet The Line Neom

Dans cette émission, les invités évoquent le projet The Line Neom, une ville futuriste proclamée écologique et technologique. Pensé par le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, ce projet gargantuesque permettrait à 9 millions de personnes d'y vivre. Avec une hauteur de 500 mètres, cette mégalopole serait reliée aux deux extrémités par un train. Le trajet devrait durer 20 minutes pour une distance de 170 km. Mais est-ce vraiment réalisable et écologique ?

À réécouter : Les manuscrits du désert

Avec Thibaut Sardier, président du festival, par ailleurs géographe et journaliste à Libération. Une double casquette qu’il veut utiliser pour montrer qu’il n’est pas contradictoire de faire un festival « avec beaucoup de rigueur scientifique et qui soit accessible à tous ».

Salima Naji architecte DPLG et docteure en anthropologie sociale. Elle est engagée dans de nombreux projets de protection du patrimoine oasien. Elle a construit à ce jour une quarantaine de bâtiments bioclimatiques en terre ou en pierre. Depuis près de 20 ans, elle s'attache à faire revivre des techniques de construction vernaculaires au Maroc. Son approche est développée dans l'ouvrage suivant : «  Architectures du bien commun. Ethique de la préservation ».

David Goeury, géographe, membre de l’unité de recherche «  Médiations. Sciences des lieux, sciences des liens » de Sorbonne Université. Il co-dirige un ensemble de programmes de recherche sur la résilience et les transformations des espaces oasiens. Il est par ailleurs le co-auteur de Résonances oasiennes. Approches sensibles de l’urbain au Sahara aux éditions MétisPresses.

Pour en savoir plus, écoutez l'émission...

À réécouter : Le Sahara, terre d'Hommes
55 min

Programmation musicale

L'équipe

Mathieu Vidard
Mathieu Vidard
Mathieu Vidard
Production
Valérie Ayestaray
Réalisation
Chantal Le Montagner
Collaboration
Anna Massardier
Collaboration
Lucie Sarfaty
Collaboration
Thierry Dupin
Collaboration
Camille Crosnier
Journaliste