Sommes-nous trop nombreux ? ©Getty - JuSun
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Résumé

Bientôt 8 milliards, est-ce que c’est ça le problème ? Existe-t-il une limite écologique fondamentale en matière de population humaine ? Pourquoi la question est si compliquée ?

avec :

Laure Noualhat (journaliste, auteur et réalisatrice).

En savoir plus

Alors que le huit milliardième petit être humain doit faire son apparition dans les mois qui viennent, le média Reporterre s’est penché sur l’épineux dossier de la démographie. Sommes-nous trop nombreux pour le système-Terre ? Faut-il s’inquiéter de l’évolution de la population mondiale ?

Cette inquiétude vient notamment de Paul. Ehrlich, l'auteur de La bombe P, en 1968, un best-seller qui prédisait une croissance démographique exponentielle propre à terrifier le monde. Un demi-siècle plus tard, où en est-on de cette "explosion" démographique ? La croissance n’est en tout cas pas exponentielle, comme on pourrait le craindre.

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55 min

Après les voitures diesel, l'avion, le bifteck et le plastique, faut-il arrêter les enfants ?

Un sujet complexe et clivant

Laure Noualhat, journaliste à Reporterre.net, l'indique en préambule du débat, se questionner sur la démographie à l'aune de l'écologie est un sujet clivant : "c'est quelque chose qui touche à l'intime. Normalement, la question de la politique de naissances, la question de mettre un enfant au monde ne concerne rien d'autre que la chambre à coucher. Et en réalité toutes les politiques de naissance, de subventions, d'incitation, etc., cela existe déjà. On est au croisement, comme on le lit aussi dans le livre d'Emmanuel Pont d'un choix de société mais aussi d'un choix individuel."

Dans les pays riches, où la contraception est accessible, la question du choix d'avoir ou non des enfants est abordée.

Faire ou non des enfants : une décision multi-factorielle

Laure Noualhat veut aller contre les idées reçues, et elle affirme, à propos des pays où le choix d'avoir des enfants est possible : "faire ou ne pas d'enfants est multifactoriel, on le sait bien. Et tout ramener ça exclusivement à l'écologie, c'est un peu un biais médiatique qui n'est pas très sympa et pas très réaliste. Tous les jeunes qui aujourd'hui disent : 'je ne ferai pas d'enfants, je ne veux pas d'enfants.' On verra ce que le plateau de la vie leur servira. Mais on est dans un élément très multifactoriel. Ne pas faire d'enfant pour la planète, franchement, la planète s'en tape. Vous pouvez faire autant d'enfants que vous voulez."

Au point de vue mondial, l'impact des naissances n'est pas le même suivant les pays.

L’empreinte carbone n’est pas la même pour toutes et tous

Pour Emmanuel Pont, ingénieur et blogueur : "Aujourd'hui, les pays les plus riches sont aussi les plus polluants, ont une natalité qui est plutôt faible. La croissance démographique est plutôt dans des pays pauvres mais qui sont beaucoup moins polluants. En comparant par exemple un Américain et un Nigérian : il y a sept enfants par femme au Nigera aujourd'hui, l'empreinte carbone du Nigérian moyen est à peu près 100 fois moins élevée que celle de l'Américain moyen."

Laure Noualhat ajoute : "il y a aussi le confort de vie. Ne pas avoir de bilan carbone avec sept enfants par femme dans la capitale nigériane, c'est super bien, mais est-ce qu'il n'y a pas des problèmes d'assainissement, d'eau, de confort de vie, de logement, d'accès à des services, à la santé...”

Réfléchir de façon différenciée

Pour Laure Noualhat, il faut notamment agir dans les pays riches : "Le concept de population globale n'existe pas. En réalité, 8 milliards, mais 8 milliard de quoi ? De consommateurs européens, de Burkinabés, de Japonais qui vieillissent et qui, en l'an 3000, n'existeront peut-être plus sur Terre, à ce rythme de non-reproduction, on va dire. Si on cadre tout ça dans la question des limites planétaires, je crois que la conclusion est simple : il faut diviser par dix nos consommations dans les pays les plus riches, par vingt parfois. Il faut aller à ces fameuses deux tonnes de CO2 par habitant et par an pour ne pas dépasser les fameux plus de 2 °C attendus."

La question de l'alimentation est également importante, comme l'explique Emmanuel Pont : "Aujourd'hui, on sait qu'on peut tout à fait nourrir 10 milliards de personnes, on pourrait nourrir tout le monde. Par contre, ça ne veut pas dire que c'est simple. Il y a un certain nombre de changements qui sont possibles, parmi lesquels manger moins de viande, gaspiller moins. Changer un certain nombre de pratiques agricoles. Donc on peut très bien. On sait comment faire pour nourrir 10 milliards de personnes de manière soutenable. Mais c'est un effort important."

Mais il existe aussi un énorme problème d'accès à la contraception dans certains pays, auquel il faut réfléchir. 121 millions de grossesses non désirées sont enregistrées chaque année dans le monde, c'est près de la moitié des grossesses. Valérie Golaz, démographe, le dit : "il y a quand même un problème de santé publique majeur qui est qu'il y a encore des femmes ou des familles qui n'accèdent pas aux moyens de contraception qu'elles souhaiteraient avoir, qui ont des grossesses non désirées et font des enfants alors qu'elles auraient préféré ne pas en faire."

Pour en savoir plus, écoutez l'émission dans son intégralité...

Les invités

  • Valérie Golaz, chargée de recherche à l'Institut national des études démographiques (INED)
  • Laure Noualhat, journaliste à Reporterre.net
  • Emmanuel Pont, ingénieur et blogueur, auteur de Faut-il arrêter de faire des enfants pour sauver la planète ? Entre question de société et choix personnel (Payot)
À lire aussi : La contraception
4 min
Références

Programmation musicale

  • 14h53
    L'amour à la plage
    L'amour à la plage
    Niagara
    L'amour à la plage

    Muriel Laporte (Compositeur)

    Album Encore un dernier baiser (1986)
    Label Polydor (831310-2)

L'équipe

Mathieu Vidard
Mathieu Vidard
Mathieu Vidard
Production