Dans la forêt de Białowieża en Pologne, une des dernières forêts d'Europe de l'Ouest
Dans la forêt de Białowieża en Pologne, une des dernières forêts d'Europe de l'Ouest ©Getty - Josep Llus Asensio Richart / EyeEm
Dans la forêt de Białowieża en Pologne, une des dernières forêts d'Europe de l'Ouest ©Getty - Josep Llus Asensio Richart / EyeEm
Dans la forêt de Białowieża en Pologne, une des dernières forêts d'Europe de l'Ouest ©Getty - Josep Llus Asensio Richart / EyeEm
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Françis Hallé et son projet de forêt primaire eu Europe de l'Ouest, Marius Ruchon jeune délégué biodiversité à la #COP15, Marine Calmet contre les centrales biomasse en Guyane

Avec
  • Marine Calmet juriste

Marine Calmet intervient comme juriste de l’association de défense de l’environnement Maiouri Nature Guyane, pour s’opposer notamment au développement de l'industrie de la biomasse et de ses conséquences.
En mars 2021, Marine Calmet a publié l’ouvrage Devenir gardiens de la nature – Pour la défense du vivant et des générations futures chez Tana Éditions.

Le contexte : depuis quelques années La Collectivité Territoriale de Guyane (CTG) et l’Etat français souhaite développer un grand plan biomasse et agrocarburants (sous couvert de développer les énergies renouvelables) pour atteindre une autonomie énergétique à hauteur de 50% d'ici 2030 en Guyane. Mais pour rendre possible ce programme, il est nécessaire d’industrialiser la production de déchets dans le secteur agricole et forestier.

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Marius Ruchon, creusois et jeune naturaliste, vient nous parler de son engagement via son association des Blairoudeurs avec laquelle il organise différentes actions de terrain. Il est également jeune délégué pour la biodiversité et s'est rendu à la COP15 avec la délégation française pour porter la parole de la jeunesse et faire un "lobbying jeune".

Le botaniste et spécialiste des forêts Francis Hallé nous donne des nouvelles de son projet fou : recréer une foret primaire en Europe de l'Ouest. Après avoir reçu des avis favorables de l'Union européenne et de plusieurs élus nationaux et régionaux, Francis Hallé fait le point avec nous.

De nouvelles centrales biomasses en Guyane ?

La France a pour projet d'installer de nouvelles centrales biomasse en Guyane pour permettre l'essor des agrocarburants, notamment pour le secteur du spatial. L'idée serait-elle de raser la forêt pour faire décoller des fusées bio ? Pour Marina Calmet : « C'est de cette manière qu'on l'a présentée pour choquer suffisamment les esprits et attirer l'attention du public. Le but, c'est de développer massivement l'exploitation forestière pour nourrir toujours plus de centrales, et développer les agrocarburants, c'est-à-dire remplacer de la forêt, notamment la forêt primaire, par de la monoculture, pour faire ces agrocarburants, et notamment pour le secteur spatial. »

Pour rappel, la biomasse est une énergie produite à partir de bois directement ou de déchets, c'est-à-dire l'utilisation de tout ce qui est organique pour produire une énergie. Le problème actuellement, c'est que nous sommes en pleine révision de la directive sur les énergies renouvelables. Cette directive européenne vise à encadrer et à mettre des critères sur ce qui est durable ou non. Pour Marine Calmet : « Un amendement vient d'être déposé par un député de La France Insoumise avec le soutien du groupe parlementaire de la majorité présidentielle qui a glissé une dérogation pour la Guyane pour permettre d'accélérer l'installation de nouvelles centrales et permettre l'essor des agrocarburants pour l'usage notamment du secteur spatial. Pour nous, c'est une alerte. Il y a en Guyane française une biodiversité exceptionnelle. La forêt amazonienne est notre meilleur atout pour lutter contre le réchauffement climatique. Utiliser du bois de cette forêt pour produire de l'énergie, c'est inconcevable pour nous, et à aucun moment cette énergie n'est durable. Malheureusement, comme la Guyane nous semble loin, on se permet des choses qu'on n'oserait même pas imaginer sur le territoire de la métropole. »

Un désastre pour la Guyane

Il existe déjà trois centrales de biomasses en Guyane. Jusqu'ici, elles reposaient sur un équilibre stable par son utilisation de déchets de scieries et d'exploitation forestière non-intensive. Le problème, c'est qu'on se dirige tout droit vers une intensification et à un passage aux agrocarburants. Pour Marina Calmet : « Cette idée farfelue, d'utiliser des agrocarburants pour faire des voyages dans l'espace est grotesque. Ce qui est aussi très inquiétant, c'est de donner ce genre de signal en donnant un feu vert à ce genre d'industrie. On l'a vu en Europe, ça a conduit notamment à des trafics de bois entre la Pologne et l'Autriche. Il faut savoir que 10 à 15 % du bois en Europe, sont d'origine inconnue. On a une énorme difficulté à tracer ce bois. La Guyane est un territoire qui à peine une capacité de survie et qui est une passoire pour les trafics en tous genres. Ce serait un véritable désastre. »

De graves conséquences pour les agriculteurs

Ce projet aura également des conséquences gravissimes sur les populations autochtones qui vivent dans ces forêts. La France s'est pourtant engagée à restituer des terres aux peuples autochtones de Guyane. Le problème, c'est que ce sont souvent les industriels, et notamment ceux de la biomasse, qui sont privilégiés sur l'attribution des terres. Cela crée une concurrence entre les agriculteurs qui veulent fournir de l'alimentation locale aux habitants et les autres. Un véritable accaparement des terres au profit de ces producteurs qui bénéficient non seulement de terres, mais aussi d'argent public : « Ces industriels veulent bénéficier du statut d'énergie renouvelable en contournant les critères de la directive européenne pour pouvoir bénéficier à la fois de l'argent de l'Europe et des aides publiques de l'État », explique Marina Calmet.

Recréer 70 000 hectares de forêts primaires en Europe

Recréer 70 000 hectares de forêts primaires en Europe, et notamment en France, un projet écologique fou soutenu par des scientifiques, des naturalistes, mais aussi une des citoyens embarqués par une association crée par le botaniste et spécialiste des forêts, Francis Hallé : « Avec Eric Fabre, nous avons créé l'association pour prendre en main ce projet. Il faut savoir qu'il n'y a plus de forêts primaires en Europe, il n'en reste qu'une en Pologne qui est en très mauvais état. La solution, c'est donc de favoriser la renaissance d'une forêt de ce type-là, si possible au plus près de chez nous, parce que c'est plus intéressant de le faire là où il y a beaucoup de population, car c'est là qu'on en a besoin. Nous sommes en pourparlers avec la Belgique puisque les Ardennes, c'est des deux côtés de la frontière et avec l'Allemagne, la Rhénanie-Palatinat et les Vosges de l'autre côté. »

Une forêt primaire à nos portes

Cette forêt primaire européenne se situerait dans la région Nord-Est de la France où il y a 70 000 hectares entre la France, la Belgique et l'Allemagne qui sont disponibles, c'est à dire une surface de 26 km2. Aujourd'hui, les forêts françaises et européennes sont exploités par l'industrie du bois où il est impensable de laisser en paix une forêt. Mais quelle serait la législation autour de cette forêt primaire ? Francis Hallé l'explique : « La chasse ne serait évidemment pas autorisée et la présence du public souhaité. Nous le faisons tout d'abord pour nos contemporains, pour qu'ils puissent s'y balader, mais par n'importe où. Les vieilles forêts ont des sols très meubles et si on marche trop, ça étouffe les racines et ça peut faire mourir les arbres. On va construire des caillebotis en bois comme cela se fait dans beaucoup de parcs nationaux dans le monde entier. »

Pour en savoir plus, écoutez l'émission...

La Terre au carré
54 min

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