Sans sobriété, on n'y arrivera pas ©Getty - David Zaitz
Sans sobriété, on n'y arrivera pas ©Getty - David Zaitz
Sans sobriété, on n'y arrivera pas ©Getty - David Zaitz
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Résumé

C'est ce qu'expliquait Jean Jouzel lors d’un débat organisé en juillet par La Chaîne parlementaire. Pourtant, si l'idée fait son chemin, la sobriété n’est pas vraiment l’axe principal autour duquel se construisent nos politiques publiques. En partenariat avec Reporterre.net

avec :

Hortense Chauvin (Journaliste spécialisée écologie à "Reporterre"), Bruno Villalba (Sociologue, maître de conférences en science politique à AgroParisTech, spécialiste des politiques publiques environnementales), Cécile Desaunay (Directrice d'études à Futuribles, spécialiste des questions de consommation et de modes de vie).

En savoir plus

Puisqu'il n'est pas possible que l’on continue à vivre avec ce niveau de consommation d’énergie, même avec des énergies non carbones, nous n'échapperons pas à la sobriété, qu’elle soit organisée ou subie. 

Mais alors qu'un nombre grandissant d'experts et d’institutions l'exigent pour diminuer nos économies d'énergie, elle reste le parent pauvre des pouvoirs publics, malgré les beaux discours des politiques...

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Parce qu'elle demande une remise en cause de nos modes de vie, à la fois individuels et collectifs, la sobriété fait peur. 

Comment lever les freins pour s'engager collectivement dans cette démarche essentielle ? 

Reporterre mène l’enquête en quatre volets publiés toute cette semaine. Premier volet : Pour le climat, économiser l’énergie est indispensable

Extraits de l'entretien 

L'Energie, l'enjeu numéro un

Bruno Villalba : "Quand on évoque la sobriété, on oublie qu'économiser l’énergie est primordial. C’est d’ailleurs ce qui rend la question de la sobriété un peu compliquée. On imagine que changer une ou deux pratiques améliorerait la situation… Mais si on prend en compte l’énergie, il ne s'agit plus d'un ou deux changements. C'est d'autant plus difficile à faire comprendre que l'énergie est une substance assez impalpable, en tout cas largement dématérialisée."

Cécile Desaunay : 

L’empreinte carbone des Français est de 11 tonnes. Si on veut respecter les Accords de Paris, il faudrait descendre à deux tonnes.

L'ébriété consumériste : la faute à notre imaginaire collectif

Cécile Desaunay : "La sobriété est toujours un problème parce qu'on a un imaginaire collectif qui reste celui de la société de consommation, tellement puissant qu’en 60 ans il est devenu la norme dans les pays occidentaux, et le devient dans un certain nombre de pays en voie de développement. 

Mais c'est un système qui se fissure un peu de tous les côtés parce qu'on prend conscience de ses impacts négatifs. Il faut penser quelle place aurait la consommation demain dans notre société et imaginer quelle(s) alternative(s) pourrai(en)t nous placer dans une posture plus tenable par rapport à l'enjeu climatique."

Des choix individuels, mais aussi collectifs

Nous sommes en pleine période "d'ébriété" pour des raisons en partie structurelles. Si vous habitez en pleine campagne, vous allez préférer utiliser votre voiture plutôt que des transports en commun parce que vous n'avez pas une offre de transports qui vous permet d'aller vers des alternatives sobres."

Sobriété et rentabilité pour financer notre système social ? 

Bruno Villalba : "La rentabilité, est quelque chose qui s'inscrit dans un système de compétition économique, de concurrence. 

La sobriété, au contraire, c'est élaborer d'autres types de liens, réfléchir  à la valeur d'usage d'un bien plutôt que sa valeur monétaire ou sa valeur d'échange.

On voit bien que si on s'inscrit dans une logique de rentabilité de la sobriété, on risque simplement de déplacer un modèle productif qui sera toujours un modèle consumériste, mais pas vraiment de répondre aux problèmes écologiques qui sont les nôtres actuellement."

Cécile Desaunay : "On est face à un double enjeu qui paraît irréconciliable. D'un côté, comment fait-on pour avoir un modèle de développement qui soit compatible avec les limites planétaires, les limites écologiques et les enjeux climatiques ? Et de l'autre, comment fait-on pour conserver  un système qui produit suffisamment de richesses pour satisfaire nos besoins collectifs ? Et on n'a pas encore trouvé la solution.

Il faut avoir une vision d'ensemble : regarder les secteurs qui devront diminuer et ceux qui vont se développer pour répondre aux nouvelles propositions écologiques."

Nous n'avons pas le choix. Une étude de la BCE (La Banque centrale européenne) révèle que si au niveau européen nous ne prenons pas de mesures suffisantes pour lutter contre le changement climatique, cela nous coûtera 10 points de PIB. La transition écologique coûte moins cher."

Beaucoup de co-bénéfices à la sobriété

**Cécile Desaunay : "**Une société sobre serait un lieu où il y aurait moins de pollution de l'air qui tue des millions de personnes par an dans le monde. Ça pourrait aussi être une société où on fait davantage d'activité physique et donc, avec une meilleure santé cardiovasculaire..."

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