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C’est l’heure du billet de Charline Vanhoenacker, un billet rebaptisé le « bifton ».

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Oui, un billet rebaptisé le « bifton », puisqu’il est consacré à Bernard Tapie… et à la fin d’une époque. L’homme était admiré parce qu’il s’était construit tout seul. Aujourd’hui il serait admiré s’il s’était déconstruit tout seul. On parle d’un homme qui dans les années 80 n’a pas hésité à gesticuler en jogging vert entre Véronique et Davina. Quel autre homme de pouvoir est capable de se prêter à une séance d’aérobic devant des caméras, à part Jean-Michel Blanquer ? 

Les hommages sont nombreux depuis hier : on a entendu Jack Lang, Claude Lellouche… Jack Lang, Guy Roux, Jack Lang mais aussi Jack Lang. Pour autant, rendre hommage à Bernard Tapie est un exercice délicat, où il faut pouvoir séparer l’homme de l’entrepreneur, du chanteur et du ministre… Il faut aussi séparer l’homme du comédien, du justiciable et du pilote de course qui remporta le Paris-Béthune en 1993. (Tapie c’était le cauchemar des conseillers d’orientation.) 

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Il avait commencé par redresser la société Terraillon : une marque de casseroles… Episode prémonitoire d’une vie passée dans « les affaires ». Et quand pour certains, leur ennemi, c’est la finance… lui c’était le Crédit Lyonnais. Et là, Bernard Tapie était courageux. S'attaquer à une banque ! Moi, déjà, quand j'ai cinq euros d'agios, j’hésite à appeler mon conseiller… Tapie, lui, dénonçait le fait de s'être fait arnaquer. Et ça, ce n’est pas donné à tout le monde : si on commence à tous porter plainte quand on se fait entuber par sa banque, les tribunaux seront vite encombrés. 

Il a aussi été ministre sous Mitterrand alors qu’il était spécialisé dans le rachat d’entreprises en dépôt de bilan : le PS a toujours été à la pointe de l’autodérision… Il fut un ministre charismatique de la ville. 

Depuis, ce ministère a vu passer d’autres grands noms, jusqu'à aujourd'hui, avec… avec… Allez ! Interro surprise Thomas Legrand ! Tapie était homme politique et entrepreneur. Comme Montebourg. Sauf que Tapie, les Français le reconnaissaient dans la rue. Et puis il a été patron de presse. Je me rappelle, quand j’ai entendu qu’il rachetait « La Provence », moi je croyais que c’était la région !  

Et puis il s’est longtemps battu contre un autre cancer : celui de l’extrême-droite. En tous cas sur les plateaux télé, il jouait le barrage. Sans doute parce qu’il avait compris qu’en face, ils étaient encore plus nuls en économie qu’en histoire. 

Bref, Bernard Tapie a montré que dans cette société, si on se battait dur, qu'on travaillait beaucoup et qu'on trichait un peu, il était possible de réussir. Il aurait du être jugé jeudi dans l'affaire de l'arbitrage alors qu'il avait été relaxé en première instance. Sa disparition stoppe la procédure, il restera donc à jamais innocent. Même sa mort, il a réussi à la négocier dans son intérêt. Peut-être même que de là où il est, il a trouvé le moyen de négocier le prix de ses funérailles. Respect.

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Charline Vanhoenacker
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