Les filles de 1973

Vincent Delerm et François Morel
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Vincent Delerm et François Morel - Bertrand Jamot pour Vincent Delerm/Tôt ou tard
Vincent Delerm et François Morel - Bertrand Jamot pour Vincent Delerm/Tôt ou tard
Vincent Delerm et François Morel - Bertrand Jamot pour Vincent Delerm/Tôt ou tard
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On dit que j’hésite entre la poésie et l’humour, c’est possible, mais surtout, je n’hésite pas, quand la réalité l’impose.

Quitte à choquer, quitte à blesser, à donner un grand coup dans la fourmilière, à ruer dans les brancards, à soulever des lièvres, quand ce n’est pas à pratiquer ces trois activités en même temps, ce qui suppose, et vous n’en n’avez pas idée, une véritable dextérité.

Venons-en au fait. Ça va faire mal. Si je dénonce aujourd’hui un scandale ce n’est pas de gaité de cœur puisque le coupable de l’affaire que je mets en avant ce matin est un homme pour qui je porte estime et affection. Mes liens personnels devaient-ils entrer en ligne de compte et m’obliger à me taire quand s’impose la passion de la vérité ? Certainement pas.

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Vincent Delerm, puisque c’est de lui dont il s’agit, Vincent Delerm est l’auteur (j’emploie le mot auteur comme je dirais auteur d’un délit, auteur d’un crime), Vincent Delerm est l’auteur de la chanson à obsolescence programmée.

Vincent Delerm a délibérément conçu une chanson dont il savait pertinemment, et en toute connaissance de cause, qu’elle serait, du jour au lendemain, périmée puisque l’allégation selon laquelle « Les filles de 1973 ont trente ans » ne saurait en aucun cas constituer une affirmation pérenne. Non, monsieur Delerm, les filles de 1973 n’ont pas 30 ans et n’importe quel fonctionnaire habilité à produire un acte d’état-civil pourrait vous en apporter la preuve formelle. Comment peut-on, monsieur Delerm tenir des propos aussi facilement contestables lorsqu’on a comme vous ambition par votre art d’élever les âmes ?

Il pourrait s’agir d’une erreur mais force est de constater que l’on se trouve en présence d’une malhonnêteté assumée, d’une perversité déclarée puisque lorsque la chanson est sortie en 2004 dans l’album intitulé Kensington Square, les filles de 1973, ne vous déplaise, monsieur Delerm, avaient déjà 31 ans. Comment aucun de vos collaborateurs, aucun de vos obligés employés par votre maison de disque et j’imagine mangeant dans votre main, n’a eu le courage de vous faire remarquer que vous profériez une contre-vérité qui les années passant n’allait que s’accentuer, risquant non seulement de tromper votre public mais également de porter un discrédit définitif à l’ensemble de votre œuvre ?

En ce mois de janvier 2023, votre voix continue, avec assurance, avec aplomb de soutenir, contre toute vraisemblance, que les filles de 1973 ont trente ans et d’ainsi duper un public essentiellement féminin, amadoué, anéanti par la puissance de votre séduction et prête à avaler n’importe quelle couleuvre pourvu que vous en soyez le charmeur.

Alors moi, en ce mois de janvier 2023, je voudrais en priorité souhaiter du courage aux filles de 1973 qui cette année devront franchir fièrement un pallier, un cap, une décennie, un chiffre rond et leur dire peut-être avec moins de poésie que Vincent Delerm mais avec plus d’exactitude que les filles de 1973, désormais, dans le cadre de la réforme de retraite qui pourrait entrer en vigueur dès le 1er septembre 2023, auront plus de trimestres que prévu à cotiser si elles veulent obtenir une retraite à taux plein.

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