Le bitcoin
Le bitcoin ©Getty
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Parmi ce qui continue de me passionner dans le numérique, il y a la question des métiers. Comment le numérique affecte les métiers.

Avec
  • Xavier de La Porte Journaliste, rédacteur en chef de Rue 89 et chroniqueur sur France Culture

Je me souviens très bien comment ça s’est passé à la radio. Quand je suis arrivé à Radio France au début des années 2000, on enregistrait encore en analogique, avec des Nagra qui avaient 30 ans et pesaient 20 kg, les bandes duraient un quart d’heure - il fallait les changer en milieu d’entretien, les transporter, les stocker, les annoter pour ne pas les mélanger. Et puis le montage se faisait au ciseau, un morceau qui tombait à la poubelle disparaissait à jamais, une coupe maladroite n’était pas toujours réparable. Mais des réalisateurs excellaient dans ce travail de montage, ils pouvaient presque mixer rien qu’avec leurs ciseaux, par des coupes ondulées qui étaient belles à voir faire.

Puis le numérique est arrivé. Des Nagra minuscules qu’on pouvait transporter partout, des cartes SD permettant d’enregistrer des heures sans interruption, on montait face à des écrans, en pouvant refaire 200 fois la même coupe, en gardant ad vitam ses chutes. Tout ça est arrivé très vite, et a profondément changé le métier. D’une certaine manière, ça l’a rendu beaucoup plus simple. Mais certains n’ont pas franchi le pas. Je me souviens d’une dame qui terminait sa carrière de réalisatrice à Radio France, avec laquelle je devais faire une matinale d’été et qui m’a dit avec beaucoup de tristesse avant qu’on ne commence : “j’espère qu’il n’y a pas de montage, depuis qu’on travaille sur ordinateur, je ne sais plus rien faire. Alors j’attends la retraite.” Certains se sont senti inutiles donc, et puis d’autres, au contraire, se sont mis à faire de la radio. Le podcast, en un sens, est le produit de la numérisation du son. Et c’est merveilleux.

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Quand j’ai découvert Cybèle Lespérance, je me suis tout de suite dit que j’avais envie de parler de ça avec elle. De la manière dont un métier est affecté par l’informatique. Mais Cybèle Lespérance ne fait pas de la radio, elle est “travailleuse du sexe”, “pute”, comme elle le dit elle-même en rigolant. Je ne me souviens plus comment je suis tombé sur son compte Twitter mais je l’ai tout de suite suivi avec passion. Parce qu’il raconte une vie que je ne connais pas, parce qu’il est politique - Cybèle est porte-parole du Strass, le syndicat des travailleuses du sexe -, mais aussi parce qu’elle parle souvent de numérique. Ce qui est assez contre-intuitif. Hébergement de site, procédures pour sécuriser les rendez-vous, portails d’escorting, Cybèle parle souvent de ça. Mais j’ai vite senti en la lisant qu’il y avait autre chose. Sans savoir vraiment quoi…

Rendez-vous a été pris et un après-midi d’octobre, Cybèle est venue jusqu’à la Maison de la Radio. Elle toussait beaucoup et a commencé par me parler de sa bronchite qui ne passait pas.

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