La modération
La modération
La modération - Bodyguard
La modération - Bodyguard
La modération - Bodyguard
Publicité
Résumé

La haine en ligne, quand on la subit, ça fait un drôle d’effet. Xavier de la Porte a dû attendre 15 ans de réseaux sociaux pour que ça lui arrive.

En savoir plus

La haine en ligne, quand on la subit, ça fait un drôle d’effet.

Jusque-là, quand je m’étais fait insulter, je m’en étais toujours sorti, soit par la diplomatie (ça marche dans la plupart des cas, il faut le noter), soit en faisant semblant de ne pas voir (le déni est une activité que je pratique à merveille dans plein d’autres parties de ma vie… ça marche très bien aussi).

Publicité

Je crois n’avoir jamais insulté personne en retour. Pas du tout par amour de l’humanité, mais à cause d’une sorte de réflexe aristocratique qui rendrait certains propos indignes de moi. Je ne suis pas fier de ce réflexe, mais c’est comme ça.

Et donc, un jour, je n’ai pas pu y échapper.

Je m’en souviens, c’était un week-end de début d’été. J’avais chroniqué pour L’Obs un classique de la littérature antiraciste américaine qui venait d’être traduit en français : “Fragilité blanche” de Robin Di Angelo. J’avais titré l’article : Le Blanc, cet être fragile”. Le déferlement a commencé très vite après la mise en ligne. Plein de comptes Twitter se sont adressés à moi pour me traiter de tous les noms. Me dire que j’étais un petit pédé honteux qui rêvait de se faire sodomiser par des grosses bites noires - des photos de moi ramassées dans les réseaux servaient de preuves. “Avec ta gueule tu m’étonnes que t’es fragile. Mais t’inquiète, on va venir t’abîmer encore plus. On connaît ton adresse etc. etc.”

Beaucoup de ces comptes comportaient un drapeau français dans leur description et étaient anonymes, mais pas tous

Aucun tweet ne commentait le fond de l’article - qui n’était pas dithyrambique à propos du bouquin par ailleurs - de toute façon, il était en payant. Le titre et trois lignes suffisaient à trahir mon être profond et mes intentions anti-blanches.

A aucun moment je ne me suis senti vraiment menacé. Ce qui était impressionnant c’était la masse, le niveau de violence et le sentiment d’impuissance que cela générait. D’ailleurs, je n’ai rien fait, répondu à personne, bloqué personne, signalé personne. Et au bout de 48h, ça s’est calmé de soi-même.

Jamais donc, je ne comparerai cette petite expérience aux terribles "shit storms" que certaines personnes subissent. Néanmoins j’en tire une leçon : l’expression anglaise de “shit storm” est tout à fait appropriée pour décrire ce qu’on ressent dans ces moments.

J’ai beau être d’un certain âge, assis socialement et psychologiquement, je me suis senti recouvert de merde pendant deux jours.

C’est là, je crois, l’efficacité première de ce type de raid : on se sent “sali”, selon la très vieille expression française. Et être sali par des personnes inconnues, qui font ça de loin, sans argument, sans aucune volonté de discuter, c’est très pénible.

Même si c’est très minoritaire dans notre vie numérique, je comprends donc que certains en fassent un cheval de bataille. L’effet sur des personnes plus fragiles, plus jeunes, peut être désastreux, ça suffit à en faire un problème.

Ce qui est intéressant, c’est de regarder les solutions qu’on trouve à ce problème - qu’on regroupe sous le terme de “modération” et qui ne sont pas exclusives les unes des autres.  Certains en appellent à la loi. Ce qui donne par exemple la loi Avia contre les contenus haineux sur Internet, votée en 2020 par le Parlement français.

D’autres demandent aux plateformes de modérer les contenus qu’elles hébergent. Ce serait à Facebook, Twitter, YouTube ou Twitch de faire le ménage chez eux.  Il y a des solutions plus communautaires. Sur Twitch, par exemple, des modérateurs bénévoles s’organisent pour faire ce boulot, par conviction.

Et puis, d’autres font de la modération un business

C’est ce qui m’a intéressé quand un peu par hasard, j’ai rencontré Majdi Toumi. Il travaille pour une boite qui s’appelle Bodyguard, une start-up française créée il y a quelques années par un tout jeune type du nom de Charles Cohen. Bodyguard fait de la modération, et ça marche manifestement très bien. Les clients se pressent. Bodyguard est en pleine croissance.

Majdi en est en gros directeur technique et tout m’a intéressé dans la discussion qu’on a eue ensemble : le fait que la haine en ligne puisse générer un business, la manière dont on s’y prend pour identifier des contenus haineux (linguistiquement, c’est hyper compliqué), la manière dont on règle la question de la liberté d’expression (parce que modérer, c’est faire un tri entre ce qui est dicible et indicible), la dépendance technique qu’on a vis-à-vis des réseaux sociaux quand on fait ce type de métier etc.

Majdi Toumi et Charles Cohen
Majdi Toumi et Charles Cohen
- Bodyguard

Ce qui m’a intéressé encore plus, je crois, c’est que Majdi se posait beaucoup de questions, j’ai eu l’impression que plein de problèmes n’étaient pas encore résolus. Les problèmes non résolus sont les plus passionnants.

Je lui ai donc demandé s’il était possible qu’on en rediscute, cette fois-ci avec Charles. Et voici qu’un après-midi, on s’est retrouvé dans un studio.

L'équipe

Réalisation : Fanny Bohuon
Prise de son: Pierre Focillon
Mixage : Basile Beaucaire

Mixage : Basile Beaucaire

Références

Programmation musicale

  • 10h23
    Ain't got no / I got life (groovefinder remix)
    Ain't got no / I got life (groovefinder remix)
    NINA SIMONE
    Ain't got no / I got life (groovefinder remix)

    Interprètes NINA SIMONE

    Album Remixed and reimagined
    Label RCA

L'équipe