Pour un internet bête - une critique de l’intelligence en informatique

Milad Doueihi
Milad Doueihi - Capture / Nantes Université
Milad Doueihi - Capture / Nantes Université
Milad Doueihi - Capture / Nantes Université
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Cette fois-ci, Xavier de la Porte a décidé de faire les choses différemment. Plutôt que de contacter quelqu’un pour lui demander de parler d’un truc précis, il a demandé à quelqu’un de quoi il avait envie de parler.

En l’occurrence, le quelqu’un que j’ai choisi n’est pas n’importe qui. C’est Milad Doueihi. Dans le monde du numérique, il est connu comme le loup blanc, parce qu’il est aussi rare qu’un loup blanc. Outre qu’il a grandi au Liban, puis fait sa vie - à la fois intime et académique - entre la France et les Etats-Unis, il a une trajectoire intellectuelle singulière. A l’origine, c’est un historien des religions, spécialiste des 17è et 18ème siècle. Mais, au cours du temps, il est devenu un penseur du numérique.

Il raconte toujours que la jonction s’est faite quand l’université John Hopkins, où il enseignait, plutôt que d’augmenter son salaire, lui a proposé un cadeau, et qu’il a demandé un Cube, l’ordinateur que Steve Jobs, avait fabriqué pendant la période où il avait quitté Apple pour créer Next.  C’est quand il s’est retrouvé face à cet objet étrange et futuriste, qu’il s’est dit qu’il y avait quelque chose à penser dans l’informatique.

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Et il s’y est mis. Il a beaucoup lu. Il a publié plein de livres, sur plein de sujets, notamment un qui s’appelait La grande conversion numérique et qui a fait date parce qu’au milieu des années 2000, il racontait l’avènement de la société numérique comme l’avènement d’une nouvelle religion. C’est par ce livre je crois que je l’ai rencontré.

J’aime beaucoup l’écouter parce que j’ai l'impression que son esprit fonctionne comme le web : par des liens hypertextes.

Quand il parle, on a le sentiment que son cerveau clique sur un mot et ouvre une nouvelle page.

C’est pas toujours très simple à suivre, mais c’est assez beau à voir parce qu’on est sans cesse déplacé.

Aujourd’hui, Milad a 63 ans. Par un concours de circonstance, j’ai appris qu’il était à Paris, où il n’avait pas mis les pieds depuis 2 ans à cause du Covid.

Et donc, je l’ai appelé, et je lui ai dit : “bon, si je te demandais de quoi tu as envie de parler en ce moment, tu dirais quoi ?” Il m’a répondu un truc bizarre : “Je voudrais défendre un Internet bête.”

Ca m’a tout de suite plu. Dans un moment où on n’a plus que l’intelligence à la bouche - et l'intelligence artificielle en particulier -, ça m’amuse que Milad, qui n’est pas du tout un technophobe, et qui est un méga intello, veuille défendre un Internet bête. Je ne voyais pas trop ce que ça voulait dire, mais c’est qui est intéressant….

L'invité

Milad Doueihi est historien des religions et titulaire de la Chaire d’humanisme numérique à l'université de Paris-Sorbonne (Paris-IV), chaire thématique du Labex OBVIL et de la ComUE Sorbonne-Universités.

Historien des religions à l'origine, il se définit comme "un numéricien par accident, un simple utilisateur d’ordinateur qui a suivi les changements de l’environnement numérique au cours des vingt dernières années".

L'équipe

  • Réalisation : Gaëtan Kolly
  • Mixage : Benjamin Orgeret
  • Générique : "Flip" par Yaki

L'équipe