Faut-il se méfier des robots ? ©Getty - Westend61
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Résumé

Selon un rapport de 2019 de l’OCDE, 14% des emplois dans les pays faisant partie de l’organisation sont susceptibles de disparaître, dont 16,4% en France. Mais alors, faut-il se méfier des robots ?

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Les robots sont de plus en plus présents dans notre quotidien. Que cela soit dans nos maisons avec des aspirateurs autonomes, dans les champs pour aider les agriculteurs, dans les maisons de retraite qui se fournissent, au Japon par exemple, de robots accompagnants, sans parler de ceux utilisés par les agences spatiales pour nous aider à explorer le cosmos.

Mais a-t-on vraiment réfléchi au phénomène ? Selon une étude de l’université d’Oxford, les robots pourraient remplacer 20 millions d'emplois industriels d'ici 2030 dans le monde. Sur un autre registre, une entreprise américaine vient de créer un chien robot pour l’US army doté d’une mitraillette. Est-on vraiment sûr de ça ?

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A la base de ces avancées, l’intelligence artificielle, que l’on retrouve partout, notamment sur téléphone. Magnifique invention qui peut également avoir son côté sombre. Allons-nous bientôt vivre dans le film Terminator ? Quelle éthique pour les robots ? Vont-ils nous dépasser ?

Certes, les robots présentent des avantages économiques

Il y a de plus en plus de processus automatiques appris, avec notamment de plus en plus d'algorithmes aboutis dans le code informatique. D'après Renato Cudicio, si cela suscite aujourd'hui une certaine appétence "c'est avant tout par besoin non pas de remplacer, mais de compenser un certain nombre de postes à pourvoir pour compenser un manque de ressources humaines". En plus d'une transformation du rapport à l'emploi, il explique qu'un certain nombre de statistiques démontre que toutes les entreprises qui investissent dans l'automatisation connaissent une croissance supérieure à leurs concurrentes car "cela permet une création d'emplois car plus performantes du fait de l'intégration de robots. Les pays les plus productifs et les plus performants sont ceux qui ont le plus grand nombre de robots (Japon, Allemagne, Corée du Sud) donc c'est difficile de nier aujourd'hui la nécessité d'introduire l'automatisation dans les entreprises".

Mais il faut mesurer les risques sociaux potentiels

En même temps, il est compliqué de ne pas s'interroger sur les effets sociaux potentiellement négatifs et il est indispensable, estiment Nathalie Nevejans et Laurence Devillers, "de penser une relation éthique sûre et codifiée entre le robot, l'intelligence artificielle et l'espèce humaine afin de ne jamais se laisser surprendre".

Où en est-on en France ?

Nathalie Nevejans nous informe que c'est une question qui a commencé à se poser en France ces dernières années avec notamment l'apparition d'un premier texte européen dès 2017, qui est "une résolution qui abordait déjà ces premières questions de la relation entre l'humain et la machine et les conséquences juridiques". Plus récemment encore, un texte de 2021, qui n'est pas encore adopté définitivement comporte un futur règlement sur l'intelligence artificielle et "il devrait imposer une série de règles concernant la mise sur le marché des systèmes d'intelligence artificielle et des robots. Il devrait être adopté d'ici deux ans".

Les enjeux de la robotique dans le secteur de l'armement

L'intelligence artificielle a fait son entrée dans les armées mondiales, et l'idée qu'elles puissent un jour devenir de plus en plus autonomes au point de se transformer en robots-tueurs sans intervention humaine pose de vraies interrogations quant aux principes qui sont ceux de notre démocratie selon Laurence Devillers qui considère "qu'il y a un vrai danger et il est important que les démocraties se liguent pour ne pas donner aux robots le droit de tuer. Dans le secteur de l'armement militaire, les industriels doivent se mettre d'accord pour construire des standards qui permettent de vérifier et d'agir conformément à nos valeurs européennes".

La robotisation peut-elle aller de pair avec la transition énergétique ?

On peut se demander si cette transformation et automatisation toujours plus complexe est bien réaliste et souhaitable, quand on voit notamment les contraintes énergétiques, et le manque de sobriété que peut induire le développement de la technologie. En effet, Laurence Devillers estime que "si ces capacités technologiques peuvent beaucoup nous apporter, elles peuvent aussi en contrepartie représenter une dépense d'énergie évidente qui n'est pas quantifiée et qui présente là aussi des risques".

Nos invités

Antonio Casilli, professeur de sociologie à Télécom Paris et auteur de l'ouvrage En attendant les robots aux éditions Seuils (2019)
Laurence Devillers, professeur en IA et éthique à Sorbonne Université et CNRS. Les robots émotionnels aux éditions L’Observatoire (2020).

Nathalie Nevejans, professeur de droit à l'Université d'Artois, responsable de la chair ANR d'excellence "IA Responsable".
Renato Cudicio, Président de l'entreprise Glocal Robotics.