La science va-t-elle s'emparer des OVNI ?
La science va-t-elle s'emparer des OVNI ? ©Getty - Geraint Rowland Photography
La science va-t-elle s'emparer des OVNI ? ©Getty - Geraint Rowland Photography
La science va-t-elle s'emparer des OVNI ? ©Getty - Geraint Rowland Photography
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Ce n’est pas facile de parler sérieusement des Ovnis, avec tant de témoignages farfelus et un mépris scientifique plus ou moins voilé. Alors, est-ce que la science peut s’emparer des Ovnis ?

Les Ovnis, c’est un sujet scientifique un peu particulier

D’un côté, vous avez une poignée d’ufologues, les spécialistes de ces objets volants non identifiés, un peu farfelus, qui reste persuadé qu’on nous cache tout, et que dans la zone 51 aux Etats-Unis, on dissèque depuis belle lurette des petits hommes verts.  

De l’autre côté une bonne partie de la communauté scientifique considère que ce n’est pas franchement un sujet d’études sérieux et intéressant. 

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Les choses sont en train de bouger

Fin juillet 2021, des chercheurs d’universités aussi prestigieuses qu’Harvard, Princeton, Caltech, mais aussi Cambridge, ou l’université de Stockholm, ont décidé de mettre en place un réseau mondial de télescopes, pour enquêter sur les ovnis. 

En juin dernier, le Pentagone a présenté devant le Sénat américain un rapport dans lequel les militaires décrivent des phénomènes inexpliqués, notamment par les pilotes. 

Et en France, c’est une commission qui s’appelle Sigma 2, composée de chercheurs, d’ingénieurs, et d’astronautes, qui a rendu un long rapport, fruit de 8 années de travail, et dans lequel elle décortique de nombreux phénomènes inexpliqués. 

La France a le Geipan (groupe d’étude et d’information sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés)

Dépendant du CNES, le centre national d’études spéciales, Ils ont décortiqué 8000 témoignages de gens persuadés d’avoir vu des ovnis. Seulement 4% des observations sont sans explications. Ce qui ne veut pas dire qu’elles ont une origine extraterrestre, mais qu’en l’état actuel des informations et des connaissances, ça reste des phénomènes inexpliqués.

C’est une bonne chose que les scientifiques s’emparent des Ovnis, et des Pan (phénomène aérospatial non identifié), pour ne pas laisser le champ libre aux complotistes de l’espace. Il s’agit véritablement de sortir de la croyance pour entrer dans la science. 

Comment la science peut-elle expliquer (ou pas) ces phénomènes aérospatiaux non identifiés ? La science est elle en train de s’emparer des ovnis ? 

Avec nous pour en parler : 

  • Thomas Margout, post-doctorant en histoire contemporaine, ayant réalisé une thèse sur l’ufologie en France de 1945 à 2012 ;
  • Gabriel Chardin, chercheur au CNRS, auteur de Où sont-ils ? Les extraterrestres et le paradoxe de Fermi (CNRS-Éditions) ;
  • Xavier Passot, ancien responsable du Geipan, de 2011 à 2016, auteur de J’ai vu un OVNI aux éditions du Cherche-midi ;
  • Audrey Pleynet, autrice de SF et nouvelliste

Retrouvez ci-dessous quelques extraits de l'émission

Quel est le profil du témoin d'ovnis ?

Thomas Margout a été à la rencontre des témoins de PAN (phénomènes aérospatiaux non identifiés), il les a classé dans une base de données pour sa thèse. Il en ressort que "les témoins sont en grande majorité de catégorie sociale supérieure, moyenne ou moyenne supérieure. Ce sont souvent des hommes. Et la grande majorité des ufologues actifs sont des urbains". 

Le Geipan (groupe d'études affilié au CNES qui étudie ces phénomènes inexpliqués) a recueilli 8000 témoignages. Xavier Passot y a travaillé, il renchérit :

Il n'y a pas de profil. Le témoin d'ovni, c'est vraiment monsieur Tout-le-monde. 

Thomas Margout ajoute : "Il faut faire attention quand on parle des ufologues, à ne pas les réduire à seulement l'hypothèse extraterrestre. Ddans ce milieu-là, il y a aussi ceux qui essayent d'appliquer les méthodes scientifiques pour démontrer un phénomène inexpliqué. La partie "extraterrestres" n'est pas majoritaire et surtout, n'est pas révélatrice du mouvement dans sa globalité".

Pourquoi parle-t-on aujourd'hui de PAN plutôt qu'OVNI

La communauté scientifique emploie de moins en moins le mot OVNI au profit du sigle PAN, Phénomènes aérospatiaux non identifiés. Xavier Passot explique : 

"Dans le mot Ovni, il y a le mot "objet",  et il s'avère que dans de nombreux événements observés, le phénomène lumineux n'est pas forcément un objet. Ca peut être un reflet, des aurores boréales par exemple, des choses comme ça, qui ne sont pas des objets. C'est pour ça qu'on préfère le terme moins précis de "phénomène"" 

Le point de vue d'un physicien sur les ovnis

Gabriel Chardin est chercheur au CNRS. 

Si un physicien regarde de l'extérieur et essaye de faire une synthèse de ce qui s'est passé depuis 70 ans, il voit quand même peu de choses vraiment indiscutables. 

Le grand physicien italo-américain Enrico Fermi avait posé la question différemment, c'est-à-dire en se posant la question : "dans notre galaxie, est-il probable ou pas qu'il y ait beaucoup d'extraterrestres ?". Et après avoir fait le calcul et étant arrivé à un nombre énorme : "où sont ils ?" C'est le fameux paradoxe de Fermi. 

On a observé "dans notre voisinage plusieurs milliers d'exoplanètes, ça a l'air d'être très courant" - et par "voisinage", il entend "la banlieue très proche de la Terre, dans la galaxie". 

Il y a plutôt des centaines de milliards de planètes. Et comme l'eau et le carbone ont l'air d'être des éléments qui sont pratiquement toujours présentes, au moins à une certaine époque de la planète. 

Il y a donc très probablement des formes plus ou moins évoluées, peut-être juste mono-cellulaires, on ne sait pas. La vie devrait être effectivement extrêmement courante. 

Pourquoi observe-t-on des ovnis / pans ?

Xavier Passot : 

Ces témoignages d'ovnis, qui sont très nombreux, viennent souvent d'une mauvaise interprétation, d'un phénomène insolite et spectaculaire.

"Il faut savoir que la grande difficulté est d'estimer la distance d'un phénomène inconnu. En fait, l'être humain ne peut pas déterminer la distance d'un objet qu'il n'a jamais vu. Tout ce que l'on voit dans notre environnement (des arbres, des maisons, des montagnes…), on en estime la distance par notre culture. Mais si on voit juste un point lumineux très brillant dans le ciel, on va y mettre une distance, mais elle sera a priori fausse. Et cela quelle que soit l'expertise que l'on a :  qu'on soit pilote de chasse ou agriculteur, on fera la même erreur, simplement parce qu'on ne sait pas ce que c'est.

Voilà donc la première première chose à savoir. La deuxième chose, c'est que dans cette culture ovni, tous les cas dont on parle à la radio, à la télévision, dans les livres, etc. sont des cas inexpliqués. Or on n'apprend rien sur un cas inexpliqué. Par contre, on apprend énormément sur les cas expliqués… mais ceux-ci n'intéressent personne - à part les ufologues scientifiques les plus sérieux." 

Un exemple concret de témoigne de pan

Xavier Passot évoque dans un livre quelques cas célèbres, où les témoins décrivent des choses vraiment très extraordinaires. 

Il cite ici l'exemple de vaisseaux, décrits comme celui de "Star Trek" ou presque, à basse altitude. "Et puis, en fait, on découvre qu'on est absolument certains qu'il n'a vu qu'une grappe de lanternes thaïlandaises, ces lampions volants, et que c'est le témoins lui-même qui a recréé dans son esprit une enveloppe de ces points lumineux qu'il a vu". 

Le reste à écouter

36 min

Programmation musicale : 

  • Solar Power, Lorde (2021)
  • Astronaute, Youssoupha (2021)