Que se cache-t-il derrière le rêve du pavillon ©Getty
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Résumé

Les maisons individuelles logent aujourd'hui près d'un quart des Français. Ce type d'habitation n'a fait qu'augmenter ces deux dernières années avec une hausse de 18,3%. Mais que se cache t-il derrière le rêve du pavillon ?

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Les trois quart des français considèrent la maison individuelle comme l’idéal en termes d’habitation, le jardin étant le critère numéro un. Et le nombre de maisons neuves ne fait qu’augmenter : depuis deux ans, le nombre de permis de construire a connu une hausse de 18,3%. Rien que l’année dernière, 211 000 permis ont été délivrés.

Pourtant l’ancienne ministre du logement, Emmanuelle Wargon, n’avait pas fait les éloges de ce modèle d’habitation, en octobre dernier : “Le modèle à l’ancienne du pavillon avec jardin n’est plus soutenable et nous mène à une impasse écologique, économique et sociale. Nous devons assumer de mettre ce modèle derrière nous.

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La profession réagit avec colère face à ces propos, dénonçant une stigmatisation de la part d’une élite loin des territoires, des habitants et de leurs préoccupations.

Le célèbre pavillon, et les lotissements associés, sont donc remis en question. En ce qui concerne l’environnement : artificialisation et imperméabilisation des sols, avec les risques d'inondations associés, augmentation de la pollution de l’air à cause d’une utilisation importante de la voiture… Mais également sur son aspect social, avec un endettement important des ménages, la qualité des maisons à revoir, la promiscuité… La sociologue Anne Lambert va même jusqu’à parler “d’HLM à plat”.

Alors que la population décroît dans ces zones et qu’il existe des logements vides (dans 20% des cas), pourquoi continuer à construire ? Car c’est souvent moins cher que de rénover, et les incitations fiscales mises en place par l’État depuis des années ont enfoncé le clou.

Alors que faire, entre les enjeux écologiques, le besoin de redynamiser des territoires, et les envies d’avoir une maison à soi ? C’est en réalité le modèle de production de la ville et de l’habitat qui est au cœur du sujet et qu’il faut questionner.

Les pavillons : des problèmes à tous les étages ?

Selon Sylvain Grisot, urbaniste, ce n'est pas le pavillon en lui-même qui pose problème, mais plutôt un "système pavillonnaire" : "C'est un modèle qui est complètement dépendant, qui est même inventé structurellement aux États-Unis après la Seconde Guerre mondiale, autour à la fois de l'industrialisation des procédés constructifs qui permet de baisser les prix, mais sous réserve de faire des maisons standards, donc du foncier standard. Le foncier standard, c'est du foncier agricole et donc tout repose sur la mise à distance. On s'éloigne pour aller chercher un sol agricole, on perd donc une capacité alimentaire associée à ça. Mais surtout, on est dépendants de la voiture, donc ça veut dire que c'est un enjeu écologique. Pollution de l'air, émissions de CO2 aussi. Mais c'est aussi un enjeu social. Et les deux sont intimement liés."

Pour Constance de Pélichy, maire, il faut redynamiser certains territoires pour garder une certaine attractivité. "C'est un enjeu fondamental. On parlait de l'école. Pour combien de communes, le simple fait de produire du logement est un enjeu de survie parce que l'école en dépend. Et s'il n'y a plus d'écoles, il n'y a plus de boulangerie. Et s'il y a plus de boulangerie, il y a plus de bar du coin. Et donc derrière, les services essentiels à la collectivité disparaissent s'il n'y a pas un renouvellement régulier de la population."

En ce qui concerne le fait de choisir du neuf plutôt que de l'ancien à rénover, pour Constance de Pélichy, ce choix est avant tout fait en fonction de considérations économiques : "le vrai problème, il est d'abord économique. Rien n'empêche d'aller démolir un bâti ancien pour reconstruire du neuf à la place et pouvoir bénéficier de toutes ces considérations environnementales, qualité de vie, etc. Sauf que c'est beaucoup plus cher que d'acheter du foncier. Sans parler même de la réhabilitation ni même des cœurs de bourgs qui sont plus ou moins en zone patrimoniale ou en zones protégées. C'est terrible parce que les cœurs de villes moyennes et ces villes de la diagonale du vide meurent, meurent littéralement. Et on continue à faire pousser comme des petits champignons des lotissements en raquette, ou en plus on n'a même plus d'interactions entre les poches d'habitat elles-mêmes puisqu'on ne fait que de la raquette."

Écoutez cette émission dans son intégralité pour en savoir plus sur les lotissements et pour connaître les solutions proposées par nos invités aux problèmes posés.

Avec nous pour en parler

  • Sylvain Grisot, urbaniste, fondateur de Dixit.net, co-auteur avec Christine Leconte de “Réparons la ville ! Propositions pour nos villes et nos territoires"
  • Damien Hereng, président de la fédération française des constructeurs de maisons individuelles
  • Eric Chauvier, anthropologue, professeur à l'École nationale d’architecture de Versailles
  • Constance de Pélichy, maire de la Ferté-Saint-Aubin et co-présidente de la commission aménagement de l’Association des maires de France
Références

L'équipe

Camille Crosnier
Production
Maxime Cochelin
Collaboration
Théo Raizon
Réalisation
Colin Gruel
Collaboration