Les jeunes et le vote ©Radio France - Pablo Tupin / Hans Lucas
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Résumé

Avec un taux de participation de 29% chez les 18/24 ans aux dernières élections législatives, l'abstention semble être le premier parti de la jeunesse en France. Mais est-elle pour autant une génération désengagée ?

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Avec un taux d’abstention de 42% chez les 18/24 ans aux dernières élections présidentielles, cette dernière semble former le premier parti de la jeunesse en France. La tendance s’est en effet confirmée aux élections législatives de juin dernier, avec un taux d’abstention dépassant les 70%.

Une importante démobilisation électorale a été constatée, notamment aux législatives, qui continue de s'accroître. L'ampleur de l'abstention est un phénomène propre à la France, même s'il existe dans d'autres pays.

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Pourtant, la société fait face à des enjeux capitaux pour les générations futures comme la crise écologique. Comment expliquer cette abstention ? Méfiance envers la classe politique, remise en cause de la démocratie représentative ou simple désintérêt, les pistes sont nombreuses.

Ce phénomène est-il synonyme d’un total désengagement politique de la part de cette génération ? Leur engagement prend-t-il au contraire une autre forme ? Quel avenir cela présage-t-il pour notre démocratie et nos institutions ? Quelles solutions pourraient-être mises en place par la classe politique pour lutter contre ce phénomène ?

Les invités tentent tout d'abord d'identifier les causes de cette abstention massive.

Manque de compréhension des enjeux

Ce n'est pas un refus de l'engagement ou une opposition au système démocratique mais c'est un manque de compréhension des enjeux, selon Céline Braconnier, sociologue et spécialiste de l'abstention :

"70% des jeunes continuent de penser que le vote, ça peut servir à changer des choses. Donc il y a une sorte de paradoxe. Les jeunes votent de temps en temps, de moins en moins souvent. Ils votent quand même à 70% à la présidentielle. Mais c'est vrai qu'ils cessent de participer dès que l'enjeu n'est pas compris, que les programmes ne collent pas à leurs aspirations immédiates et aussi par volonté de ne pas voter à l'aveugle. Il y a une vraie demande de compréhension des enjeux institutionnels qui auxquels aujourd'hui on ne répond pas. Et donc le vote intermittent des jeunes ne signifie pas, on peut d'ores et déjà le dire, un refus du vote et encore moins un refus évidemment de l'engagement. C'est une exigence de clés de compréhension."

Lauren Lolo fait le même constat, et c'est pour cette raison qu'elle mène des actions dans les quartiers avec l'association qu'elle a co-créée, Cité des chances : "En fait, on fait de l'enseignement à la politique par la pratique, par la mise en situation comme la simulation parlementaire et aux abords de chaque élection, locale comme nationale ou européenne, on va directement dans les quartiers, que ce soit en bas des bâtiments, dans les missions locales, etc. pour parler directement aux jeunes, débattre avec eux, rappeler les enjeux et rappeler que c'est important de pouvoir voter et répondre à toutes leurs questions."

Manque de confiance dans la politique

Selon Céline Braconnier, un autre facteur de l'abstention est que les jeunes n'y croient plus mais ne se sentent pas obligés d'aller aux urnes, à la différence de leurs aînés. Elle explique : "Ça s'est doublé d'un phénomène générationnel qui est particulièrement fort en France puisqu'en France aujourd'hui les personnes de 60 ans continuent de voter, même quand elles n'y croient plus, même quand elles sont désenchantées par le devoir civique, alors que les jeunes n'y vont plus et ils ne culpabilisent plus de ne pas voter."

Pour Matteo Ishak-Boushaki, 17 ans, créateur d'un compte TikTok dont les contenus parlent de politique, les jeunes n'ont pas confiance dans les institutions et dans les promesses qui sont faites : "Je pense qu'il y a surtout un manque de confiance envers les politiques et l'impression qu'ils vont trahir forcément leur parole. Il y a beaucoup d'exemples. Je peux parler du climat. Je sais que c'est très important pour les jeunes."

Le jeune député Charles Sitzenstuhl avance quant à lui une autre explication : "Il y a beaucoup de fausses excuses et de flemme de la part de ceux qui ne se déplacent pas. Il y a beaucoup d'excuses, de facilité. Ce n'est pas très compliqué de voter."

Pour Céline Braconnier : "Le débat en termes de flemme est problématique, parce que c'est une approche morale et moralisatrice qui ne conduit pas à essayer d'identifier des solutions. Alors que ce que montrent les jeunes, c'est comment, quand on met du sens, quand on explique bien, il y a une bonne volonté que toutes les jeunesses sont prêtes à partager. Donc le retour aux urnes, c'est aussi à nous, adultes et à nous, institutions, d'imaginer comment l'orienter."

Le débat est à écouter dans son intégralité...

Avec nous pour en parler

  • Céline Braconnier, directrice de Sciences Po Saint-Germain-en-Laye, professeure en science politique spécialiste de l’abstention.
  • Charles Sitzenstuhl, député Renaissance de la 5e circonscription du Bas-Rhin
  • Lauren Lolo, co-fondatrice de "Cité des chances"
  • Matteo Ishak-Boushaki, créateur du compte TikTok « lapolitiquedemat »
Références

L'équipe

Camille Crosnier
Production
Maxime Cochelin
Collaboration
Théo Raizon
Réalisation
Colin Gruel
Collaboration