Le vélo, un truc de bobos ? ©Getty - Maskot
Le vélo, un truc de bobos ? ©Getty - Maskot
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Résumé

La crise Covid a servi de déclencheur pour le développement du vélo. Mais cette mode n'est-elle pas aujourd'hui essentiellement urbaine ? Comment faire pour rendre le vélo plus attractif dans des territoires où la voiture est incontournable ?

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La pratique du vélo a augmenté depuis la crise sanitaire, en milieu rural et plus particulièrement en ville. Mais la petite reine n'est pas devenue un vrai moyen de déplacement quotidien accessible à tous et partout pour autant. Aujourd'hui, au maximum, 4 % des trajets sont effectués à vélo et l'objectif est d'atteindre 9 % en 2024.

La voiture est le moyen de transport qui a conservé le monopole notamment grâce à des aménagements pensés uniquement pour elle depuis très longtemps, et la pratique du vélo ne semble pas la plus sécurisée (ni la bienvenue) le long d'une départementale par exemple...

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Les pistes cyclables s'allongent tout de même en France, mais de façon inégalitaire : 18 800 km d'itinéraires aménagés, mais seulement 3 km pour 100 km de voirie en Occitanie. Ces aménagements laissent à désirer parfois et sont peu sécurisés. Ils sont pensés en ville d'après les critiques, uniquement pour les vélotaffeurs, ceux qui travaillent, pressés, en bonne santé, et masculins, aux dépens des cyclistes moins chevronnés.

Alors comment démocratiser le vélo, étendre sa pratique, en tenant compte des contraintes de chacun ? L'enjeu est grand puisque l'automobile pèse très lourd dans les émissions de gaz à effet de serre... Tracer des pistes cyclables ne suffit pas selon les spécialistes, qui voudraient que tout le système de mobilités du territoire soit réorganisé. Mais à quel prix ? Et comment financer cela ?

Avec un brin de provocation, la question se pose : le vélo est-il un truc de bobos ?

Qui fait du vélo ?

La pratique du vélo se développe, mais pour l'instant, elle reste le pré carré de certaines catégories de la population. Ce sont beaucoup de jeunes hommes urbains qui utilisent le vélo pour leurs trajets quotidiens, comme l'explique Sylvie Landriève, directrice du Forum Vies Mobiles : "Ce sont des jeunes hommes en pleine santé, qui veulent aller vite. Dans les métropoles, ils estiment pouvoir aller plus vite que la voiture. Le dilemme, c'est comment on élargit la pratique à d'autres populations que les jeunes hommes en bonne santé, c'est-à-dire bien sûr plus de femmes, les personnes âgées, les ados, les pré ados, peut être un jour les enfants. Et comme on élargit à tous les territoires."

Selon Sébastien Corradini, rédacteur en chef de Vélotaf, il y a de plus en plus de femmes qui s'approprient le vélo comme moyen de transport, depuis quelques années. Le dernier baromètre des villes cyclables faisait ressortir que les utilisateurs sont 47 % des femmes, 53 % des hommes. Cette répartition inclut les trajets pour se rendre au travail, mais aussi la pratique du vélo en tant que loisir.

Comment développer la pratique du vélo et cohabiter ?

Il y a 18 800 pistes cyclables aujourd'hui en France, mais des aménagements sont prévus et l'objectif est de 25 000 pistes en 2030. En ville, cohabitent les piétons, les transports en commun, les voitures et les vélos et cela apporte son lot de dangers, de crispations et d'incivilités.

Pour Sylvie Landriève, notre réseau routier est beaucoup plus développé que dans d'autres pays ayant la même densité de population, il faudrait donc se servir de cela pour rendre la route plus sûre aux vélos : "pour une bonne pratique du vélo, il faut un réseau vélo. Il faut une infrastructure qui ne s'arrête pas d'un seul coup parce qu'on doit laisser passer les voitures. On pourrait imaginer extraire une partie du réseau routier et le dédier aux pistes cyclables."

Pour Michel Fournier, président de l’Association des Maires Ruraux de France, c'est compliqué de financer ses aménagements en milieux ruraux, même s'il existe des aides. Sophie Sylvie Landriève l'a fait chiffrer, et cela coûterait "1 milliard par département pour avoir un système complet alternatif à la voiture, c'est à la fois énorme mais malgré tout, il faut se dire que le Grand Paris Express l'a fait pour seulement une partie des habitants de l'Île-de-France, pour 42 milliards. [...] On va basculer dans un autre système, un système articulant vélo, transport collectif et marche, un aménagement du territoire en proximité et plein de produits intermédiaires qui peuvent être inventés autour du vélo." Cela permettrait d'aider à la transition écologique.

Il faut effectivement sécuriser les routes pour les vélos, mais aussi penser à l'accueil en entreprise après un trajet, avec la possibilité notamment de se rafraîchir et de stocker ses affaires.

Annie-Claude Thiolat, vice-présidente de la Fédération des usagers de la bicyclette, veut trouver "les cyclistes qui s'ignorent", les séduire, et pour cela, ils ont besoin d'aménagements sécurisés.

Les invités

• Sébastien Corradini, éditeur et rédacteur en chef du site internet et du nouveau magazine Vélotaf

• Michel Fournier, président de l’Association des Maires Ruraux de France, maire des Voivres (Vosges)

• Annie-Claude Thiolat, vice-présidente de la Fédération des usagers de la bicyclette (FUB), présidente de Place au vélo Nantes

• Sylvie Landriève, directrice du Forum Vies Mobiles

Références

L'équipe

Camille Crosnier
Production
Maxime Cochelin
Collaboration
Théo Raizon
Réalisation
Colin Gruel
Collaboration