Christian Bobin dans le jardin du Musée Rodin à Paris
Christian Bobin dans le jardin du Musée Rodin à Paris ©Radio France - Vincent Josse
Christian Bobin dans le jardin du Musée Rodin à Paris ©Radio France - Vincent Josse
Christian Bobin dans le jardin du Musée Rodin à Paris ©Radio France - Vincent Josse
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Le poète, décédé vendredi 25 novembre, était l'invité du "Grand atelier" pour son nouveau livre, "Le Muguet rouge", paru en octobre chez Gallimard, ainsi qu'un recueil de ses œuvres, "Les différentes régions du ciel", qui inaugure la collection Quarto/Voix contemporaines.

Les Éditions Gallimard ont annoncé vendredi 25 novembre le décès de Christian Bobin à l’âge de 71 ans. L'écrivain était l'invité du "Grand atelier" de Vincent Josse début octobre.

Il n'a pas dit oui sur le coup, quelques mois ont passé et même quelques années, puis il s’est décidé, profitant de la sortie d’un nouveau livre, Le Muguet rouge et de la réunion dans un volume Quarto, chez Gallimard, de 17 de ses ouvrages. Il a émis une condition ou plutôt un souhait, ne pas inviter quatre personnes, mais deux. Pour prendre le temps, ne pas courir, pour ralentir.

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Sa requête lui ressemble. Christian Bobin est aux antipodes de l'homme pressé. Il regarde, écoute, éprouve et transcrit dans ses livres cette récolte des sens. Sous formes de lettres, de romans poétiques, de journaux, de fragments (il dirait, “des pierres, des marques sur le sol”), il exprime l’amour, le manque, l’enfance, l’émerveillement, la mort, l’écriture et les bienfaits du livre pour supporter le métier de vivre.

De l’auteur de La Part Manquante, de Une petite robe de fête, de La plus que vive, j’ai lu d’abord, en 1992, Le Très-bas, consacré à François d’Assise et à sa vision d’un Dieu non pas d’en haut, mais d’un Dieu des enfants, d’un Dieu de l’amour ; en l’ouvrant récemment, j’ai retrouvé cette dédicace du poète, à l’encre bleue : “Pour les mains, pour les yeux et pour le cœur de Vincent, en souriant”.

53 min

"Il suffit d'une phrase pour justifier un livre"

Un écrivain de la lenteur

Quel est le métier de Christian Bobin ? "Quand on me demande ce que je fais dans la vie, je réponds, j'essaye de vivre, d'être vivant. Et il faudrait du temps pour arriver à définir ce que c'est que de vivre."

Il est écrivain, mais qu'est-ce que l'objet livre pour lui ? "Pour moi, un livre existe, ou n'existe pas. S'il existe, il existe dès l'ouverture des mains qui deviennent comme un petit lutrin. Puis, par grâce, peut-être de loin en loin, il ouvre un cœur, une porte qui nous permet d'aller ailleurs que dans le monde ou nous respirons mal. Il suffit d'une phrase pour justifier un livre."

On associe souvent Christian Bobin à la lenteur. Il justifie son amour pour ce rythme : "Nous vivons sous la férule d'un dieu qui s'appelle le progrès, un dieu aveugle, qui ne fait qu'une seule chose : se précipiter, qui ne sait même plus pourquoi il se précipite et qui, voyant les dégâts qu'il cause, prétend guérir les maux qu'il cause lui-même. La lenteur est une merveille."

Définir les joies

Le mot "joie" apparaît souvent dans ses livres. Christian Bobin la définit : "C'est quelque chose qui vient du dehors pour frapper à la porte du dedans, pour frapper au cœur directement. Vous n'en êtes pas le maître et ce n'est pas vous qui décidez de sa venue comme des choses réellement essentielles.

En fait, les joies n'obéissent pas à nos sinistres volontés. Les vraies choses vivantes, joyeuses, viennent à leur heure, mais pas à la nôtre. Et quand elles viennent peut-être que c'est là que l'art d'écrire commence : savoir les accueillir, leur trouver une place sur la page, leur trouver un nid de quelques brindilles de mots pour que ce qui m'a exalté pendant une seconde.

Ce peut être par exemple, des fleurs qui s'entêtent à pousser hors de pavés disjoints qui sont comme si elles voulaient fuir ce monde, et aller vers quelque chose de plus haut, le plus pur et de plus respirable. Ça peut être un poème du IVᵉ siècle d'un Chinois qui devient même plus cendre aujourd'hui, qui n'est même plus poussière douce et qui pourtant est là, intacte, et j'entends presque sa démarche à côté de moi quand je marche en tenant le livre. Toutes sortes de choses provoquent la joie."

32 min

La naissance, et les bébés

L'un de ses invités dans l'émission, Arthur Teboul du groupe Feu ! Chatterton vient d'être papa. L'occasion pour l'écrivain de lister parmi les joies, la naissance : "La naissance est atomique, c'est un événement bien plus grand que les événements dont on nous assombrit. Il est bien plus décisif que toutes les armées, de quelques camps qu'elles soient. Un nouveau-né n'est rien de plus simple. Mais il n'y a rien de plus obscur aussi. C'est le mystère des mystères. C'est l'Egypte à la maison : toute la grandeur des légendes égyptiennes, et la manière dont ils considéraient la vie comme sacrée. Le nouveau-né a à voir avec les livres, parce que toute la vie demande à être lue, à être déchiffrée."

"Le Muguet rouge"

À l'origine de son nouveau livre, des rêves, explique l'auteur : "Le livre m'est venu comme ça. Mon père est disparu depuis plus de 20 ans et il revient dans un rêve. Je l'ai transcrit en évitant de mettre surtout de la littérature, presque mot-à-mot. L'expression le muguet rouge, c'est lui qui l'a inventée. C'est donc mon père disparu qui a trouvé le titre du livre. Un ouvrage qui se clôt d'ailleurs par un deuxième rêve réel que j'ai fait dans une autre nuit. Les deux rêves sont des piliers entre lesquels le livre se passe."

Les morts

Pour Christian Bobin, "Les morts ne sont pas morts. Les absents qu'on a aimés ne sont pas absents. Quand quelque chose a été vrai, ça n'a pas été pris par le temps parce que ça a été mangé par l'Éternel quand c'est arrivé. Donc c'est à l'abri. Quelque chose de véritable va toujours vous accompagner. Si vous les avez aimés, les visages des disparus comme une pierre scintillante, vous revient de temps en temps, comme s'ils étaient dans la vie. C'est bien la preuve d'ailleurs qu'ils ne sont pas morts."

Les invités de l'émission

Clotilde Courau, comédienne, à l'affiche de la pièce "Une situation délicate", de Alan Ayckbourn, avec Gérard Darmon, Max Boublil, Elodie Navarre, au Théâtre Edouard VII, jusqu'au 31 décembre

Arthur Teboul, chanteur du groupe Feu ! Chatterton ; l'album "Live à Paris 2022" sortira le 25 novembre ; tournée en France et concerts à l'Olympia les 16, 17, 18 janvier 2023

Jean Chevalier, acteur, pensionnaire de la Comédie-Française ; il est à l'affiche de "La Vie de Galilée " de Brecht jusqu'au 4 décembre, puis de "La Puce à l'oreille" de Feydeau à partir du 12 décembre

Programmation musicale

  • Florent Marchet « L'éclaircie ou l'incendie »
  • Parcels « Comingback »
  • Feu Chatterton « Avant qu'il n'y ait le monde »
  • Emma Peters « Traverser »
  • Dora Jar « Bump »
  • Edwar Elgar par Jacqueline Du Pre : Concerto en mi min op 85 : adagio - pour violoncelle et orchestre
  • Jean-Sébastien Bach par Thomas Dunford : Suite pour violoncelle N°1 en sol majeur BWV 1007 : 1. Prélude
  • Frédéric Chopin par Grigory Sokolov : Prélude en fa dièse mineur opus 28 N°8

Générique : Thomas Enhco / FKJ 1 Tom Misch : Losing my way

L'équipe

Vincent Josse
Vincent Josse
Vincent Josse
Production
Stéphanie Texier
Réalisation
Estelle Gapp
Estelle Gapp
Estelle Gapp
Collaboration
Julia Macarez
Collaboration