Matthieu Ricard, moine bouddhiste, écrivain et photographe (Paris, 31 janvier 2017)
Matthieu Ricard, moine bouddhiste, écrivain et photographe (Paris, 31 janvier 2017)
Matthieu Ricard, moine bouddhiste, écrivain et photographe (Paris, 31 janvier 2017) ©AFP - Joël Saget
Matthieu Ricard, moine bouddhiste, écrivain et photographe (Paris, 31 janvier 2017) ©AFP - Joël Saget
Matthieu Ricard, moine bouddhiste, écrivain et photographe (Paris, 31 janvier 2017) ©AFP - Joël Saget
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Résumé

Il pourrait être aujourd’hui un scientifique à la retraite, après une longue carrière passée à l’institut Pasteur. Mais il a choisi, jeune homme, en 1972, un autre destin. Le chercheur en génétique cellulaire s’est installé dans la région de l’Himalaya.

avec :

Xavier Emmanuelli (Ancien secrétaire d’Etat à l’action humanitaire d’urgence), Fabienne Brugère (Philosophe, professeure de philosophie de l’art, philosophie morale et politique à l’université Paris VIII), Vincent Munier (Photographe naturaliste, auteur de livres de photos d'animaux sauvages), Yann Arthus-Bertrand (photographe), Matthieu Ricard (Moine bouddhiste).

En savoir plus

Assis en tailleur, il a reçu l’enseignement de maîtres avant de porter la robe de moine bouddhiste. Il est donc allé vers son risque, comme disait le poète René Char, le risque d’être confronté à soi-même, en prenant le chemin de la méditation. On l’imagine heureux, dans son ermitage, en train de contempler mais n’oublions pas que pour le moine, l’action est aussi indispensable. Il se lève aussi souvent qu’il s’assoie pour aider, avec son association humanitaire Karuna-Schechen qui prend en charge les plus vulnérables. Comment faciliter l’accès au soin, à l’éducation. Il traduit en français le dalaï-lama et il est photographe, pour partager cette beauté qui s’offre à lui. A l’instar du photographe Henri Cartier Bresson qui affirmait : “le photographe est un voleur, voler oui, mais pour donner”.

En première partie d'émission, Matthieu Ricard s'entretient avec le médecin et militant Xavier Emmanuelli, cofondateur de Médecins Sans Frontière, fondateur du SAMU social et ancien Secrétaire d'Etat chargé de l'Action humanitaire d'urgence (1995-1997). Très engagé contre la précarité et pour l'accueil des migrants, il a écrit plusieurs livres sur ces sujets dont Accueillons les migrants - Ouvrons nos portes, ouvrons nos coeurs (L'Archipel, 2017) et dernièrement Se reconstruire dans un monde meilleur, avec Boris Cyrulnik (Humensciences, 2021). Puis avec Corinne de Conti, directrice du Toit de La Grande Arche (La Défense, Paris), dont l'espace culturel situé sur les toits de l'Arche de la Défense accueille régulièrement des expositions photographiques, dont celle de Matthieu Ricard : Hymne à la beauté, qui se tient jusqu'au 30 novembre 2022.

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En seconde partie d'émission, Matthieu Ricard discute avec le photographe animalier Vincent Munier, qui part souvent dans des contrées lointaines à la recherche du loup arctique, du harfang des neiges ou de la grue du Japon. Il a créé sa maison d'édition et société de production Kobalann, pour l'aider dans ses travaux, et vient de sortir le film-documentaire La Panthère des Neiges, en décembre 2021, sur son expédition au Tibet avec l'écrivain et voyageur Sylvain Tesson, à la recherche de la panthère des neiges. Puis avec Yann Arthus-Bertrand par téléphone, photographe, grand reporter, réalisateur, militant et créateur de la Fondation Goodplanet. Depuis son livre et son documentaire La Terre vue du ciel, qui l'ont rendu célèbre, on lui doit bon nombre d'ouvrages sur la beauté et la fragilité de notre planète, ainsi que les documentaire Home (2009), Human (2015) et Woman (2019). Il vient également de sortir le livre Legacy, notre héritage (La Martinière, 2021), accompagné d'un documentaire du même nom.

Le photographe animalier Vincent Munier, aux côtés de Matthieu Ricard dans son "Grand Atelier" sur France Inter
Le photographe animalier Vincent Munier, aux côtés de Matthieu Ricard dans son "Grand Atelier" sur France Inter
© Radio France - Vincent Josse

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1h 47

+ Avec un reportage avec la philosophe Fabienne Brugère, professeure à l'Université Paris-VIII et présidente de l'Université Paris Lumière, visitant l'exposition photographique de Matthieu Ricard, Hymne à la beauté, à La Grande Arche. Elle est notamment l'auteure des livres L'Ethique du care (PUF, 2011), La Fin de l'hospitalité avec Guillaume Le Blanc (Flammarion, 2017) et dernièrement Le Peuple des femmes, un tour du monde féministe avec Guillaume Le Blanc (Flammarion, 2022).

La philosophe Fabienne Brugère, devant une photo de Matthieu Ricard, dans son exposition "Hymne à la beauté" à La Grande Arche
La philosophe Fabienne Brugère, devant une photo de Matthieu Ricard, dans son exposition "Hymne à la beauté" à La Grande Arche
© Radio France - Vincent Josse

Extraits de l'entretien

La mort au quotidien pour mieux apprécier la vie

Matthieu Ricard : « Il vaut mieux y penser tous les jours. Si elle arrive un jour, on ne sera pas totalement surpris. Mais ça n'a rien de morbide.

Un ermite retourne sans bol tous les soirs, au cas où il passe de vie à trépas. Et il se demande si demain, ou la mort, viendra le premier. C'est uniquement pour accorder toute sa valeur au temps qui passe.

Lorsque je suis dans mon ermitage, devant l'Himalaya, ou en face d'un être de sagesse ou d'un être de grande bonté comme mon ami Xavier Emmanuelli, chaque moment est comme une rivière d’or fondue et prend toute sa valeur.

Si vous savez que vous allez mourir demain, vous n'allez pas repriser vos chaussettes, vous allez faire ce que vous pouvez faire de mieux dans cette journée pour vous-même et pour les autres. »

Le bonheur ça s’apprend

Matthieu Ricard : « Il faut se méfier du bonheur superficiel où les gens sautent de joie, mais s’écroulent le lendemain. Le bonheur est plutôt quelque chose qui se cultive. Si nous sommes davantage mus par l'altruisme, nous sortons du carcan de ce sentiment exacerbé et de l'importance de soi. Nous ne sommes plus tout le temps préoccupés par ce qui va nous arriver en bien ou en mal.

C'est par la méditation qu'on y parvient. La méditation est l'entraînement de l'esprit dans tout ce que cela s'entraîne.

Comme on apprend à jouer du piano ou à faire un sport, on ne naît pas en sachant jouer aux échecs, ni en sachant lire et écrire. Par quel mystère des qualités humaines fondamentales seraient à leur état optimal dès le départ ? Ça n'a pas de sens, tout s’apprend.

Si vous êtes moins « moi, moi, moi » du matin au soir, vous vous sentirez moins vulnérable. Et si vous êtes moins vulnérables, vous vous tournerez plus vers les autres. »

Bienveillance et care

Matthieu Ricard : « Un état, ne peut pas vous dire on va vous rendre heureux. Mon père, Jean-François Revel, disait : « Le propre des régimes totalitaires est qu’ils vous disent : « On sait comment vous rendre heureux. Vous n'avez qu'à faire ce qu'on vous dit. Si vous n'êtes pas d'accord, on a le regret de devoir vous éliminer ». On ne peut ni imposer le bonheur, ni imposer aux gens d'être altruistes. Mais on peut fournir les conditions qui permettent aux gens de s'épanouir, et de coopérer sans risquer de se faire arnaquer par les partisans d’une économie totalement dérégulée. Ce sont toujours les pires spéculateurs qui prennent le dessus et les coopérateurs sont étouffés.

Dans notre vie, la bienveillance est la qualité la plus merveilleuse puisque c'est à la fois destiné à accomplir le bien d'autrui, même vis-à-vis de dictateurs sanguinaires. On peut alors souhaiter que l'éducation fasse qu'il n'y ait plus des gens comme ça qui émergent d'une société, ou bien que la haine ou l'indifférence sortent de l'esprit de cette personne. C'est un acte de bienveillance. Ce n'est pas excuser son comportement.

Quand Fabienne Brugère qui a proposé de mettre cette idée du « care » dans les institutions. On lui a répondu que c’était une chose personnelle. Mais au contraire ! On doit mettre cette notion au centre des institutions et même de l'économie.

On doit prendre des décisions économiques basées sur la raison. Mais si on n’a pas la voix du care, la voix de la considération d'autrui. Il y a deux choses que l'économie ne résoudra jamais c'est la pauvreté au sein de la richesse et le problème des biens communs.

Cette idée devrait faire partie des institutions, non pas comme un dogme, mais comme une manière d'aborder les autres, d'aborder les situations. »

Les maîtres de la patience

Proverbe persan cité par Matthieu Ricard : « Avec de la patience, le verger devient confiture ».

Matthieu Ricard : « Le Bouddha disait : « Je vous ai montré le chemin, c'est à vous de le parcourir. » Mes maîtres m’ont appris la patience. Quand j’hésitais à quitter la vie de jeune chercheur pour devenir moine bouddhiste, ils m’ont conseillé de prends mon temps, de ne pas me presser.

Mon maitre disait : « Je ne suis pas venu faire un ou deux bouddhistes de plus, mais partager des valeurs qui me sont chères ». Un maître spirituel est le contraire de quelqu'un qui essaie de vous utiliser à son profit. Il est simplement là comme un vieux marin, un grand maître de musique, dans la joie de partager, d'apprendre, de nous aider à sortir de cette espèce d'addiction à la vitesse que nous avons aux causes de la souffrance.

J’ai une sœur zen, très connue, qui a un disciple très impatient. Il demande : « Combien de temps faut-il pour atteindre l'Eveil ? » Alors le maître lui dit « 30 ans ». Le disciple dit : « Mais je suis très pressé ». « A ce moment-là, c'est 50 ans ! ».

4 min

Extraits et archives :

  • Archive de Christophe André, sur le bonheur associé à l'égoïsme est un cliché – Emission Service Public, France Inter, 2011
  • Archive de Christian Bobin, sur la beauté et l'émerveillement – Emission La Grande Librairie, France 5, 2018
  • Extrait du film documentaire La Panthère des Neiges de Marie Amiguet et Vincent Munier, avec Vincent Munier et Sylvain Tesson (2021)

Programmation musicale

  • Suite française n°2 en ut mineur, de Bach, par Maria-João Pires
  • Que Dalle Tout, de Bertrand Belin
  • Ur Mum, de Wet Leg
  • The Last One, de Daniel Rossen
  • Cristaux liquides, de Feu! Chatterton
  • We Are Not Alone, de Nick Cave & Warren Ellis (BO du film La Panthère des Neiges)
  • Radamisto, Vile se mi dai vita (Acte III, scène 5), d'Haendel, par Philippe Jaroussky