Yann Arthus Bertrand
Yann Arthus Bertrand ©Radio France - Vincent Josse
Yann Arthus Bertrand ©Radio France - Vincent Josse
Yann Arthus Bertrand ©Radio France - Vincent Josse
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Observer ce qui nous entoure lui a donné le goût du partage, notamment de cette beauté qu’il voyait en survolant la Terre.

L’école n’est pas son meilleur souvenir, sa jeunesse fut mouvementée. Rebelle à son éducation bourgeoise, il s’est épanoui en découvrant les animaux, d’abord, l’Afrique ensuite et la photographie.  

" La Terre vue du ciel" est un best-seller, 4 millions d’exemplaires vendus, mais le cinéma est, depuis douze ans, depuis “Home”, son principal moyen d’expression.  

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Certes, il s’agit toujours de donner à admirer la Terre mais aussi, et de plus en plus, d’alerter. Ce photographe et cinéaste est un militant écologiste qui croit à notre responsabilité, à notre réveil. Nous avons les moyens de corriger le tir. Son appel visiblement résonne puisqu’au-delà de ses lecteurs et spectateurs, il est connu des plus jeunes d’entre nous. Une dizaine d'écoles portent son nom. Yann Arthus Bertrand est l'invité du Grand Atelier.

Extraits de l'entretien 

Les Lions m'ont appris la photographie. Observer la vie des animaux m'a profondément transformé. Je viens de là, je viens de ces animaux.

Yann Arthus Bertrand a tenu à inviter Sebastiao Salgado, immense photographe et ami du photographe-réalisateur. Cela ne fait aucun doute, Yann Arthus Bertrand admire Salgado, qui est, pour lui "aujourd'hui l'un des plus grands photographes du monde." 

En plus d'être un  photographe hors normes, Sebastiao Salgado est engagé : "Ce qui est important, c'est qu'il y a un message derrière tout ce qu'il fait. C'est plus que de la photographie, c'est plus que Salgado, c'est plus que moi. Quelque part, il y a un message envoyé au monde entier : 'Qu'est ce que nous sommes comme êtres humains ? Qu'est-ce que nous faisons de la Terre ?'" résume Yann Arthus Bertrand au micro de Vincent Josse. 

Vient ensuite à l'autre bout du fil, une autre personne qui est chère à Yann Arthus Bertrand, la chanteuse Angélique Kidjo, encore trop méconnue pour le photographe. À la question : "Avez-vous eu le désir de mettre votre notoriété au service des causes humanistes ?" Le constat est sans appel :

Angélique Kidjo : "On peut faire beaucoup de choses avec peu de moyens. 

Il faut arrêter de penser qu'on peut faire des changements uniquement avec de l'argent. L'argent vient après. 

Mais c'est la volonté de vouloir faire les choses, de comprendre que lorsqu'on est un individu, nous ne sommes pas seuls, nous sommes liés à toute la race humaine et à la Terre. Si nous faisons une initiative qui aide quelqu'un, ça a un effet de ricochet dont on ne se rend pas compte de l'importance que ça a." 

Il y a des gens qui vous aiment, d'autres qui vous aiment moins. Ceux qui disent, par exemple, "Yann Arthus Bertrand est écolo, mais il a été dix ans le photographe du Paris-Dakar", qu'est-ce que vous répondez à ça ? 

Y-A B : "D'abord, le Paris-Dakar, c'était dans les années 80. Il y a beaucoup de gens que je connais qui ont créé des fondations, qui ont fait des choses, qui ont redécouvert l'Afrique grâce au Paris-Dakar. En tout cas, j'ai aimé faire le Paris-Dakar et j'ai arrêté très vite, au bout d'une dizaine d'années."

Trouver sa voie 

Dans son livre "Legacy", le photographe se livre énormément sur sa vie. 

Vous racontez par exemple dans votre livre "Legacy, l'héritage d'une vie" que vous avez vécu tout jeune avec une prostituée.

Y-A B : "J'étais parti de chez moi quand j'avais 18 ans. Je vivais avec une fille que j'aimais beaucoup, qui était aussi paumée que moi d'ailleurs. C'était l'époque un peu trouble. J'avais 18, 20 ans, opportuniste. Je vivais un peu dans la rue. Je cherchais ma voie. Je cherchais ce que je voulais faire. 

Plus tard je suis tombé amoureux de la mère de mon meilleur ami, elle avait 24 ans de plus que moi, j'étais très heureux avec elle. J'ai passé dix ans avec elle et c'est elle sans doute qui a fait ce que je suis aujourd'hui, qui m'a fait confiance, qui m'a donné la possibilité de changer complètement. Je suis arrivé dans l'Allier, je me suis occupé d'animaux, j'ai découvert ma passion." 

Aujourd'hui, je pense que l'urgence est là et que c'est vraiment le moment où on doit tous se réveiller encore plus qu'avant. 

Est-ce qu'il y a des pays où vous ne voulez pas aller, où vous vous interdisez d'aller s'il y a des entreprises avec lesquelles vous ne voulez pas travailler ? 

"Très peu en fin de compte. Je n'aimerais pas travailler avec Monsanto ou des boîtes comme ça qui sont épouvantables. Mais je pense que l'on peut amener un soupçon, un zeste, infuser de l'écologie, de l'humanisme un peu partout. Je pense qu'il ne faut pas refuser de voir les autres êtres humains qui vivent avec vous."

Se questionner sur les inégalités 

Anastasia Mikova est journaliste et réalisatrice. Aux côtés du photographe, elle a co-réalisé Human et Woman et a mis du temps à accepter le fait qu'elle était chargée d'une mission. Celle de donner la parole, ouvrir les yeux aux gens. 

Qu'est-ce qui vous bouleverse particulièrement [dans votre travail] ?

Anastasia Mikova : "Ce qui est bouleversant, c'est de mettre des visages et des histoires sur ces chiffres abstraits qu'on entend dans des médias. 

On voit ces images insupportables par exemple de la Pologne. On voit les gens comme une masse inhumaine. On ne sait même pas qui ils sont. En réalité, ce sont des vraies personnes qui existent. Et quand vous les avez en face de vous, ils vous racontent leur vie. 

[…] Ce qui nous fait nous dire "qui je suis ?", "Pourquoi est ce que je suis mieux qu'eux ?" Et ça fait réfléchir et regarder les autres différemment. Et c'est ça, les projets que l'on fait avec Yann."

  • La nouvelle édition de La Terre vue du ciel est disponible aux éditions La Martinière
  • Legacy, l'héritage d'une vie, co-écrit avec Olivier Blond  à paraitre le 25 novembre (La Martinière)
  • Pour voir le film Home
  • Pour voir le film Human

Avec :

Sebastiao Salgado, photographe. Sa dernière exposition : Amazônia (Philharmonie de Paris) vient de s'achever, véritable invitation à voir et à penser le devenir de la biodiversité et la place des humains dans le monde vivant

Angélique Kidjo, chanteuse.   Mother nature est issu d'un album du même titre, hommage à la nature. Sa Fondation Batonga

Armand Amar, musicien, compositeur de musiques de films, notamment de tous les films de Yann Arthus Bertrand

Anastasia Mikova, journaliste et co-réalisatrice des films Human et Woman avec Yann Arthus Bertrand

Florent Gilard, producteur des films de Yann Arthus Bertrand, et cofondateur de Saola Studios

Programmation musicale :

  • Fragile - Sting
  • Stabat mater en Fa mineur (Pergolese) - Brigitte Fournier / Arthur Stefanowicz
  • Mother nature - Angélique Kidjo
  • Cum dederit (BO du film Home / Vivaldi) - Sandrine Piau, arrangements Armand Amar
  • Respire encore - Clara Luciani
  • SOS d'un terrien en détresse - Daniel Balavoine
  • Billie bossa nova - Billie Eilish
  • Sorry Angel - Alex Beaupain