Jean-Jacques Beineix en décembre 2002
Jean-Jacques Beineix en décembre 2002 ©Getty - Toni Anne Barson Archive
Jean-Jacques Beineix en décembre 2002 ©Getty - Toni Anne Barson Archive
Jean-Jacques Beineix en décembre 2002 ©Getty - Toni Anne Barson Archive
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Le réalisateur était invité à l'occasion de l'exposition « Studio Beineix » au M-A30 / Musée des Années Trente de Boulogne-Billancourt. Il confiait à François Busnel ses envies et ses regrets de cinéaste.

Avec

Dans les années 1980, il dépoussiérait le cinéma français. Souvenez-vous de son premier film : Diva, récompensé par quatre César. Un cinéaste était né. Il y eut ensuite La Lune dans le caniveau.

Puis 37,2° le matin, qui poussa l'écrivain Philippe Djian au firmament, et révéla Béatrice Dalle au cinéma. Et ce fut Roselyne et les lions, IP5, le dernier film auquel participa Yves Montand... Sans oublier Mortel transfert. Aujourd'hui, ce cinéaste devenu culte pour toute une génération, appartient à l'histoire du cinéma français.

La preuve : le Musée des années 1930, ça ne s'invente pas, propose une rétrospective de son œuvre qui montre à quel point à quel point, par delà des films, il y a une vision du monde, une vision de la culture, mais surtout, une vision de la vie.

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Se replonger dans son passé à 66 ans

Jean-Jacques Beineix : "Je ne suis pas sur que ce soit quelque chose de si agréable que ça. Il y a l'injonction de faire un nouveau film, et aussi, le fait que cette oeuvre est révolue. Et en même temps, je vois qu'il y a une logique dans tout ça. il y a une conduite. Et l'exposition m'apprend sur elle. J'ai essayé de me conduire bien, d'être un artiste honnête sincère et de rassembler ce que je connaissais grâce aux beaux-arts. Mes films sont tous sur le travail de l'artiste."

L'homme qu'il est devenu et la difficulté de faire un film aujourd'hui

"L'homme en moi qui arrivait pour révolutionner le cinéma dans les années 1980 est mort. Il reste de ce jeune homme que j'étais, une passion, une impatience, une envie... Mais quelque chose a changé pour les cinéastes : nous n'avons plus tellement de personnes à qui parler. Pour faire des films aujourd'hui, on s'adresse à des bureaucrates, des patrons de bureau d'études....

L'art n'a plus la même place, et je pense que bientôt la tête des artistes sera mise à prix.

L'art dérange, ou est supposé déranger. Etre artiste c'est poser un regard sur les choses qui dérangent, sur les à-côtés, sur ce qu'il y a derrière les choses. Ce sont autant de choses que n'aime pas une société qui est dans le contrôle."

La critique et la Nouvelle vague

"Que des critiques qui appréciaient la Nouvelle vague aient été aussi durs vis-à-vis de Diva... Ca ne va pas. Je revendiquais cette filiation avec ce mouvement cinématographique. S'il n'y avait pas eu Truffaut, Godard, mais aussi René Clément, je n'aurais pas fait de films ! Ces réalisateurs sont mes grands-frères. Comme eux, j'ai regardé le monde tel qu'il était devant moi : l'irruption de la technologie, de la publicité, les apparences, le choc des cultures."

L'artiste et l'entrepreneur

"En créant ma propre entreprise de cinéma, me suis englué dans un système que j'ai essayé de maitriser. Je n'ai pas su me transformer en entrepreneur, je suis resté un artiste : le jouet de ses pulsions, de ses fantasmes, de ses inquiétudes."

37,2° ne serait plus possible à tourner aujourd'hui

"Il y a des films comme 37,2° que je ne referai pas aujourd'hui. Je n'aurais pas le droit de prendre comme rôle principal une inconnue, le film serait interdit aux moins de 16 ans probablement. Et ce parce que la censure est revenue. On vit dans une société de la norme. Regardez les manifestations contre le mariage homosexuel. Je vois une montée de l'intolérance et je voudrais en parler au cinéma.

Je sais que j'ai la rage, et je me suis radicalisé. J'aurais encore plus envie de casser les choses aujourd'hui.

La suite est à écouter...

Sur près de 900m2, l'exposition invite à une déambulation dans un appartement où chacune des pièces présente l'univers si particulier des films de Beineix : la cuisine sulfureuse de 37°2 le matin, la salle de bain bleu électrique de Diva, la cage aux fauves de Roselyne et les lions, le cabinet du psy de Mortel Transfert... « Studio Beineix » révèle aussi les inspirations artistiques du réalisateur ainsi que ses propres créations plastiques et musicales, révélant les visages multiples d'un artiste total.

Informations pratiques

Musée des Années Trente - Espace Landowski

28, avenue André-Morizet

92100 Boulogne-Billancourt

Accès : métro ligne 9 (Marcel-Sembat)

métro ligne 10 (Boulogne-Jean-Jaurès)

Choix musical de l’invité :

Antony and the Johnsons – the crying light (2009)

L'équipe