Le romancier Jean Teulé, 2015
Le romancier Jean Teulé, 2015 ©Maxppp - OUEST FRANCE
Le romancier Jean Teulé, 2015 ©Maxppp - OUEST FRANCE
Le romancier Jean Teulé, 2015 ©Maxppp - OUEST FRANCE
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Il était un autodidacte atypique, qui a réussi à imposer un style bien à lui, savoureux, truculent, volontairement relâché où l'argot vient systématiquement télescoper le français le plus châtié et magnifie l'histoire avec un grand H, tel un merveilleux professeur d'histoire qu'on rêve tous d'avoir.

C'est avec une humilité exemplaire qu'il racontait ses personnages clés, qui s'appelaient tantôt Arthur Rimbaud, François Villon, Monsieur de Montespan et Charles IX, le roi qui ordonna la Saint-Barthélemy et qu'il rebaptise du sobriquet de Charly 9 dans un de ses grands romans qui sortait à l'occasion, avec une insolence qu'il aura été le seul à porter avec autant d'élégance.

On l'a découvert en dessinateur de BD dans les années 80, puis en chroniqueur TV dans les années 1990, dans une assiette anglaise qui ne cesse de nous manquer, puis ensuite chez l'ami Antoine de Caunes dans "Nulle part ailleurs". Depuis le début des années 2000, nouvelle vie, il est entré dans les habits du romancier à succès. Ses livres sont traduits aujourd'hui dans une quinzaine de langues. "Le Montespan" fut un succès incroyable qui racontait les aventures du cocu le plus célèbre du XVIIIᵉ siècle, Monsieur de Montespan, bien décidé à récupérer sa femme égarée dans les bras et dans le dos de Louis XIV. "Charly 9" était dans les listes des meilleures ventes absolument partout. Rocambolesque réécriture de l'histoire d'un roi fou qui, pour faire plaisir à sa maman, accepta le massacre de la Saint-Barthélemy.

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Il a longtemps raconté, avant de faire de la télé, des histoires en bande dessinée. Il a même inventé un genre le photo reportage dessiné. Jean Teulé, aspirateur à dingos, collectionneur de maudits, quand on lui demande comment il est devenu écrivain, il a l'habitude de répondre "par hasard".

Une plume sommeillait en lui dès la plus jeune enfance

Dans la prime enfance, il cultivait déjà sans vraiment l'admettre le rêve de faire un métier où l'écriture serait au centre de sa vie : "J'avais surtout envie de faire des images, je voyais des mots et inconsciemment, j'allais plutôt naturellement vers vers la BD et non des romans. Il n'en lisait pas beaucoup à vrai dire, il assumait ne pas être la somme de ses lectures. Il ne se considérait pas comme romancier jusqu'à ce qu'on lui fasse prendre conscience et qu'on lui propose un contrat, un roman de 200 feuilles que l'enfant qu'il était au plus profond de son âme aurait perçu comme une punition à l'école puisqu'il assumait avoir été très mauvais élève : "j'ai failli faire demi tour en me disant que j'avais vraiment tort de m'engager vers cette voie. Mais j'ai tout donné pour écrire mon premier roman, comme n'importe quel job, car tout ce que j'ai fait dans la vie, ça a été fait par hasard et parce que des gens m'ont demandé de le faire. J'étais très mauvais élève en classe de troisième et c'est un prof de dessin qui m'a motiver à créer et faire du dessin.

De la BD au roman : "un métier où on se lève quand on n'a plus envie de dormir"

Il arrête l'école à la fin de la troisième et s'oriente vers les écoles, les studios : c'est un dessinateur de BD qui l'a emmené par la main à L'Écho des savanes et je me suis retrouvé dessinateur de bandes dessinées et je ne voulais pas faire de romans et je suis devenu romans, il a signé sa première BD avec Jean Vautrin, il en a écrit une bonne dizaine.

Arrivé à 58 ans, il avoue ne pas encore avoir décidé du métier qu'il désirait faire et ce puis qu'il était enfant, puisqu'il fallait vivre la vie comme elle venait et s'offrait à lui-même : "Je voulais faire un métier où on se lève, quand on n'a plus envie de dormir, et c'est exactement ce que je fais. Nous les écrivains, on se lève quand on n'a plus envie de dormir".

Il confiait qu'être écrivain, ce n'est pas du tout un métier facile, il avait d'ailleurs beaucoup de mal à écrire : "Ça ne vient pas facilement. Quand j'écris une page par jour, je trouve que je n'ai vraiment pas loupé ma journée. Et si ça ne sonne pas à l'oreille, je réécris, je recommence. Il faut que ça coule comme de l'eau".

C'est un autodidacte qui découvre donc assez tard le plaisir d'écrire, après avoir arrêté la télévision, notamment "Nulle part ailleurs", il ne supportait plus l'idée de cumuler deux métiers trop différents : "Le matin, j'essayais d'écrire et le soir, sur le plateau, il fallait être complètement extraverti donc différent… J'avais l'impression de faire l'essuie-glace et de ne rien bien faire. Je me suis dit qu'il fallait choisir".

En effet, mai 1997, il arrête la télé en rencontrant celle qui lui a donné sa révélation pour son roman "Darling". Le livre rencontre un très grand succès. La machine s'est véritablement mise en marche. Toujours aussi modeste avec l'écriture, il confie :"J'écris comme je parle à mes copains. Ce n'est pas parce que tout d'un coup j'écris un roman qu'il faut écrire comme si je visais l'Académie française".

Passé 40 ans, une conviction : devenir à tout prix un passeur de cultures

Comment découvre-t-il la poésie à 40 ans ? Pourquoi, tout à coup tomber dans Rimbaud, Verlaine et puis François Villon et décide-t-il de s'emparer à la fois de la langue des poètes, de leur existence et puis aussi de forger ce qui est devenu aujourd'hui son style, sa marque de fabrique, une poésie très contemporaine, un mélange de très vieux français, de rap, parfois de rythme très saccadé ?

La découverte des poètes, c'est venu à cause d'un nouveau malentendu quand il étais ado. Un jour, il rentre pour déjeuner chez ses parents, et à la radio il découvre Léo Ferré avec son titre "C'est extra", et s'aperçoit que les paroles sont d'Arthur Rimbaud et Paul Verlaine : "C'est grâce à eux que j'ai découvert la poésie. Et quand j'ai écrit mes romans, j'avais envie de faire le même boulot que Léo Ferré avait fait pour moi, faire un boulot de passeur pour faire connaître à d'autres Rimbaud, Verlaine, Aragon, Guillon à mon tour".

Quand on lui demandait pourquoi passé la quarantaine, il choisit d'utiliser la vie et l'œuvre de ces génies de la poésie que sont Verlaine, Rimbaud, puis François Villon pour se les approprier, en faire des romans et non pas des biographies, non pas raconter la véritable histoire, mais sa vision de leur histoire tout en télescopant leur langue avec la sienne, voici ce qu'il répondait, avec la plus grande humilité :  "Parce que par amour, par admiration folle, qu'est-ce que j'aurais aimé connaître ces trois types-là…"

Le plus beau vers de la langue française selon Jean Teulé

"L'espoir, luit comme un brin de paille au fond de l'étable"

- Verlaine

"Je ne sais pas très bien ce que ça veut dire en réalité, c'est un truc que je ressens comme si plongé dans tout un fatras d'événements, de choses, il y avait cette perle qui ne manquait pas de me toucher irrésistiblement".

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