Daniel Cohen, économiste et directeur du département d'économie de l'École Normale Supérieure, président de l'Ecole d'Economie de Paris
Daniel Cohen, économiste et directeur du département d'économie de l'École Normale Supérieure, président de l'Ecole d'Economie de Paris - Géraldine Arestean
Daniel Cohen, économiste et directeur du département d'économie de l'École Normale Supérieure, président de l'Ecole d'Economie de Paris - Géraldine Arestean
Daniel Cohen, économiste et directeur du département d'économie de l'École Normale Supérieure, président de l'Ecole d'Economie de Paris - Géraldine Arestean
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L’économiste et intellectuel Daniel Cohen publie « Homo numericus. La "civilisation" qui vient » (Albin Michel). Une exploration en profondeur de l’emprise du numérique sur nos vies et notre société.

Avec
  • Daniel Cohen Économiste et directeur du département d'économie de l'École Normale Supérieure, Président de l'Ecole d'Economie de Paris

L'abondance, grande promesse du numérique

Alors que le Président Emmanuel Macron déclarait la fin à l'abondance il y a quelques jours, il est vrai que le monde de l'après-covid avait laissé place à une période de frénésie de consommation. Si certains ont parlé de revanche du consommateur, d'autres phénomènes comme la grande démission, The Big Quit aux États-Unis, ont eu lieu juste après la période de vide laissé par le confinement. Alors que le numérique et les moyens de consommation ont changé, l'économiste Daniel Cohen avance que l'ère du numérique promet une abondance illimité et infini : de la musique à l'infini sur les plateformes de streaming ou encore des histoires amoureuses à la demande sur les applications de rencontres, faisant ainsi voler en éclats toute notion de rareté que nous avions connu à l'ère industriel. Mais toutes ces nouvelles manières de consommation proposer par le numérique ne seraient-elles pas en train d'appauvrir le cœur même de notre vie ?

L'appauvrissement des relations interpersonnelles

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On a déjà pu l'observer durant les périodes de confinement, le fait de voir moins de personnes physiques, ne nous a pas rendu moins sociable, au contraire : on assiste à des réunions virtuelles, on peut se faire soigner à distance, et même rencontrer l'amour via une application de rencontres, une manière, en quelque sorte, d'industrialiser les rapports humains. Mais quelles sont les limites de ce nouveau système où nos interactions se font à distance ? À une période où l'on parle des difficultés dans l'enseignement à proposer des cours en ligne et de remplacer les professeurs par des algorithmes, ces deux tentatives infructueuses ne montreraient-elles pas déjà les limites du tout à distance et du tout numérique ?

À réécouter : La Fin de l'abondance
3 min

Jared Diamond et son best-seller Effondrement

Dans son ouvrage, Daniel Cohen cite le best-seller Effondrement de Jared Diamond qui évoque notamment l'effondrement des habitants de l'île de Pâques, le génocide rwandais ou encore la disparition de certaines sociétés vikings au Groenland. Paru en 2005, cet ouvrage a connu un énorme succès. Le géonomiste américain avance dans ce livre que ces sociétés se sont autodétruites, car elles étaient dans l'incapacité d'admettre les failles de leur système. Une théorie qui peut s'appliquer selon Daniel Cohen aux réseaux sociaux qui abordent la question climatique alors que le numérique pollue énormément. Mais comment les réseaux sociaux qui prônent souvent le catastrophisme peuvent devenir acteur et lutter contre le réchauffement climatique ?

Les questions politiques à l'ère du numérique

Autre problème que soulève le tout numérique, celle des communautés. Selon Daniel Cohen : « Le numérique vous offre des communautés d'appartenance quand la société ne vous en offre pas. Mais c'est un mythe. En réalité, elles sont fabriquées sur un autre principe qui est que quand vous rejoignez une communauté sur le Net, vous vous privez de toute altérité. Le Net va vous guider vers des gens qui pensent comme vous. En réalité, vous ne cherchez pas des informations, vous ne cherchez pas autrui sur le Net, vous cherchez où trouver des gens qui pensent comme vous. » Un problème de libre-arbitre qui s'applique aux cercles politiques et à ses militants. Comment ces nouveaux moyens de communication virtuels vont-ils évoluer ?

Nos croyances, nouvelle consommation principale de notre société

L'économiste et intellectuel Daniel Cohen évoque également nos croyances et la manière dont le numérique nourrit notre imaginaire, nous déconnectant un peu plus de la réalité : « On ne cherche pas des informations, on cherche à se construire un imaginaire : nous sommes en train de découvrir que la nouvelle société de consommation, c'est une société où la consommation principale, ce sont nos croyances, ce sont nos pensées. C'est ce qui est en train de migrer sur le Net. » Mais cette capacité qu'à le Net de nous fabriquer un imaginaire hors de tout principe de contradiction et de réalité n'offre-t-il pas également un risque sur le long terme ?

Pour en savoir plus, écoutez l'émission...

À réécouter : Daniel Cohen
16 min
1 min

L'équipe

Ali Baddou
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