Joe Biden, le 27 avril à Washington, penche à gauche depuis son accession à la Maison Blanche
Joe Biden, le 27 avril à Washington, penche à gauche depuis son accession à la Maison Blanche
Joe Biden, le 27 avril à Washington, penche à gauche depuis son accession à la Maison Blanche ©AFP - Drew Angerer / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP
Joe Biden, le 27 avril à Washington, penche à gauche depuis son accession à la Maison Blanche ©AFP - Drew Angerer / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP
Joe Biden, le 27 avril à Washington, penche à gauche depuis son accession à la Maison Blanche ©AFP - Drew Angerer / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP
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Résumé

Joe Biden s'exprime ce soir devant le Congrès américain, 100 jours après son accession à la Maison Blanche et le bilan de ces 100 premiers jours est surprenant : beaucoup de décisions et un cap assumé à gauche. Alors que les partis de gauche ont quasiment disparu de l’échiquier politique mondial. C'est le monde d'après

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Trump l’appelait « Sleepy Joe », Joe l’endormi. Et vu l’âge du nouveau président, 78 ans, on pouvait imaginer un mandat un peu timoré et poussif. Pour l’instant, c’est l’inverse. Joe Biden a mangé du lion. Il a déjà rempli (c’est énorme) 25 de ces 61 promesses de campagne selon le décompte d’Associated Press. Trump parlait beaucoup. Biden parle peu mais agit beaucoup.

Son succès le plus visible c’est évidemment la vaccination à marche accélérée. Mais ce succès, Biden le doit aussi à Trump qui avait lancé la machine. Le vrai tournant est ailleurs : c’est donc la barre à gauche. Biden tourne le dos à plus de 40 ans de mondialisation libérale. Il tend la main à des classes moyennes ou défavorisées, laissées pour compte de la mondialisation, et qui sont devenues le terreau des populismes d’extrême droite.

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Là encore, la boule de cristal s’est trompée. Elle annonçait un Biden centriste, il est audacieux. Et c’est d’autant plus étonnant que la gauche est dans les choux dans toutes les grandes démocraties occidentales : en Allemagne, au Royaume-Uni, en Italie, et ne parlons même pas de la France. Les partis de gauche ont perdu le fil, sont sans boussole et divisés. Et tout d’un coup, voilà Biden !

Le retour de l’État et des investissements publics

C'est flagrant surtout sur le plan économique: c’est le grand retour de l’État dans ce pays, les Etats-Unis, où le gouvernement central a généralement mauvaise presse, depuis la formule de Reagan il y a 40 ans : « l’État n’est pas la solution au problème, c’est le problème ».

Biden lui nous ramène plutôt 80 ans en arrière, à Franklin Roosevelt, dont il a d’ailleurs fait accrocher le portrait au cœur du Bureau Ovale à la Maison Blanche : l’État est la solution. A l’image du New Deal de Roosevelt, la stratégie est de relancer l’économie et la consommation par des investissements publics gigantesques. Deux plans de plus de 2000 milliards de dollars chacun, des grands travaux, des infrastructures rénovées pour la conversion écologique, quitte à s’endetter.

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Et une politique fiscale qui affiche ses couleurs : taxer les riches. Propositions : 

  • Doubler le taux d’imposition des 0,3% les plus riches de la population, de 20% à 39%. 
  • Instituer une taxation des multinationales
  • Augmenter la fiscalité des entreprises. 
  • Et redistribuer vers les classes moyennes et défavorisées. Tout en améliorant les droits syndicaux au passage.

L’aile gauche du parti démocrate, qui a tendance à en demander toujours plus, applaudit.

Le retour des droits de l'Homme

Il n’y a pas que l’économie, Biden s’affiche de gauche aussi sur les autres sujets. Sur les questions de société : les aides au logement, la protection santé dans la continuité d’Obama, l’éducation avec la volonté de financer les crèches. Et puis l’immigration, sujet politiquement explosif. Biden a promis de régulariser près de 11 millions de personnes. Quitte à créer un appel d’air, et c’est déjà le cas, un aimant pour de nouveaux candidats à l’immigration. 

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Enfin il y a la diplomatie : la remise au goût du jour des droits de l’Homme, cette notion devenue un peu désuète dans les chancelleries, au nom du réalisme. Sur les Ouïghours, Hong-Kong, Navalny, ou le génocide arménien, le paramètre Droits de l’Homme revient en force. Bref, autant de concepts étiquetés à gauche, que le « vieux » Biden sort de leur formol pour les remettre au goût du jour. C’est inattendu.

Un possible recentrage 

Mais ça ne préfigure pas forcément un réveil des gauches ailleurs.

D’abord, Biden, passé les 100 premiers jours, va voir les obstacles se dresser devant lui, pour appliquer ses réformes. Le grand package financier « éducation santé » aura bien du mal à passer le cap du Sénat. Il faudrait l’appui de 10 sénateurs républicains. Improbable. Et puis le pays reste totalement polarisé. Il n’y a que 13% des électeurs républicains pour faire confiance à Biden. Comme le nouveau président est un pragmatique, il est fort possible qu’il recentre sa politique progressivement, pour chercher des compromis. A fortiori si ses paris économiques déclenchent un début d’inflation, ce qui est possible. 

Il est donc encore moins évident que ça déteigne sur les autres démocraties occidentales, où le curseur des sociétés penche nettement à droite. Sauf si, dans 5 mois, l’Allemagne porte au pouvoir une coalition Verts / Centre gauche. Là, ça pourrait modifier les équilibres.

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Jean-Marc Four
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