De nombreux enfants ont été tués ou blessés dans la bande de Gaza lors des bombardements israéliens ©AFP - ANAS BABA / AFP
De nombreux enfants ont été tués ou blessés dans la bande de Gaza lors des bombardements israéliens ©AFP - ANAS BABA / AFP
De nombreux enfants ont été tués ou blessés dans la bande de Gaza lors des bombardements israéliens ©AFP - ANAS BABA / AFP
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Résumé

Le bruit des bombes s’est tu au Proche-Orient. Le chef de la diplomatie américaine Anthony Blinken se trouve d’ailleurs sur place.Mais les affrontements entre Gaza et Israël laissent derrière eux de nombreuses victimes civiles. C’est révélateur de l’évolution des guerres « modernes". C'est le monde d'après.

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La statistique fait froid dans le dos : depuis 10 ans, les civils représentent 91% des morts lors d’actes de guerre en milieu urbain, bombardements ou explosions. 91% ! Chiffre établi par l’ONG britannique Action on Armed Violence, après une étude portant sur 29.000 actes de guerre dans 123 pays.

Ce chiffre, qui vient confirmer plusieurs autres enquêtes effectuées ces deux dernières années, est publié aujourd’hui, avec à propos, par le quotidien londonien The Guardian. Avec à propos vu le bilan du conflit entre Israël et le Hamas : plus de 250 morts dont 66 enfants à Gaza, 12 morts dont 2 enfants dans les villes israéliennes. Essentiellement des civils.

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On ne peut pas se contenter de regarder ce chiffre avec impuissance. D’autant qu’il y a un siècle, les proportions étaient inversées : 85 à 90% des victimes, lors de la première guerre mondiale, étaient des soldats, des combattants, pas des civils. Que la guerre ravage des centres urbains densément peuplés n’est pas nouveau : au 20ème siècle, Stalingrad, Dresde, Le Havre. Mais désormais, les armes utilisées sont d’une telle puissance qu’en milieu urbain, elles détruisent tout sur leur passage, soldats comme civils, sans distinction.

En plus, il faudrait ajouter les morts indirects, par la destruction des hôpitaux, des systèmes d’adduction d’eau, des usines, etc. Par exemple, plusieurs hôpitaux et cliniques ont été détruits à Gaza.

Les armées étatiques comme les groupes terroristes 

Et ces morts de civils, elles sont le fait à parts égales, des groupes terroristes et des armées régulières. C’est l’autre fait troublant de ce rapport. En milieu urbain, les frappes des armées étatiques tuent autant de civils que celles des groupes terroristes. 128.000 morts attribués aux unes, 132.000 attribués aux autres, le tout en 10 ans, toujours selon cette évaluation d’Action on Armed Violence. Les États tuent avec des armes sophistiquées de manufacture industrielle. Les terroristes avec des roquettes ou des mines artisanales. Mais au bout du compte, c’est aussi meurtrier pour les civils.

Côté terroristes, le rapport souligne les destructions des Talibans en Afghanistan ou des Shabab en Somalie, auteurs du plus meurtrier des attentats de ces dernières années : plus de 500 morts à Mogadiscio en 2017. On pourrait citer aussi la terreur au Sahel, en particulier au Niger ces derniers mois.

Mais côté violence étatique, ce n’est pas mieux. Le pire, c’est la Syrie : le régime d’Assad est à l’origine de 70% des morts de civils dans le pays, loin devant les groupes terroristes comme Daech. Cette violence d’État, on la retrouve en Irak, au Pakistan. A Gaza, avec les bombardements israéliens, là encore 90% de victimes civiles. Même si, on le sait, le diagnostic est complexe : Israël considère que le Hamas utilise les civils et les enfants comme boucliers humains, pour protéger ses combattants.

Mais au bout du compte, forcément c’est troublant. Pourquoi la violence des États serait-elle plus légitime que celle des groupes terroristes, si elle fait les mêmes ravages parmi les civils. Il faut au moins se poser la question.

Un commerce toujours florissant

Face à cette évolution, il n'y a guère de solutions, en tous cas rien de nature à rendre très optimiste.

Il y a bien une mobilisation internationale, autour de l’ONU, et de plusieurs ONG, comme la Croix Rouge, Handicap International, ou celle dont je vous parlais, Action on Armed Violence. Avec certains pays très impliqués, comme l’Autriche ou la Belgique. L’objectif c’est de faire adopter un texte qui interdise, ou au moins restreigne l’usage des armes explosives en milieu urbain.

Plus de 110 pays l’admettent : ces armes tuent d’abord des civils. Et cela viole le droit humanitaire international et les Conventions de Genève qui protègent les civils durant les guerres ou dans toute forme de territoire occupé. Mais l’admettre c’est une chose. Interdire l’usage de ces armes en est une autre. Et puis plusieurs pays considèrent qu’une telle interdiction donnerait un avantage aux terroristes.

Enfin, cette démarche entre en contradiction directe avec les intérêts commerciaux des grands exportateurs d’armes: les États-Unis, la Russie, la France. La France qui a vu ses ventes d’armes augmenter de 44% sur les années 2016 -2020. Avec des armes qui ont sans doute tué des civils, par exemple au Yémen.

Bref, il y a fort à craindre que dans les années à venir, les civils, au Proche Orient comme ailleurs, continuent d’être les premières victimes des conflits.

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Jean-Marc Four
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