Le président iranien Hassan Rohani a fait solennellement appel à l'ayatollah Khamenei pour que soit élargie la liste des candidats autorisés à se présenter ©AFP - Crédit Iranian Presidency / AFP
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Le président iranien Hassan Rohani a fait solennellement appel à l'ayatollah Khamenei pour que soit élargie la liste des candidats autorisés à se présenter ©AFP - Crédit Iranian Presidency / AFP
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Résumé

L’Iran entre en campagne : l’élection présidentielle est prévue le 18 juin. 7 candidatures seulement viennent d’être validées : quasi exclusivement des ultra-conservateurs.En pleine négociation pour revenir dans l’accord sur le nucléaire, c’est un signal préoccupant: l’Iran se durcit. C’est le « monde d’après ».

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En Iran, le choix de l’électeur, c’est une notion toute relative.

Sur les centaines de candidatures déposées, le Conseil des gardiens de la Constitution n’en a donc retenu que 7. Selon des critères totalement opaques. Officiellement, il faut posséder ancienneté, expérience, etc. En réalité, tout ça c’est du pipeau : à Téhéran, le Conseil des gardiens retient qui il veut, pour orienter l’issue du scrutin. Un bon rappel sur la nature autoritaire de la République Islamique d’Iran.

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Cette fois-ci, le Conseil n’a même pas jugé utile d’entretenir l’illusion du pluralisme. Il a écarté, sans aucune raison, les principaux candidats modérés, l’ancien président du Parlement Ali Larijani, ou l’actuel vice-président du Parlement Eshag Jahangiri. Il n’a retenu que 2 réformateurs, inconnus du grand public : ils n’ont donc aucune chance.

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En revanche, il a validé 5 candidatures d’ultra conservateurs du régime. Notamment Said Jalili, Mohsen Rezaï, et surtout le grand favori : Ebrahim Raïssi, 60 ans, chef du pouvoir judiciaire. Un dur parmi les durs. Ex procureur adjoint de Téhéran, critiqué par toutes les ONG pour ses procès inéquitables. Religieux, fils spirituel de l’ayatollah Khameneï. Raïssi a déjà statut d’Hodjatoleslam, l’antichambre du stade suprême d’ayatollah.

Le scrutin est organisé pour lui offrir un boulevard. Comme par hasard, un sondage est publié aujourd’hui en Iran qui le crédite déjà de 72% des voix !

La pression des conservateurs sur le nucléaire

C’est donc aussi un signal en pleine négociation sur le nucléaire et là aussi le message est clair : durcissement. Après deux mandats présidentiels du réformateur Hassan Rohani, marqués par une certaine ouverture au monde, l’Iran ferme la boutique. Retour au conservatisme religieux.

Il est vrai que le bilan de Rohani est mauvais sur le plan économique. Puisque Donald Trump, en se retirant de l’accord sur le nucléaire, a imposé un blocus économique total à l’Iran. Résultat : les produits de base manquent, l’inflation atteint 35%, le chômage 20%.

Sur le nucléaire, les conservateurs sont partisans de faire monter les enchères. Accélérer l’enrichissement de l’uranium, ne pas s’interdire de posséder la bombe atomique, symbole d’indépendance. Ça n’est pas fait pour faciliter les négociations en cours à Vienne en Autriche, pour remettre sur pied le JCPOA, l’accord sur le nucléaire. La pression des durs du régime à Téhéran, évidente à travers cette sélection des candidats, complique encore la tâche du chef de la diplomatie iranienne, Javad Zarif, qui est lui-même un modéré.

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Dans un entretien aujourd’hui au Financial Times, le chef de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique, Rafael Grossi, ne cache d’ailleurs pas son inquiétude : il juge très préoccupant le niveau d’enrichissement de l’uranium atteint par l’Iran. Un niveau que possèdent uniquement les pays détenteurs de l’arme atomique, très au-delà des nécessités du nucléaire civil. Tout ça ne sent pas bon.

Du remue-ménage en Iran

Il y a encore des motifs d’espoir. Mais ils sont petits. D’abord la sélection opérée par le Conseil des gardiens de la Constitution crée du remue-ménage en Iran, tellement elle est caricaturale. L’un de ses membres, Sadegh Larijani, la juge « indéfendable ».

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L’actuel président Hassan Rohani, dans une allocution télévisée, a lui fait appel à l’ayatollah Khamenei, le guide suprême, pour que, je cite, « il élargisse la concurrence », parce que « si vous enlevez la concurrence, vous avez un cadavre ». Les mots sont forts. Et comme le Guide suprême a tous les pouvoirs, il peut requalifier des candidats. Ça s’est déjà vu. Ne serait-ce que pour favoriser la participation électorale, dont le pouvoir a besoin pour ré-asseoir sa légitimité.

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Le second motif d’espoir, ce sont évidemment les négociations en cours à Vienne. Qu’elles aboutissent avant l’élection du 18 juin, et ça peut changer la donne. Surtout si elles permettent rapidement à Téhéran de pouvoir exporter à nouveau son pétrole et d’accéder à ses avoirs financiers gelés dans les banques asiatiques. Vu la situation économique du pays, même les durs du régime savent un accord indispensable pour éviter l’explosion sociale.

Mais bon, il faut se forcer un peu pour trouver des motifs d’optimisme. La vérité c’est que pour l’instant, on se dirige tout droit vers un régime iranien plus dur que jamais. 

C’est le legs, indirect, de Donald Trump, à Téhéran : en humiliant les modérés, il a favorisé les ultras.

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Jean-Marc Four
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