Des icebergs près de Ilulissat au Groenland ©AFP -  Ulrik Pedersen / NurPhoto / NurPhoto via AFP
Des icebergs près de Ilulissat au Groenland ©AFP - Ulrik Pedersen / NurPhoto / NurPhoto via AFP
Des icebergs près de Ilulissat au Groenland ©AFP - Ulrik Pedersen / NurPhoto / NurPhoto via AFP
Publicité
Résumé

Le Conseil de l’Arctique réunit en Islande les 8 pays riverains de l’Océan Arctique, l’occasion d’une rencontre entre les chefs de la diplomatie russe et américaine, la première depuis l’élection de Joe Biden. La priorité climatique risque de s'effacer derrière l'économie et le militaire. C'est le monde d'après.

En savoir plus

L’Arctique, c’est l’appartement témoin du réchauffement climatique à vitesse accélérée. Sur ce territoire énorme entre Pôle Nord et Cercle Polaire, 15 millions de km2 (20 fois la France), les températures augmentent 2 fois plus vite que sur le reste de la planète. L’hiver, la banquise occupe quasiment toute la zone. Mais l’été, elle se résorbe de plus en plus. Et la fonte de la calotte glaciaire pourrait entrainer une hausse dramatique du niveau des océans.

La biodiversité est menacée : l’Arctique compte 20.000 espèces dont l’ours polaire, la baleine grise, la chouette harfang ou le saumon du Pacifique. Le réchauffement réduit leur territoire et limite leur nourriture en acidifiant le plancton. Les 6 populations humaines autochtones voient également leur mode de vie bouleversé.

Publicité

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Les incendies de forêt sont désormais gigantesques l’été en Sibérie, où il peut faire jusqu’à 40 degrés. La fonte du permafrost fissure les routes et les maisons, et libère du méthane, un gaz à effet de serre très nocif pour le climat. J’arrête l’inventaire, vous avez compris.

Le Conseil de l’Arctique réunit les 8 pays riverains : Russie, Etats-Unis, Canada, Islande, Danemark, Suède, Finlande, Norvège. Et s’il est bien un sujet dont il devrait s’occuper, c’est donc le climat. Ce qui se passe en Arctique nous concerne tous par effet en chaine. C’est d’ailleurs dans les statuts du Conseil : promouvoir l’environnement et le développement durable.

La poule aux œufs d'or du sous-sol

Seulement voilà, business is business ! La tentation économique est trop forte : croquer la pomme ! Conséquence : bon nombre des acteurs de ce Conseil de l’Arctique veulent profiter du réchauffement plutôt que de chercher à le ralentir.

Le réchauffement, c’est d’abord l’ouverture, pendant une bonne partie de l’année, de la route maritime du Nord : un corridor dégagé des glaces sur 5000 km, pour relier l’Asie à l’Europe. Un méthanier transportant du gaz a été le premier à ouvrir la route en 2017. Cette route, beaucoup plus courte que celle via le canal de Suez, devrait rapporter des gains considérables. Le trafic pourrait quadrupler d’ici 5 ans, avec des dizaines de millions de tonnes de fret.

4 min

Le réchauffement, c’est aussi la possibilité accrue d’exploiter le sous-sol, sur terre comme en mer. Et les réserves sont considérables : 13% du pétrole mondial, 30% du gaz naturel. Et aussi de l’uranium, du nickel, de l’or, du cobalt, du cuivre, du platine, du zinc. Je vous laisse imaginer les convoitises. 

La Russie a donc une priorité : étendre juridiquement son « plateau continental », pour accroitre ses droits d’exploitation. Mais elle n’est pas la seule. Le Canada, le Danemark, la Norvège demandent la même chose. Les États-Unis l’envisagent également. Et de nombreuses entreprises scandinaves sont impliquées dans les projets d’exploitation russes. Même la Chine, pourtant située à 1500 kms au Sud du Cercle Polaire, revendique désormais d’être un pays, je cite, « quasi Arctique ». Ça ne s’invente pas. Tout est bon pour obtenir une part du gâteau.

Bruits de bottes russes et américains

Les sujets militaires ne sont pas censés figurer au menu du Conseil de l’Arctique. Mais difficile là aussi d’éviter le sujet vu les propos tenus avant-hier, en hors d’œuvre de la réunion, par le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov : 

« Notre activité militaire est parfaitement légale et légitime dans l’Arctique ».

C’est une autre conséquence du réchauffement : la zone devient un enjeu géopolitique, donc voilà les militaires.

4 min

La Russie installe de nouvelles bases immenses, notamment sur l’Archipel François Joseph. Elle multiplie les manœuvres, déploie un système de défense anti-aérien dernier cri, simule des attaques de drones. En face, les États-Unis dénoncent officiellement un « risque de militarisation ». Mais en fait ils ne sont pas en reste : manœuvres de l’OTAN (les plus importantes dans la région depuis des décennies), déploiement de bombardiers en mer de Barents, soutien à un vaste plan de surveillance initié par le Danemark.

Alors on peut toujours se consoler en se disant que ce Conseil de l’Arctique fournit au moins l’occasion d’une première rencontre, ce soir, entre Anthony Blinken et Serguei Lavrov, les deux patrons des diplomaties américaine et russe. Et vu la tension entre les deux pays, une bonne discussion en tête à tête n’est pas inutile.

Mais le constat demeure : le climat et l’environnement devraient être les priorités absolues de ce sommet. Et ils ressemblent à la dernière roue du carrosse.

Références

L'équipe

Jean-Marc Four
Jean-Marc Four
Jean-Marc Four
Production
Jean-Marc Four
Jean-Marc Four