Le militant Roman Protassetitch, ici lors d'une manifestation en 2012, a été arrêté par la Biélorussie à l'issue de ce détournement d'avion ©AFP - STR / AFP
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Résumé

Le sommet européen voit son agenda bouleversé par l’incroyable détournement d’un avion de ligne hier par la Biélorussie. Une interception qui a conduit à l’arrestation d’un dissident biélorusse. Les Européens doivent réagir très fermement, faute de quoi ce sera la prime au sans foi ni loi. C'est le monde d'après.

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La réalité dépasse souvent la fiction. La preuve avec cet épisode qui possède les traits d’un acte de piraterie, organisé par le dictateur biélorusse Loukachenko.

Le scénario, rappelons-le, est sidérant. Imaginez. 175 passagers (dont 9 Français) à bord de ce vol commercial Ryan Air FR4978 entre Athènes en Grèce, au Sud, et Vilnius en Lituanie, au Nord. Soudain vers 13h, un Mig 29 militaire biélorusse, envoyé directement par Loukachenko, contraint le Boeing, sur le point d’approcher de Vilnius, de faire demi-tour, pour rester dans l’espace de la Biélorussie, et se poser dans la capitale Minsk. Le tout au motif d’une prétendue alerte à la bombe dans l’avion, que la Biélorussie impute désormais au Hamas Palestinien (c’est baroque).

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L’appareil se pose à Minsk. Il n’y a pas de bombe. Mais lorsqu’il repart dans l’après-midi, il n’y a plus que 169 passagers à bord : le jeune dissident biélorusse Roman Protassevitch, ex rédacteur en chef d’un média d’opposition, a été arrêté entre temps, tout comme sa compagne. Et 4 autres personnes manquent à l’appel. Il y a fort à parier qu’il s’agit d’agents russes ou biélorusses.

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La Biélorussie affirme avoir agi conformément au droit. Et avoir découvert « par hasard » ce dissident qu’elle considère comme « un terroriste ». Le mensonge parait grossier. Le coup monté, prémédité parait évident. C’est la preuve que Loukachenko, fortement contesté depuis sa prétendue réélection en août dernier, ne recule devant rien. Le « sans foi ni loi » a marqué un point.

En sécurité nulle part

Évidemment, tout le monde a saisi depuis belle lurette que Loukachenko règne par la force sur son sol, et sur les 9 millions et demi d’habitants du pays. Dans cette Biélorussie (que les opposants préfèrent appeler Belarus), la répression n’a cessé de croître ces derniers mois : le pays compte désormais des centaines de prisonniers politiques. 

Les médias contestataires sont systématiquement visés : perquisitions, arrestations, emprisonnement de journalistes. L’interpellation de Protassevitch, inconnu du grand public, a tout d’un message d’intimidation à l’ensemble de l’opposition. Tous les opposants sont visés, même ceux qui ne sont pas de très gros poissons. Vous n’êtes en sécurité nulle part. 

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Et c’est là qu’est le fait nouveau, dans le « nulle part ». Cette opération montre la capacité du régime de Loukachenko à monter des opérations sophistiquées même en dehors du territoire biélorusse. Nous pouvons vous repérer, vous traquer même en dehors de nos frontières. Et vous arrêter même au mépris des règles de la Convention de Chicago sur le transport aérien international. Un peu comme les Saoudiens ont assassiné le journaliste Jamal Khashoggi à Istanbul. Nous pouvons imposer notre fait accompli même chez nos voisins. Exporter notre « sans foi ni loi ».

Un test pour les Européens

C’est donc un test pour les 27. On parle quand même d’un vol reliant deux capitales membres de l’Union Européenne et deux membres de l’OTAN. Depuis hier, on a droit à des paroles. Fortes. Ça l’Europe sait faire.

Petite sélection : 

« C’est du terrorisme d’État », 

"C'est scandaleux", "c’est inacceptable", "c’est abject", "ça ne restera pas sans conséquences". Paroles, paroles. Mais pour dépasser le stade Dalida, il va falloir agir. Il est question de nouvelles sanctions financières, d’une interdiction de survol de la Biélorussie. Il s’agit de protéger les citoyens européens, tous menacés potentiellement par ce type de piraterie aérienne, et aussi d’envoyer un message aux citoyens biélorusses : nous voulons vous aider.

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Mais le risque c’est l’eau tiède. Pour deux raisons :

  • Et de un, la Biélorussie possède un parrain, la Russie qui trouve, je cite, « raisonnable » l’attitude de Minsk. Au rayon fait accompli, Moscou s’y entend, de l’empoisonnement de Navalny à l’intervention en Crimée.
  • Et de deux, l’Europe reste trop souvent pétrie de candeur. Comme s’il suffisait de s’indigner, de brandir l’État de droit ou les règles du transport aérien pour les voir mis en œuvre. 

Proclamer des lignes rouges est contreproductif si on ne sait pas les faire respecter. Or agir comme une puissance est un pas que l’Europe a du mal à franchir. Sauf que l’alternative, dans un monde devenu multipolaire, c’est de voir le « sans foi ni loi » devenir la règle.

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Jean-Marc Four
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