Le président rwandais Paul Kagame accueilli à Paris par Emmanuel Macron  ©AFP - Ludovic MARIN / AFP
Le président rwandais Paul Kagame accueilli à Paris par Emmanuel Macron ©AFP - Ludovic MARIN / AFP
Le président rwandais Paul Kagame accueilli à Paris par Emmanuel Macron ©AFP - Ludovic MARIN / AFP
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Résumé

15 chefs d’État africains sont réunis à Paris pour un sommet économique avec à la clé plusieurs entretiens bilatéraux notamment entre Emmanuel Macron et le rwandais Paul Kagame. La France veut ouvrir un nouveau chapitre dans ses relations avec les pays africains mais reste au milieu du gué. C'est le monde d'après.

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L’incarnation de ce nouveau chapitre, c’est le Rwanda. Dans un entretien à nos confrères de Radio France Internationale et France 24, Paul Kagame est explicite : « La France et le Rwanda ont désormais l’occasion de bâtir une nouvelle relation ».

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Il aura fallu plus de 25 ans pour en arriver là. Pour que la France admette sa lourde responsabilité et son aveuglement lors du processus génocidaire au Rwanda en 1994 : 800.000 morts au sein de la population Tutsie. 25 ans pour reconnaitre, notamment grâce au rapport Duclert, que le pouvoir français de l’époque, autour de François Mitterrand, a fermé les yeux sur les intentions génocidaires d’une partie des responsables Hutus.

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La France se décide enfin à regarder son Histoire en face. Nicolas Sarkozy avait donné la première impulsion il y a quelques années. Emmanuel Macron accélère. Il sera sans doute en fin de semaine prochaine au Rwanda pour tourner cette page. Et il n’est pas de symbole plus édifiant de la volonté affichée par Paris d’ouvrir un nouveau chapitre avec l’Afrique.

Du génocide rwandais au franc CFA, des gestes emblématiques

Et il n’y a pas que le Rwanda. Emmanuel Macron avait annoncé la couleur lors du discours de Ouagadougou en novembre 2017 : 

« Il n’y a plus de politique africaine de la France ».

Façon d’annoncer l’enterrement des réseaux tristement célèbres de la Françafrique.

Certains actes ont suivi :

  • L’annonce l’an dernier de la réforme du Franc CFA utilisé en Afrique de l’Ouest : il ne sera plus adossé à la Banque de France, et sera rebaptisé. Rappelons que CFA, ça voulait dire au départ « Colonies Françaises d’Afrique ».
  • L’amorce d’une restitution des biens africains pris par l’ex colonisateur. 250 d’entre eux sont en cours de restitution. C’est déjà le cas du sabre de el Hadj Omar Tall au Sénégal.
  • L’ouverture des archives aux historiens sur l’assassinat de Thomas Sankara au Burkina en 1987, un épisode où la France est soupçonnée d’avoir joué un rôle trouble. Là encore, comme sur le Rwanda, devoir de mémoire et de transparence.

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Ces actes sont révélateurs d’une volonté politique : établir un partenariat avec les pays africains et mettre fin à cette vieille condescendance post coloniale.

Un investissement économique en demi-teinte

Ce n’est pas rien… Mais on est encore loin du compte, il reste beaucoup à faire.

D’abord, le grand partenariat économique, éducatif, technologique promis en 2017 se fait attendre. La réforme du franc CFA tarde à se concrétiser vraiment. La tutelle de Paris n’a pas totalement disparu.

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Et puis cette réorientation de la relation franco-africaine vers l’économie est restée en partie lettre morte. La part de marché de la France en Afrique ne cesse de diminuer. La Chine est désormais largement devant, l’Allemagne nous a rattrapé. Et en termes d’investissements sur le continent, les Pays Bas nous ont doublé.

Au moment où près de 40 millions d’Africains sont en train de plonger dans la pauvreté en raison des conséquences de la pandémie, l’attitude de la France sur la question de la dette sera déterminante pour juger de sa volonté réelle de passer à autre chose.

Le soutien aux tyrans d'Afrique

Et puis surtout il y a toujours des ambiguïtés politiques, c’est ça le plus troublant.

Regarder le passé en face c’est bien. Mais ça n’exonère pas de regarder le présent en face. En l’occurrence, se réconcilier avec le Rwanda dont acte. Mais faut-il pour autant, au nom de la « realpolitik », oublier que le régime de Paul Kagame est très autoritaire : surveillance des opposants, arrestation de journalistes. 156ème au classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans Frontières.

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Il y a plus grave encore au rayon de la realpolitik : le soutien affiché à la transition dynastique au Tchad (avec cette transmission du pouvoir au fils d’Idriss Deby après la mort de ce dernier), et la solidarité jamais remise en cause avec les vieux tyrans du continent, Biya au Cameroun, Sassou N’Guesso au Congo, Guelleh à Djibouti.

Enfin, il y a ce débat qui monte sur le but de guerre de l’opération militaire française Barkhane au Sahel. Ce qui était au départ une intervention légitime contre le terrorisme est de plus en plus regardé par une partie des populations africaines comme une ingérence extérieure dans une forme de guerre civile. Et ça alimente le sentiment anti français : l’image de la France est dégradée sur le continent, loin derrière les Etats-Unis, l’Allemagne ou même la Chine.

Bref, le chapitre n’est pas totalement refermé. Paris reste au milieu du gué. Une forme « d’en même temps » assez macroniste.

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Jean-Marc Four
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