Joe Biden et son épouse Jill sur la base d'Andrews juste avant d'embarquer sur Air Force One vers l'Europe ©AFP - Brendan Smialowski / AFP
Joe Biden et son épouse Jill sur la base d'Andrews juste avant d'embarquer sur Air Force One vers l'Europe ©AFP - Brendan Smialowski / AFP
Joe Biden et son épouse Jill sur la base d'Andrews juste avant d'embarquer sur Air Force One vers l'Europe ©AFP - Brendan Smialowski / AFP
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Résumé

Joe Biden est dans l’avion direction l’Europe, pour un déplacement qui va durer 7 jours et le conduire de Londres à Genève en passant par Bruxelles et la Cornouailles. Cette opération séduction vis-à-vis des Européens est bienvenue, mais il ne faut pas se laisser aveugler. C’est le « monde d’après ».

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Pour son premier déplacement à l’étranger, Joe Biden n’a pas lésiné sur le programme : rencontre avec le Britannique Boris Johnson, sommet du G7 (les pays les plus riches), puis sommet de l’OTAN puis rencontre avec les Européens à Bruxelles. Et enfin, cerise sur le gâteau, Vladimir Poutine à Genève.

Ces 7 jours annoncés sur le Vieux Continent ont tout d’une offensive de charme à l’adresse des Européens. Objectif assumé : afficher la cohésion des démocraties occidentales et signer le retour de l’Amérique comme leader du "monde libre". Sur la forme comme sur le fond, ça tranche avec la période Trump, son agressivité envers ses alliés et sa sympathie affichée pour les autocrates. Sur la forme, le ton de l’équipe Biden est affable, courtois, souriant : c’est le retour à une diplomatie sereine.

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Sur le fond, le rapprochement avec les Européens est évident sur plusieurs dossiers :

  • Retour dans les accords de Paris sur le climat ; 
  • Volonté d’initier une taxation des multinationales, une révolution ; 
  • Confiance accordée aux Européens pour jouer les intermédiaires avec l’Iran ; 
  • Réaffirmation de l’investissement dans l’Otan, clé de voûte de la défense occidentale ; 
  • Perception partagée des menaces posées par la Russie et la Chine.

Le risque, c’est que les Européens, caressés dans le sens du poil, voient ce retour des États-Unis un peu comme le chien chien voit le retour du maître à la maison après une longue absence. Jappements de bonheur, puis coucouche panier.

Le risque d'être un supplétif contre la Chine

Seulement voilà, il ne faut pas se faire d’illusion : les États-Unis continuent de regarder l’Europe d’un œil condescendant, comme on regarde un acteur secondaire en termes de puissance. En venant courtiser les Européens, Joe Biden se comporte un peu comme un candidat à la présidentielle en France en vue du 1er tour : d’abord solidifier son camp, fidéliser ses alliances voire ses vassaux.

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Pour mieux pouvoir affronter ensuite le 2nd tour. Et le 2nd tour, c’est quoi : c’est l’affrontement avec la Chine, le véritable sujet qui conditionne toute la politique des États-Unis. Affrontement commercial, numérique, et qui sait, peut-être un jour militaire. Washington veut affirmer son leadership sur « son camp présumé » avant la grande bataille. Tout en récupérant des parts de marchés pour ses entreprises et ses technologies.

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Or les Européens ne sont pas d’accord sur tout avec les États-Unis. Il y a des contentieux sur le commerce (avec la taxation de l’acier et de l’aluminium européens), sur la défense et l’Otan (quel rôle pour la Turquie). Et même vis-à-vis de la Chine : l’Europe est désireuse de mettre en œuvre un accord spécifique avec Pékin, accord d’ailleurs rédigé mais suspendu.

Et puis franchement, comment accepter que les États-Unis revendiquent, par la seule vertu du discours, le leadership de la démocratie occidentale après les événements très inquiétants vus à Washington à l’automne dernier : le règne des fausses informations, l’attaque contre le Capitole. Ça ne colle pas.

Le moment de rééquilibrer la relation

Ça ne veut pas dire qu'on ne choisit pas entre la Chine et les États-Unis. On choisit : les États-Unis. Mais pas à n’importe quel prix.

Si Joe Biden vient faire la danse des 7 voiles en Europe, c’est bien qu’il a besoin des Européens. Au moins autant que les Européens ont besoin des États-Unis. Donc c’est l’occasion de rééquilibrer la relation. De cesser de se voir en « junior partner » comme on dit en anglais, en caniche du patron.

C’est d’ailleurs ce que réclame la population européenne. Une étude publiée aujourd’hui par le think thank ECFR (European Council on Foreign Relations) montre que les Européens souhaitent voir l’Union grandir en termes d’autonomie stratégique. Le réflexe de l’allégeance à Washington est plus répandu parmi les élites européennes, les gouvernants, que parmi les populations, les gouvernés.

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Washington a besoin de Bruxelles. Ok. Alors faisons- nous respecter : sur le commerce, sur la surveillance des géants du numérique, sur le besoin d’une défense européenne autonome. C’est le moment de négocier. Le moment d’un partenariat enfin équilibré entre membres d’une même fratrie. Pas entre un maître et son vassal. Un partenariat qui ne réduise pas les Européens au rôle de supplétif dans une nouvelle guerre froide contre la Chine. 

Sans compter un autre paramètre : à la veille d’élections cruciales en Allemagne et en France, on voit bien que le modèle démocratique occidental est rongé, attaqué de l’intérieur par la violence politique. Et bien ce n’est certainement pas en mimant les États-Unis qu’on sauvera ce modèle.