En cas d'échec de Netanyahu à former une majorité de coalition, le centriste Yair Lapid pourrait être appelé pour tenter sa chance à son tour
En cas d'échec de Netanyahu à former une majorité de coalition, le centriste Yair Lapid pourrait être appelé pour tenter sa chance à son tour
En cas d'échec de Netanyahu à former une majorité de coalition, le centriste Yair Lapid pourrait être appelé pour tenter sa chance à son tour ©AFP - Gili Yaari / NurPhoto / NurPhoto via AFP
En cas d'échec de Netanyahu à former une majorité de coalition, le centriste Yair Lapid pourrait être appelé pour tenter sa chance à son tour ©AFP - Gili Yaari / NurPhoto / NurPhoto via AFP
En cas d'échec de Netanyahu à former une majorité de coalition, le centriste Yair Lapid pourrait être appelé pour tenter sa chance à son tour ©AFP - Gili Yaari / NurPhoto / NurPhoto via AFP
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Résumé

C’est ce soir que s’achève le délai de 4 semaines accordé à Benjamin Netanyahu pour former un gouvernement en Israël. Son échec semble très probable. Israël, après 4 élections en 2 ans, s’enfonce dans une impasse politique sans fin, symbole d’une démocratie en piteux état. C’est le monde d'après.

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Comment ce pays qui s’est constitué en 1948 sur le principe même de la démocratie en est arrivé là ?Comment ce pays qui a produit des leaders aussi marquants, dans des registres politiques différents, que Ben Gourion, Ytzakh Rabin, Golda Meir ou Menahem Begin, peut se retrouver enlisé dans une telle impasse ?

Voilà la question, après 12 ans de règne ininterrompu de Benjamin Netanyahu.

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Israël est d’abord devenu un pays aux lignes de fracture innombrables. L’incapacité de constituer un gouvernement durable n’est pas seulement dû au scrutin proportionnel qui conduit à la présence de 13 partis différents à la Knesset, le Parlement.

Elle est surtout le reflet de l’état du pays, divisé de toutes parts.

  • Il y a bien sûr les juifs et les arabes, avec à la fois des partis suprémacistes juifs quasi racistes et un parti arabe aux accents islamistes, lié aux Frères Musulmans.
  • Il y a la droite et la gauche, même si tout équilibre a disparu sur cette échelle : le parti historique de gauche, les Travaillistes, est dans les choux. Et le curseur de la société est clairement très à droite. 
  • Il y a les laïcs et les religieux, totalement incompatibles, a fortiori après une pandémie marquée par le comportement sanitaire irresponsable des ultra-orthodoxes juifs.
  • Ajoutons le paramètre du nationalisme, les intérêts des colons. Le patchwork des divisions est sans fin. 

Il n’y a plus en fait qu’une seule ligne de partage cohérente : pro et anti Netanyahu. Fascination ou détestation du leader. C’est inquiétant pour une démocratie.

Une attaque de l'intérieur contre la démocratie

Et cela nous conduit au 2ème paramètre: Netanyahu et son pouvoir très personnifié. Cette centralisation du pouvoir dans les mains d’un homme est le 2ème indicateur d’un déclin démocratique.

Netanyahu, 71 ans, est sans aucun doute un dirigeant politique brillant et habile. Il a signé des succès indéniables, économiques, diplomatiques avec plusieurs pays arabes, et bien sûr sanitaire avec cette campagne de vaccination exemplaire.

Mais ces succès ne peuvent effacer le point noir : la dérive illibérale. Le premier ministre israélien, rappelons-le, est poursuivi en justice, pour corruption, fraude, abus de bien social. Avec une nouvelle audience aujourd’hui même. Et comme il veut garder le pouvoir à tout prix, il a déclaré la guerre aux contre-pouvoirs : la justice qu’il salit sans cesse, la police, les médias. Ses partisans souhaiteraient le voir protégé par une immunité et voir le procureur général qui le poursuit être démis de ses fonctions.

À réécouter : Netanyahu 1 - Israël 0
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C’est l’incarnation d’une tentation tyrannique, une atteinte à la démocratie, de l’intérieur.

Le plus inquiétant, c’est la façon dont il a envoûté son propre parti, comme Trump a pu le faire avec le parti républicain aux Etats-Unis. Le Likoud, ce grand mouvement historique de la droite israélienne, a perdu sa lucidité. Il lui suffirait de lâcher Netanyahu pour retrouver toute sa légitimité et bâtir rapidement une coalition puisque le Likoud est de loin le parti le plus représentatif d’Israël. Mais non.

Une paralysie économique et sociale

Et c’est donc ainsi qu’Israël se retrouve dans une impasse !

Une impasse politique : 4 élections en 2 ans, peut-être une 5ème, l’été prochain, puisque aucune coalition ne se stabilise. Une impasse sur le dossier palestinien, totalement enlisé.

Une impasse économique : faute de majorité, plus aucun budget n’a été adopté depuis 2 ans. Ça veut dire plus aucun plan de financement macro-économique, de projet pour l’éducation ou les infrastructures de transport. Encore moins un plan de relance post Covid pourtant indispensable. Ou une grande réforme sur la relation entre la religion et l’Etat, un sujet qui mériterait un grand débat national en Israël.

La paralysie est devenue la norme. Tout à l’heure, sauf surprise de dernière minute, Benjamin Netanyahu va jeter l’éponge, incapable de bâtir une coalition qui lui donnerait une majorité. La tâche sera alors sans doute confiée aux dirigeants des autres partis les plus représentatifs, le centriste Yair Lapid ou le leader de droite dure Naftali Bennett.

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Mais il faudrait un petit miracle pour que l’un ou l’autre parvienne à bâtir une coalition stable, alors qu’Israël en aurait pourtant bien besoin : un appel d’air pour redistribuer les cartes.

Israël se méfie, non sans raison, du Hamas ou de l’Iran. Mais ce qui menace le pays aujourd’hui, c’est au moins autant sa propre dérive politique interne. Et cette situation est d’autant plus lourde de conséquences qu’Israël demeure la seule démocratie d’une région dominée par les autocrates et les monarques.

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Jean-Marc Four
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