Liz Cheney devant la presse après son éviction de l'organigramme du parti républicain ce 12 mai ©AFP - MANDEL NGAN / AFP
Liz Cheney devant la presse après son éviction de l'organigramme du parti républicain ce 12 mai ©AFP - MANDEL NGAN / AFP
Liz Cheney devant la presse après son éviction de l'organigramme du parti républicain ce 12 mai ©AFP - MANDEL NGAN / AFP
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Résumé

Cet après-midi, aux États-Unis, le parti républicain a évincé sa numéro 3, Liz Cheney. Vu d’ici, ça peut apparaître comme des politicailleries américaines. Mais cet épisode est très révélateur de la main mise désormais absolue de Donald Trump sur son parti. L’ex président est aux manettes. C’est le « monde d’après".

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Il a perdu l’élection, largement. Il s’est retiré dans sa résidence de milliardaire de Mar A Lago en Floride où il passe la plupart de son temps à jouer au golf. Il cherche à échapper aux poursuites judiciaires sur les déclarations fiscales de ses sociétés. Il n’est plus sur les plateaux de télévision et encore moins sur les réseaux sociaux : viré de Facebook, de Twitter, de Youtube. Il n’a plus à sa disposition qu’un modeste site Internet (45office.com) quasiment vide. 

Et pourtant, Donald Trump tire toutes les ficelles. C’est le marionnettiste en chef de son parti, dont il est chaque jour un peu plus le maitre absolu. Le bilan plutôt réussi des 100 premiers jours de Joe Biden à la Maison Blanche ne doit pas cacher cet autre fait majeur : Trump est là. Et bien là.

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Juste après l’échec électoral, le parti républicain était apparu divisé : entre les fidèles de l’ex président et ceux qui dénonçaient sa dérive autocratique, son incitation à l’attaque contre le Capitole, ses mensonges sur le vol de l’élection. 5 mois plus tard, le parti n’est plus divisé : les voix dissidentes sont mises à la porte.

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C’est cela l’éviction de Liz Cheney. Cette femme de 54 ans, apôtre de l’Etat de droit, ne mâchait pas ses mots contre le caractère séditieux et anti-démocratique de Donald Trump. C’en était trop. En début d’après-midi tout à l’heure, les 212 élus républicains de la Chambre des Représentants ont écarté Liz Cheney de sa fonction de « conference chair », le numéro 3 du parti. C’était un vote à huis clos. Plié en 30 minutes. Ça s’appelle une purge. 

Une allégeance au chef exigée

Trump est désormais seul maître à bord. Il ne faut plus appeler le parti républicain « Grand Old Party », GOP, son surnom aux Etats-Unis. Mais Trump Party. Le critère principal d’appartenance, c’est l’allégeance au chef. Presque comme dans un système totalitaire. Russie Unie derrière Poutine. Le parti communiste chinois derrière Xi Jinping. 

Les élus du parti républicain obéissent. Pour deux raisons : par peur du chef. Et par peur de leurs électeurs. Parce que l’électorat républicain reste envoûté par Trump : à plus de 80% ils souhaitent le voir candidat en 2024, et à 70% ils adhèrent à ses théories complotistes sur la fraude électorale, alors que la justice a démontré leur absence de fondement.

La meilleure illustration de ce critère de l’allégeance au chef, c’est l’identité de la personne pressentie pour succéder à Liz Cheney dans l’organigramme du parti. Elise Stefanik, c’est son nom, a 36 ans. C’est une centriste, modérée, critiquée par le cœur du parti. Sous le mandat de Trump, elle n’a voté que les 2/3 des lois initiées par le Président. Et elle s’est opposée à sa réforme fiscale favorable aux plus riches. L’inverse de Liz Cheney, qui a voté toutes les lois de Trump et qui est une conservatrice classique, fille de son père Dick, ancien vice-président de George Bush.

Mais Stefanik possède une qualité que Cheney n’a pas : elle est fan de Trump et elle dit, comme lui, que l’élection de novembre a été volée. Il n’y a que ça qui compte. L’allégeance au chef.

La mue idéologique du parti Républicain

Les idées, le positionnement idéologique sont devenus secondaires. Mais attention, ce n’est pas pour autant un sujet anecdotique. Le parti républicain version Trump est en train d’achever une mue idéologique.

Depuis 40 ans, le Grand Old Party, version Reagan ou Bush, c’était à la fois le libéralisme économique, le désengagement de l’Etat, l’interventionnisme militaire, le tout dans le respect des institutions. C’est le conservatisme version Liz Cheney. Aujourd’hui, c’est très différent. Le Grand Old Party version « en colonnes par deux derrière par Trump », c’est le protectionnisme économique, le retrait des affaires du monde, une forme de réengagement de l’Etat, le tout mâtiné de suprémacisme blanc et de mépris pour l’Etat de droit.

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C’est un autre positionnement idéologique. Et c’est celui là qui est en train de fédérer le parti. Ça comporte un risque : s’aliéner des électeurs plus modérés, qui font souvent basculer les scrutins. Mais ça présente des avantages : un parti uni autour d’une ligne idéologique identifiable avec un chef charismatique.

Donc : il ne faut surtout pas enterrer Trump. Il prépare ses troupes. Et seule l’Histoire dira, plus tard, si la parenthèse, la bizarrerie dans l’évolution politique des Etats-Unis, c’était le mandat Trump, ou le mandat Biden.

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Jean-Marc Four
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