Les crémations, comme ici à Surat, se multiplient en Inde pour faire face au nombre de décès provoqués par l'épidémie
Les crémations, comme ici à Surat, se multiplient en Inde pour faire face au nombre de décès provoqués par l'épidémie
Les crémations, comme ici à Surat, se multiplient en Inde pour faire face au nombre de décès provoqués par l'épidémie ©AFP - AFP
Les crémations, comme ici à Surat, se multiplient en Inde pour faire face au nombre de décès provoqués par l'épidémie ©AFP - AFP
Les crémations, comme ici à Surat, se multiplient en Inde pour faire face au nombre de décès provoqués par l'épidémie ©AFP - AFP
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Résumé

L’Inde est en train de devenir le pire endroit au monde, le nouvel épicentre de la pandémie de Covid avec des records de contamination. Et ce désastre présente un point commun avec le Brésil de Bolsonaro ou les Etats-Unis période Trump : une gestion politique incohérente et obscurantiste. C’est le monde d'après.

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Les mots viennent à manquer pour décrire ce que vit l’Inde aujourd’hui, en particulier les grandes métropoles de Mumbaï et de New Delhi. C’est "La Peste" de Camus. Un cataclysme.

Il y a la froideur brutale des chiffres : 315 000 contaminations et plus de 2000 morts en une seule journée hier. Un taux de positivité de 30% à Delhi. Aucun pays n’a encore connu cela. Le chiffre officiel du nombre total de morts, 185 000, peut donner l’illusion d’un bilan somme toute dans la moyenne basse, vu que le pays compte 20 fois plus d’habitants que la France. Sauf que le bilan réel est sans doute beaucoup plus élevé. 10 fois plus selon certains scientifiques.

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Et depuis une semaine, la courbe des contaminations n’est même pas exponentielle : elle est quasi verticale. C’est terrifiant. Hors de contrôle.

Mais il y a davantage que les chiffres abstraits :

  • Les hôpitaux totalement débordés ;
  • L’oxygène en manque un peu partout et qui se vend à prix d’or au marché noir ;
  • Les sirènes hurlantes des ambulances omniprésentes dans les rues de Delhi ;
  • Les crémations qui s’enchainent non-stop jour et nuit pour brûler les corps ; 
  • Et le profil des malades : souvent jeunes. Age médian de la contamination : 27 ans.

L’Inde avait été épargnée par la première vague du virus. Elle est en train d’être dévastée par la seconde. Et le pouvoir nationaliste de Narendra Modi semble totalement impuissant.

Un variant inquiétant

On peut objecter que Modi a des circonstances atténuantes, parce que l’Inde est un pays particulier. 

Par sa densité de population d’abord, quatre fois supérieure à la France. Et une promiscuité impressionnante dans les 60 villes de plus d’un million d’habitants que compte le pays. Si on ajoute les mouvements de population liés à l’existence de près de 100 millions de travailleurs migrants, le terreau de propagation est idéal pour le virus.

Pour ne rien arranger, le pays est confronté à un variant à double mutation : le B.1.617, particulièrement présent à Mumbaï. Et comme il y a peu de laboratoires de génomique, le dépistage des variants est très insuffisant. Et puis le confinement, testé par le pouvoir l’an dernier, est difficile à mettre en œuvre, vu que l’économie est pour l’essentiel informelle. Confiner, ça veut dire plonger des centaines de millions de personnes dans la pauvreté.

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Quant au vaccin, l’Inde en produit beaucoup, c’est l’une des usines du monde. Sauf que jusqu’à présent, c’était pour l’exportation. La réorientation des vaccins vers le marché intérieur est très récente. Aujourd’hui, seulement 9% de la population a reçu une dose.

Donc oui, les écueils sont multiples. Mais le gouvernement de Modi sait très bien tout cela. Ses hésitations et ses incohérences en sont d’autant plus impardonnables.

Obscurantisme et déni du pouvoir

Et c’est là où l’on rejoint le Brésil de Bolsonaro ou les Etats-Unis période Trump. L’Inde de Modi, c’est d’abord l’inaction et le déni. Depuis janvier dernier, zéro décision politique pendant des semaines, même quand les contaminations ont redémarré. Le Premier ministre nationaliste a préféré parler d’autre chose, par exemple des élections en cours dans la province du Bengale Occidentale.

C’est aussi l’obscurantisme. Modi n’a interdit aucun rassemblement. Ni les grandes fêtes religieuses hindouistes de Holi puis de Kumb Mela, qui ont agi comme des super clusters avec des millions de personnes. Ni les meetings politiques, surtout ceux de son parti, souvent sans aucun respect des mesures de distanciation physique. 

L’Inde de Modi, c’est également la dissimulation des chiffres. Plusieurs journalistes indiens constatent, ces derniers jours, des écarts pouvant aller de 1 à 20 entre le nombre officiel de décès et le nombre de crémations. Vous avez bien entendu : dans certaines régions, 20 fois plus de morts que le chiffre officiel !

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Modi, c’est enfin un traitement politicien de la situation. L’an dernier, lors de la première vague, son parti hindouiste a montré du doigt les musulmans. Et cette fois-ci, il a fallu une décision de justice de la Haute Cour de Delhi pour que le gouvernement se décide à faciliter l’approvisionnement en oxygène de la capitale, qui est gouvernée par l’opposition. Les juges se sont publiquement étonnés de l’inaction du pouvoir central.

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Alors oui bien sûr, chaque pays a ses particularités. Mais là où la situation devient la plus incontrôlable, on retrouve bien le même cocktail politique : populisme, déni, obscurantisme, illibéralisme, nationalisme.

Trump, Bolsonaro, Modi. Même combat. Même tragédie au bout.

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Jean-Marc Four
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