Les opérations de vote au stade Monumental de Santiago
Les opérations de vote au stade Monumental de Santiago
Les opérations de vote au stade Monumental de Santiago ©AFP - Martin BERNETTI
Les opérations de vote au stade Monumental de Santiago ©AFP - Martin BERNETTI
Les opérations de vote au stade Monumental de Santiago ©AFP - Martin BERNETTI
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Résumé

C’est passé relativement inaperçu : le Chili s’est rendu aux urnes ce week-end, pour désigner les membres d’une Assemblée Constituante : un parlement qui sera chargé d’écrire une nouvelle Constitution. Et c'est un événement démocratique important. C’est le « monde d’après ».

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Une Assemblée Constituante, c’est rare dans l’Histoire. En France, c’est 1789, 1848. Des citoyens sont désignés pour rédiger le texte fondateur, le socle d’une démocratie. 

C’est exactement ce qui vient de se passer au Chili, dans ce pays de 19 millions d’habitants, où la Constitution en place date de la dictature militaire de Pinochet (de 1973 à 1990). Avant même que le vote ait lieu, c’était donc déjà un événement. Parce qu’en plus, le système électoral retenu écartait de la candidature tout élu déjà en place. Zéro cumul possible. Donc une probabilité forte de voir siéger des citoyens de base.

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Le résultat va encore au-delà. La droite au pouvoir essuie une déculottée : sur les 155 élus qui vont composer la Constituante, elle n’en décroche que 37. Avec à peine plus de 20% des voix. Et la gauche fait à peine mieux : 32% des voix, 53 élus.

Alors qui compose la nouvelle Assemblée ? En majorité, plus de 60 élus, des candidats sur des listes indépendantes : des nouveaux venus, travailleurs sociaux, enseignants, avocats, apparus sur la scène politique lors du grand mouvement de contestation sociale qu’a connu le Chili à l’automne 2019, avant que tout ne s’arrête avec la pandémie de Covid.

Les Chiliens n’ont pas rejeté la politique, ils ont rejeté les partis politiques installés. Un grand coup de balai. 

50% de femmes, une parité sans précédent

C’est aussi un renouvellement par les femmes ! C’est l’autre coup de balai qui rend ce scrutin fascinant. Parité totale : 50% de femmes parmi les élus. C’est sans précédent : jamais, au monde, une Constitution n’a été écrite à parité par des hommes et des femmes

C’était prévu, là aussi, par le dispositif électoral : obligation de parité, quitte à devoir descendre dans l’ordre des candidats sur les listes, en écartant des hommes, jusqu’à trouver suffisamment de femmes.

Et là encore, la réalité est allée au-delà. Dans de nombreuses circonscriptions, c’est l’inverse qui s’est produit ce week-end : trop de femmes élues, il a fallu descendre dans les listes pour trouver des hommes et assurer la parité ! 

C’est la conséquence du rôle central joué par les mouvements féministes lors de la contestation de 2019. Avec notamment la Coordination féministe du 8 mars, et des mobilisations virales, comme le clip « Un violador en tu camino » (Un violeur sur ton chemin), devenu célèbre dans toute l’Amérique Latine. L’enjeu, c’est l’accès à l’éducation pour les filles, l’égalité salariale, le droit à l’avortement.

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Ajoutons un autre paramètre d’équité, sans précédent là aussi : la présence, dans cette Assemblée Constituante, d’un quota d’élus des peuples indigènes, depuis longtemps marginalisés au Chili. Les Indiens Mapuche, Aymaras, Rapa Nui compteront 17 élus sur 155, 11% du total, leur proportion dans la population globale.

Vers un État Providence 

La question c'est évidemment de savoir si ça va vraiment changer quelque chose. Et la réponse est oui, probablement. Ces 155 élus vont désormais s’atteler à la rédaction de la nouvelle Constitution. Ils ont 9 mois devant eux

Pour être adopté, chaque article de la Constitution devra recueillir l’assentiment des 2/3 des élus. Et c’est là où la déroute de la Droite change tout : avec 37 élus, elle n’a même pas de minorité de blocage. La Constitution actuelle, que la droite est seule à défendre, va donc finir aux orties.

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Il faut s’attendre à un grand chambardement. Sur la répartition institutionnelle des pouvoirs. Et surtout sur le rôle de l’État. La Constitution de l’époque de la dictature militaire avait été rédigée par l’école économique néo-libérale des Chicago Boys, sous influence de Washington. Avec une idée centrale : le privé plutôt que le public. Ce système a favorisé une forme de croissance et développé les exportations. Mais il a aussi créé d’énormes inégalités sociales, au profit des plus riches : 1% des Chiliens possède 25% de la richesse nationale.

Les candidats indépendants pour la plupart issus de la contestation de 2019, vont sans doute s’allier aux partis de gauche pour créer un Etat Providence : une Constitution qui garantisse l’accès à l’éducation, à la santé, à un logement digne, à une retraite de base.

La future Constitution sera ensuite soumise à référendum l’an prochain: un  processus démocratique décidément impressionnant de bout en bout.

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Jean-Marc Four
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