Liberté, le slogan de campagne simplissime d'Isabel Diaz Ayuso, ici lors de son dernier meeting de campagne le dimanche 2 mai
Liberté, le slogan de campagne simplissime d'Isabel Diaz Ayuso, ici lors de son dernier meeting de campagne le dimanche 2 mai
Liberté, le slogan de campagne simplissime d'Isabel Diaz Ayuso, ici lors de son dernier meeting de campagne le dimanche 2 mai ©AFP - JAVIER SORIANO / AFP
Liberté, le slogan de campagne simplissime d'Isabel Diaz Ayuso, ici lors de son dernier meeting de campagne le dimanche 2 mai ©AFP - JAVIER SORIANO / AFP
Liberté, le slogan de campagne simplissime d'Isabel Diaz Ayuso, ici lors de son dernier meeting de campagne le dimanche 2 mai ©AFP - JAVIER SORIANO / AFP
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Résumé

Demain, la communauté de Madrid, 7 millions d'habitants, se rend aux urnes. Après une campagne très tendue, la droite part ultra favorite, une droite radicale menée par une femme aux accents Trumpiens. Et le vote de Madrid va contenir des enseignements qui intéressent toute l’Europe. C'est le monde d'après.

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Le slogan de campagne d’Isabel Diaz Ayuso a des accents de guerre froide : « Le communisme ou la liberté ». Il est là, mis en exergue sur son compte Twitter, en lettres capitales : « Comunismo o libertad ». Puis la date du vote de demain : 4 mai.

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Le ton est donné. Cette ancienne journaliste de 42 ans, tête de liste du grand parti de droite espagnol, le Parti populaire, a choisi le manichéisme, la polarisation. En face, une partie de la gauche a répondu sur le même ton : « Le fascisme ou la démocratie ». Depuis des semaines, la campagne est agressive, nauséabonde.  Et pas seulement en paroles.

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Plusieurs personnalités, notamment Pablo Iglesias, le candidat du parti de gauche Podemos, ont reçu des menaces de mort à leur domicile. Des menaces contenant des balles de calibre 7.62, la signature des forces de sécurité espagnoles dans les années 80 et 90. Un ministre, qui revendique son homosexualité, a reçu des menaces similaires. Le climat politique est tendu depuis des mois en Espagne et pas seulement en Catalogne. On se souvient, il y a quelques semaines, de ces émeutes en soutien à un rappeur arrêté pour des propos contre la monarchie.

Alors bien sûr, l’Espagne est restée un pays très divisé depuis la fin du franquisme. Mais on aurait d’y voir une spécificité espagnole : cette division cette agressivité, cette transformation de l’adversaire politique en ennemi, on l’a vue aussi aux Etats-Unis à l’automne dernier. Et on la sent monter en France à un an de la présidentielle.

Menaces de mort et militaires factieux

Isabel Diaz Ayuso, a donc mené une campagne très à droite et ça marche : elle aborde le scrutin largement en tête dans les intentions de vote, plus de 40%. Très loin devant le parti socialiste du premier ministre Pedro Sanchez, annoncé aux alentours de 20%. Quant au mouvement centriste Ciudadanos, le plus proche équivalent espagnol de La République en Marche, il pourrait ne même pas dépasser la barre des 5%.

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Isabel Diaz Ayuso assume un registre de droite radicale, décomplexée, néo-conservatrice. Aussi bien sur la place des femmes dans la société que sur les impôts. Sans oublier les immigrés, qu’elle montre du doigt comme responsables de la propagation de la pandémie. C’est une droite qui regarde vers l’extrême droite, d’autant qu’elle pourrait être contrainte de former une coalition avec Vox, le parti d’extrême droite, estimé vers 10%.

Pour compléter le tableau, ajoutons qu’à la fin de l’année dernière, 73 officiers à la retraite ont écrit au Roi pour dénoncer, je cite,

« le gouvernement socialo-communiste qui dégrade l’Espagne »

J’imagine que ça vous rappelle quelque chose.

Là encore, même s’il y a une particularité espagnole, un résidu de militarisme et une tradition de droite dure en particulier à Madrid… ces événements en évoquent d’autres : la campagne de Trump aux Etats-Unis ou la tribune aux accents séditieux des anciens généraux français dans Valeurs Actuelles.  Il y a de l’écho.

La liberté plutôt que les restrictions sanitaires

Le plus saisissant c'est l'impact de la pandémie.

Au premier coup d’œil, le fait marquant c’est que le bilan sanitaire à Madrid est très mauvais. Il est mauvais en Espagne avec une surmortalité supérieure à la France. Il est particulièrement mauvais dans l’agglomération de Madrid, l’une des plus touchées d’Europe.

Mais l’argument clé d’Isabel Diaz Ayuso, celui qui porte dans l’électorat, n’a rien à voir avec le bilan sanitaire. C’est presque l’inverse. Son argument, c’est son combat permanent contre toutes les mesures de restriction. C'est le slogan : « le communisme ou la liberté ». Isabel Diaz Ayuso se veut le porte-drapeau de la liberté, celle qui depuis des mois, s’oppose aux fermetures des commerces, aux couvre-feux. Et elle a d’ailleurs en grande partie réussi : presque tout est resté ouvert à Madrid. La liberté de commercer d’abord. Contre un gouvernement central de gauche présenté comme un avatar de dictature communiste attentatoire aux libertés. Et ce discours aux accents Trumpiens, fait un carton.

Là encore, il serait erroné d’y voir une spécificité espagnole. L’impact de la pandémie sur les scrutins à venir s’annonce indéniable, un peu partout. Et le jugement des électeurs ne portera pas seulement sur le nombre de morts. Il portera aussi sur l’impact économique et social ou sur la justification des atteintes aux libertés faites au nom des impératifs sanitaires.

Cet aspect du logiciel de Trump séduit beaucoup de monde, y compris en Europe.

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Jean-Marc Four
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