Manifestants d'extrême droite pro Netanyahu devant l'un des dirigeants du parti Yamina qui a rejoint la coalition pour faire tomber le premier ministre ©AFP - Eyad Tawil / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP
Manifestants d'extrême droite pro Netanyahu devant l'un des dirigeants du parti Yamina qui a rejoint la coalition pour faire tomber le premier ministre ©AFP - Eyad Tawil / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP
Manifestants d'extrême droite pro Netanyahu devant l'un des dirigeants du parti Yamina qui a rejoint la coalition pour faire tomber le premier ministre ©AFP - Eyad Tawil / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP
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Résumé

Le Parlement israélien doit voter dimanche pour accorder la confiance au gouvernement de coalition qui mettrait fin à 12 ans de mandat de Benjamin Netanyahou. La tension politique est maximale: le premier ministre sortant jette ses dernières forces dans la bataille, avec une méthode façon Trump. C'est le monde d'après.

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Le grand journal israélien Yediot Aharonot décrit un climat « qui rappelle les jours ayant précédé la mort d’Yitzak Rabin ». C’était en 1995 : l’assassinat du premier ministre israélien par un extrémiste juif.

Le patron du Shin Bet, les services de renseignement, va dans le même sens. Cet homme, qui prend rarement la parole en public, appelle solennellement au calme, parce qu’il s’inquiète de la radicalisation des discours sur les réseaux sociaux.

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Israël en est donc là. Et Benjamin Netanyahou est pour beaucoup dans ce climat de violence. Comme son « ami américain » Donald Trump, il d énonce par avance, et sans preuve, 

« la plus grande fraude qu’ait connu le pays ». 

Juste parce qu’une coalition s’est montée pour le renverser. Et surtout, il multiplie les pressions, les intimidations, et pousse implicitement à la violence. Avec notamment cette formule adressée à ses partisans : « N’ayez pas peur de leur rentrer dedans ».

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Plusieurs manifestations de pro Netanyahou et de membres de la droite radicale sont en cours ce soir à Jérusalem. Plusieurs députés prêts à voter en faveur de la nouvelle coalition ont reçu des menaces, notamment l’élu de droite Niv Orbach. D’autres députés ont fui leur domicile ou retiré leurs enfants de l’école. Et la sécurité a été considérablement renforcée autour de Naftali Bennett, l’homme appelé à succéder à Netanyahou, si la coalition obtient une majorité dimanche.

Depuis longtemps, la violence verbale fait partie du paysage en Israël. Mais cette fois-ci, elle atteint des niveaux inquiétants.

Les menaces des ultra religieux

Autre point commun avec la dérive séditieuse façon Trump: sa dimension religieuse. 

Les partisans les plus fidèles de l’ancien président américain, ce sont les électeurs évangéliques qui croient dans le retour du Messie : à 80% favorables à Trump, ils demeurent son principal socle électoral.

Et bien là aussi en Israël, ce sont d’abord les extrémistes religieux qui sont dans la rue et qui lancent les attaques les plus virulentes. Ils appellent à l’excommunication des députés opposés à Netanyahou. Et les références religieuses, voire bibliques se multiplient dans le discours public. Un exemple : Naftali Bennett estime que Netanhayou pousse le pays dans un nouveau Masada, en référence à ce suicide collectif des rebelles juifs face aux soldats romains au 1er siècle après Jésus Christ.

Le fait est que Netanyahu, pour sauver ses coalitions, a attisé les flammes depuis des années, favorisé l’essor des partis ultra religieux d’extrême droite. Aujourd’hui ces ultras, comme Itamar Ben Gvir  ou Bezalel Smotrich, n’acceptent pas l’hypothèse de perdre le pouvoir. 

Il y a d’ailleurs un paradoxe, puisque Netanyahou, comme Trump, n’est pas un pratiquant. Il travaille même régulièrement pendant le Shabbat. Alors que son successeur potentiel, Bennett, lui, est pratiquant, ce qui serait d’ailleurs une première dans un pays où les premiers ministres, depuis Ben Gourion, sont des laïcs, parfois athées, et peu pratiquants. Mais Netanyahou, comme Trump, flatte depuis des années l’électorat religieux extrémiste et obscurantiste. On voit aujourd’hui le résultat.

Une coalition baroque pour un test démocratique

Donc tout ça fait de cette fin de semaine un moment à haut risque pour Israël et dimanche s’annonce comme une journée test pour la démocratie israélienne. De la même façon que la démocratie américaine a été testée entre novembre et janvier par le refus de Trump d’accepter le résultat du scrutin.

Israël est aujourd’hui l’un des pays les plus complexes au monde : terre de grande tolérance et de grande liberté par certains aspects, d’extrême radicalité, de poussée d'intolérance et de forte polarisation par d’autres. Et surtout une terre d’instabilité politique : 4 élections en 2 ans.

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La coalition menée par Naftali Bennett et Yair Lapid pour renverser Netanyahou, est un attelage baroque, un patchwork de la droite radicale à la gauche en passant par le centre et un parti arabe. Elle est également fragile : elle revendique 61 députés sur 120, une majorité ric rac.

Mais le principe de la démocratie, c’est la constitution d’alliance et surtout l’alternance politique, cette alternance que ne supporte pas Netanyahou, d’autant que son éventuelle mise à l’écart le renverrait devant ses casseroles judiciaires. Tiens, encore un point commun, avec qui ? Avec Trump.

Que le vote se passe dans le calme, et la démocratie israélienne en sortira grandie. C’est important pour Israël, c’est important pour la région : rappelons que nous parlons de la seule démocratie digne de ce nom au Proche et au Moyen Orient.

Mais ce n’est pas gagné d’avance. 

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Jean-Marc Four
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