Le président qatari du PSG Nasser El Khelaifi lors du recrutement de Kylian Mbappé en 2017
Le président qatari du PSG Nasser El Khelaifi lors du recrutement de Kylian Mbappé en 2017
Le président qatari du PSG Nasser El Khelaifi lors du recrutement de Kylian Mbappé en 2017 ©AFP - FRANCK FIFE / AFP
Le président qatari du PSG Nasser El Khelaifi lors du recrutement de Kylian Mbappé en 2017 ©AFP - FRANCK FIFE / AFP
Le président qatari du PSG Nasser El Khelaifi lors du recrutement de Kylian Mbappé en 2017 ©AFP - FRANCK FIFE / AFP
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Résumé

C’est l’événement sportif de la semaine : le choc PSG / Manchester City en demi-finale aller de la Ligue des Champions de football. L’autre demi-finale, c’est Real / Chelsea. Et il y a plus qu'un match de foot dans cette rencontre: une rivalité géopolitique entre puissances du Golfe Persique. C'est le monde d'après.

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A ma gauche, l’équipe Qatar Sports Investment et son patron Nasser El Khelaifi, propriétaire du Paris St Germain depuis 10 ans. A ma droite, Abu Dhabi United Group, et son chef Khaldoon al Mubarak, patron de Manchester City, depuis 13 ans. Voilà les autres rivaux du match de demain soir : Qatar / Abu Dhabi.

Car nous parlons bien des frères ennemis du Golfe Persique. Des familles régnantes rivales. Des puissances économiques comparables, fondées l’une sur le pétrole (les Émirats), l’autre sur le gaz (le Qatar). Des pays en compétition, depuis qu’en 1971, lors de leur indépendance respective, le Qatar a choisi de faire cavalier seul. A l’écart de la toute nouvelle fédération des Émirats Arabes Unis, dont Abu Dhabi est la capitale politique.

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Et surtout des pays en conflit larvé au cours des 4 dernières années. A partir du moment en juin 2017, où les Emirats, avec l’Arabie Saoudite, ont imposé un blocus économique total au Qatar, qu’ils accusaient de soutenir l’Iran. Le Qatar a tenu, le blocus n’a conduit nulle part, et les frontières ont fini par rouvrir il y a 3 mois. Mais la crise a laissé des traces. Le Qatar regarde, non sans raison, Abu Dhabi comme l’instigateur de cet embargo. Et la rancune est tenace. 

Une compétition d'image et de leadership symbolique

Le sport constitue donc un moyen de régler ses comptes et parfois ça peut être très tendu entre les deux pays. En particulier lors des affrontements sportifs directs: il y a 2 ans, lors d’un match de Coupe d’Asie des Nations le Qatar est allé l’emporter 4/0 à Abu Dhabi et ses joueurs ont dû essuyer des jets de chaussure de la foule. Tension nationaliste similaire lors d’un match de club entre le qatari Al Rayyan et l’émirati Al Ain.

Évidemment, il n’y aura pas de scène de ce genre entre le PSG et Manchester City, a fortiori en l’absence de spectateurs pour cause de pandémie. Mais la compétition n’en est pas moins acérée. Ce n’est pas tellement une compétition économique : la meilleure preuve c’est que les deux fonds d’investissement perdent de l’argent depuis 10 ans, aussi bien les Qataris avec le PSG que les Emiratis avec Manchester. Non, c’est une compétition d’image. De ‘soft power’

Le Qatar et Abu Dhabi se livrent un conflit par procuration à travers leurs propriétés européennes. Il s’agit d’affirmer sa suprématie dans le Golfe en gagnant sur la pelouse en Europe. Et c’est politiquement d’autant plus efficace que les deux équipes, elles, ont une image politiquement neutre. C’est plutôt adroit. Mais attention, on ne plaisante pas avec ça.  Ce n’est pas un hasard si, il y a 5 ans, l’entraineur du PSG Laurent Blanc est passé à la trappe après quoi ? Après une défaite contre Manchester City, pourtant pas la plus déshonorante de l’histoire récente du club.

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Et pour affirmer cette suprématie, il faut aller au bout : remporter la Ligue des Champions. Rejoindre Chelsea, propriété russe et vainqueur en 2012, seul club de « parvenus », à avoir brisé à ce jour l’hégémonie des grands clubs européens historiques, le Real, le Bayern, la Juventus, etc.

La machine à cash

Pas de naïveté, les puissances du Golfe ont évidemment aussi des intérêts économiques. Elles veulent gagner de l’argent avec ces clubs. Ne serait-ce qu’en vendant des maillots partout dans le monde avec ce logo de la Tour Eiffel qui est un outil marketing imparable pour le PSG. Ces clubs sont des marques. Et leurs propriétaires des investisseurs qui veulent récupérer leur mise.

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De la même manière, le Qatar ne fait pas dans la philanthropie en organisant la Coupe du Monde de football dans un an et demi. Il compte sur les contrats des gros sponsors privés pour gagner de l’argent. Et il redoute assez peu les menaces de quelques footballeurs norvégiens ou danois, qui appellent au boycott de la compétition, vu le sort réservé aux travailleurs immigrés sur les chantiers des stades qataris. Le Qatar sait que la machine à cash est telle qu’un boycott est improbable. Et il a d’ailleurs une longueur d’avance sur les Émirats en termes d’investissement dans le sport, y compris via les médias comme Be In Sport. 

Donc évidemment que les enjeux économiques sont présents. Mais ils sont secondaires. L’objectif numéro un, c’est le leadership géopolitique, symbolique, presque moral.

C’est avec ces yeux là que l’émir du Qatar Al Thani et le prince émirati Mohammed Ben Zayed regarderont le match de demain. Les stars Neymar, Mahrez, Mbappé ou Foden ne sont que les instruments de leur rivalité.

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Jean-Marc Four
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