Boris Johnson lors de son discours devant le 10 Downing Street ©AFP - JUSTIN TALLIS / AFP
Boris Johnson lors de son discours devant le 10 Downing Street ©AFP - JUSTIN TALLIS / AFP
Boris Johnson lors de son discours devant le 10 Downing Street ©AFP - JUSTIN TALLIS / AFP
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Résumé

Boris Johnson, acculé, quitte la tête du parti conservateur et donc à terme le poste de premier ministre britannique, dès que le parti aura nommé un nouveau leader. Il était temps, mais ce départ à reculons pose quand même des questions sur l’état de la démocratie.

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Je vous propose un détour par l’Afrique pour me faire comprendre. Et je vais vous raconter un souvenir personnel marquant. Au Sénégal.

En mars 2000, il y a donc plus de 20 ans, jour d’élection présidentielle : le président sortant, Abdou Diouf est à nouveau candidat. Il est alors au pouvoir depuis près de 20 ans, il a déjà été réélu trois fois. Il est l’héritier de Leopold Sedar Senghor.

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Avec son parti, le parti socialiste, Diouf est devenu l’incarnation de l’Etat.

Mais ce jour de mars 2000, très vite dans la soirée, les résultats dans les bureaux de vote de Dakar sont sans détour : cette fois-ci son vieil adversaire, le libéral Abdoulaye Wade a gagné. Avec près de 60% des voix.

Les partisans de Wade crient victoire dans les rues. Un choc : c’est la première alternance depuis l’indépendance.

Sauf que dans la nuit une inquiétude gagne le pays : et si Diouf ne reconnaissait pas sa défaite, et s’il considérait le pouvoir comme sa propriété comme le font tant de dirigeants africains ?

Le lendemain matin, fin du suspense. Abdou Diouf appelle Abdoulaye Wade au téléphone. Puis il publie un communiqué : il reconnait la victoire de son opposant, l’invite à la passation de pouvoir dix jours plus tard.

Par ces simples mots, avec une grande dignité, Abdou Diouf vient de rendre l’un des plus beaux services qui soit à la démocratie en Afrique.

Accepter la défaite, savoir partir, c’est un pilier de la démocratie.

La dignité d'Abdou Diouf et l'inélégance de Boris Johnson

Aujourd'hui, Boris Johnson accepte la défaite. Mais à reculons et pour le coup sans aucune élégance.

Oui il accepte la défaite.

Parce que rappelons le fonctionnement de la démocratie britannique : le Premier ministre n’est pas élu directement, il ne doit son poste qu’au fait d’être le leader du parti majoritaire au Parlement.

A l’instant où son parti ne veut plus de lui, il n’a plus de légitimité pour diriger.

En renonçant aujourd’hui à cette fonction de chef de parti, Boris Johnson se résout donc mécaniquement à partir.

C’est sain. Le parlementarisme est préservé.

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Mais la façon dont ça se déroule est moins rassurante. Boris Johnson le fait en marche arrière, il s’accroche jusqu’à l’extrême limite.

Non seulement il a passé des mois à mentir sur les beuveries organisées au 10 Downing Street et à couvrir des scandales sexuels, mais ce matin encore il s’agrippait au pouvoir, malgré les démissions en cascade de la moitié de ses ministres.

Et ce soir encore, au lieu de démissionner en bonne et due forme, comme la dignité le voudrait, il persiste à vouloir rester chef du gouvernement le temps de la désignation d’un nouveau leader.

En fait, plusieurs témoignages nous le disent : Boris Johnson reste convaincu d’avoir raison contre tous et d’être le sauveur du pays. Persuadé que sa valeur personnelle est supérieure à celle des institutions du Royaume-Uni.

Et ça c’est le propre de ces dirigeants populistes que les démocraties, ces derniers temps, produisent de plus en plus.

Le refus de la défaite, une dérive populiste

Répétons-le : refuser de partir, c’est le propre des régimes autoritaires.

C’est Poutine ou Loukachenko en Europe. Hun Sen ou Kim Jong Un en Asie. Biya, Sassou Nguesso, Obiang en Afrique. 20 ans, 30 ans, 40 ans au pouvoir. Et ce n’est qu’un échantillon.

Certains s’abstiennent d’organiser tout scrutin, c’est plus simple.

D’autres tripatouillent la Constitution ou organisent des élections où les dés sont pipés.

Et quand ils finissent par perdre dans les urnes, ils refusent de partir : Yaya Jammeh en Gambie, finalement chassé par l’armée en 2017. Tout comme Robert Mugabe au Zimbabwe.

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L’inquiétant, c’est que depuis Trump, les démocraties ne semblent plus à l’abri de ce refus d’accepter la défaite.

Est-il besoin de rappeler que l’ancien président américain persiste, malgré l’évidence, à qualifier d’élection volée la victoire de Joe Biden il y a deux ans ? Et que ce refus de la défaite l’a quasiment conduit à un coup d’Etat au Capitole ?

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Vu comme ça, le départ à reculons de Boris Johnson est troublant. C’est un indicateur supplémentaire de la tentation des dirigeants populistes de détruire les garde-fous de la démocratie.

Dans la plus ancienne des démocraties modernes, la Britannique, ce n’est vraiment pas rassurant.

Que se passera—t-il au Brésil, à l’automne, si le président d’extrême droite Jair Bolsonaro est battu ? Est-ce qu’il concèdera la défaite ?

Que se passera-t-il en Inde lorsqu’un jour, Modi sera battu ? Ou en Hongrie lorsqu’un jour, Orban sera battu ?

Espérons qu’alors il y aura encore quelqu’un pour se souvenir d’Abdou Diouf.

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