L'armée finlandaise a effectué des manoeuvres en mars dernier en Karélie près de la frontière russe
L'armée finlandaise a effectué des manoeuvres en mars dernier en Karélie près de la frontière russe
L'armée finlandaise a effectué des manoeuvres en mars dernier en Karélie près de la frontière russe ©AFP - Lauri Heino / Lehtikuva / AFP
L'armée finlandaise a effectué des manoeuvres en mars dernier en Karélie près de la frontière russe ©AFP - Lauri Heino / Lehtikuva / AFP
L'armée finlandaise a effectué des manoeuvres en mars dernier en Karélie près de la frontière russe ©AFP - Lauri Heino / Lehtikuva / AFP
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Résumé

Le président finlandais l’a confirmé ce jeudi : son pays s’apprête à demander son adhésion à l’Otan. La Suède va sans doute embrayer le pas à la Finlande. C’est une conséquence directe la guerre en Ukraine. Ce choix logique semble rassurant vu d’Occident, mais il pose aussi des défis en pagaille.

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Cette décision incarne l’échec de Poutine. Le président russe vient de pousser deux pays de plus dans les bras de son adversaire, l’Alliance Atlantique.

La guerre en Ukraine a tout changé, en Finlande comme en Suède. Il y a encore 3 mois, seule une minorité (20%, 30% de Finlandais ou de Suédois) souhaitaient une adhésion à l’Otan.

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Ils sont maintenant 75% en Finlande, plus de 50% en Suède. C’est clair comme de l’eau de roche : ils ont peur d’être les prochains sur la liste de l’ogre de Moscou.

En Finlande, la vieille méfiance contre la Russie, méfiance héritée de la Résistance contre l’envahisseur soviétique en 1939, a été réactivée.

En Suède, la neutralité traditionnelle des deux derniers siècles est ébranlée.

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Les deux pays vont donc sans doute rejoindre l’Alliance Atlantique, avec un processus d’adhésion raccourci, 3 ou 4 mois.

Leur apport militaire sera significatif : en Finlande, 280.000 conscrits mobilisables, des avions modernes F18 et bientôt F35 (plus de 60), une expertise forte sur le renseignement et le cyber.

En Suède, 60.000 hommes bientôt portés à 90.000. Un service militaire partiellement rétabli. Un budget de défense au plus haut depuis la guerre froide.

« Regardez-vous dans le miroir, dit le président finlandais à Vladimir Poutine, c’est vous qui avez causé cela ».

Donc à première vue, bonne nouvelle pour les Occidentaux : leur alliance est renforcée face à Moscou.

Un défi militaire sur 1340 km de long

Mais il y a donc aussi de quoi s’inquiéter.

Il y a d’abord un sérieux défi militaire.

La Finlande, c’est 1340 km de frontière terrestre avec la Russie : la frontière directe entre la Russie et l’Otan va donc doubler de taille.

Il va falloir sécuriser la zone. Ce n’est pas une mince affaire.

Les Finlandais s’inquiètent en particulier de la période de transition : dès maintenant et jusqu’à l’adhésion pleine et entière. Pendant cette « zone grise », la Finlande ne sera pas protégée par la clause de défense collective de l’Otan.

D’où un intense ballet diplomatique : les autorités finlandaises veulent s’assurer que pendant ces quelques mois, les Baltes, les Allemands, les Britanniques viendront quand même à leur secours au cas où.

À lire aussi : La guerre de Poutine pousse la Suède et la Finlande neutres dans les bras de l’Otan

Parce qu’évidemment, la Russie peut avoir la tentation d’agir. Déployer près de la frontière (ou dans l’enclave de Kaliningrad), des missiles dernière génération Iskander, de l’arsenal nucléaire.

La grande ville de Saint-Petersbourg n’est qu’à 140 km de la Finlande, la distance Paris-Rouen.

Et déjà, le mois dernier, des avions russes ont effectué des incursions dans l’espace aérien finlandais.

A cette frontière terrestre s’ajoute la frontière maritime. Où la tension militaire peut également s’accroitre.

C’est le risque d’un conflit dans l’Arctique, cette terre de glace où le réchauffement déclenche les convoitises minières et commerciales.

Les manœuvres militaires s’y sont multipliées ces dernières années, côté Otan comme côté Russie.

La matérialisation du nouveau rideau de fer

Alors évidemment, on m'objectera à nouveau que c'est Poutine qui a déclenché tout ça avec l’invasion de l’Ukraine !

C'est vrai.

Sauf que ce n’est pas son analyse à lui. Et ça nous renvoie à l’autre défi soulevé par cette adhésion de la Finlande et sans doute de la Suède : le défi politique, diplomatique.

Pour le président russe, le vrai responsable de la guerre c’est l’Otan.

Par son expansionnisme depuis l’éclatement de l’Union Soviétique : rappelons que 14 pays de l’ex Europe de l’Est ont rejoint l’Alliance Atlantique depuis 30 ans, notamment la Pologne et les Pays Baltes.

Vu de Moscou, la menace de l’Otan va donc s’accroitre, se rapprocher, dès l’instant où la Finlande et la Suède vont en devenir les 31ème et 32ème membres.

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D’ailleurs, le ministère russe des affaires étrangères a déjà brandi la menace

de graves conséquences, des mesures de rétorsion »

, en cas d’adhésion.

La décision des deux pays nordiques, toute compréhensible qu’elle soit, va alimenter le raisonnement de Moscou.

D’autant plus que le pouvoir russe sera, comme toujours, tenté de livrer « sa » vision de l’Histoire, en rappelant que la Finlande fut une terre russe de 1809 à 1917.

Pour le dire autrement, nous sommes dans un engrenage. Un élément supplémentaire de rupture politique.

Rien qui soit susceptible de favoriser un rétablissement du dialogue.

Plutôt l’inverse : la matérialisation d’un nouveau rideau de fer, aux frontières extérieures de la Russie, en incluant sans doute la Biélorussie et une partie Est de l’Ukraine.

Les deux blocs sont en train de s’éloigner, de se brouiller durablement.