Pétrole : les Etats-Unis bernés par l'Arabie Saoudite ?

Joe Biden salue le prince héritier Mohamed Ben Salman à son arrivée à Jeddah, en juin 2022.
Joe Biden salue le prince héritier Mohamed Ben Salman à son arrivée à Jeddah, en juin 2022. ©AFP - AFP PHOTO / MEDIA OFFICE OF MOHAMMED BIN SALMAN /BANDAR ALGALOUD"
Joe Biden salue le prince héritier Mohamed Ben Salman à son arrivée à Jeddah, en juin 2022. ©AFP - AFP PHOTO / MEDIA OFFICE OF MOHAMMED BIN SALMAN /BANDAR ALGALOUD"
Joe Biden salue le prince héritier Mohamed Ben Salman à son arrivée à Jeddah, en juin 2022. ©AFP - AFP PHOTO / MEDIA OFFICE OF MOHAMMED BIN SALMAN /BANDAR ALGALOUD"
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Aux Etats-Unis, la colère monte contre l’Arabie Saoudite accusée de jouer un jeu de dupe après être revenue sur un accord pour contenir les cours du pétrole qui aurait été scellé pendant la visite de Joe Biden cet été.

C’était cet été et ce jour-là, pour tout l'or du monde, on n'aurait pas vraiment aimé être dans la peau de Joe Biden.

En tournée au Proche-Orient, le président venait d'atterrir en Arabie Saoudite.

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Et malgré la canicule, l'accueil était carrément glacial, à l'aéroport de Jeddah.

A peine un officiel de second rang pour accueillir très froidement le président américain et pour cause : Joe Biden avait en effet juré, en arrivant à la présidence, de traiter l’Arabie saoudite en état paria, après la mort du journaliste Jamal Khashoggi, torturé et assassiné dans les sous-sols du consulat saoudien à Istanbul en 2018.

C'est le même Joe Biden qui avait fait déclassifier les documents des services secrètes révélant que le journaliste avait été assassiné sur ordre du prince héritier saoudien MBS, Mohamed Ben Salman.

Le même Joe Biden qui avait jusque-là toujours refusé de rencontrer MBS en tête à tête.

Mais avec la guerre en Ukraine, et l'augmentation vertigineuse des prix du pétrole, Joe Biden a jugé qu'il n'avait pas d'autre choix que de revenir sur sa promesse pour renouer avec l'Arabie Saoudite au nom des intérêts supérieurs des Etats Unis.

En l'occurrence, tout faire pour stopper l'inflation galopante et la fureur des américains devant l'augmentation du prix du carburant...

Une visite compliquée, polémique qui a enflammé la sphère politique et médiatique américaine...

Mais à l'approche des élections de mi-mandat, pour enrayer son impopularité grandissante et le risque de faire perdre les élections au parti démocrate, Joe Biden était prêt à toutes les humiliations pour demander à l'Arabie Saoudite - co-présidente avec la Russie, de l'organisation des pays exportateurs de pétrole - de faire un effort et d'ouvrir les vannes du pétrole pour réguler les cours.

On se souvient de la suite : cette "photo de la honte", où on voit le prince héritier MBS, narquois, attendre Joe Biden à l'entrée du palais, devant les photographes, pour lui imposer un check du poing humiliant. Moment difficile pour Joe Biden qui aurait absolument voulu éviter ce genre d'affichage.

Un accord à la clé

Un « deal secret », selon la presse américaine, conclu avec les saoudiens. Une augmentation de la production de pétrole en échange d'investissement, des financements de grand projets et d'aide à l'achat d'armes.

Une hausse en deux temps. D'abord en juillet, avec une augmentation prévue de 400 000 barils par jours. Puis une autre en septembre, pour faire baisser l'inflation avant les élections de mid-terms si critiques. Puis une dernière en prévision de la mise en place de l'embargo européen sur les hydrocarbures russes prévus pour décembre. Bref, faire le plein avant le grand choc.

Paris vaut bien une messe, et la promesse d'un plein pas cher et d'une élection sauvée valait bien une humiliation, s'est dit Joe Biden, qui est reparti soulagé, emportant avec lui l'engagement des saoudiens. Croyait-il…

Car rien ne s’est passé comme prévu.

Hausse après hausse

Depuis septembre, les saoudiens font tout, sauf ce qu'ils avaient promis aux américains. Après avoir légèrement augmenté la production, ils l’ont brutalement baissé à nouveau. Vite ! Les conseillers américains se sont rués à Riyad, gros ballet diplomatique… Rien à faire.

Et pendant ce temps-là, la grogne a continué à monter aux USA, le congrès reprochant de plus à plus à Joe Biden de s'être fait avoir par les saoudiens.

Furieuse, la Maison Blanche a accusé Riyad d'aider Moscou à financer la guerre. Et a fait passer aux élus des documents prouvant que les saoudiens avaient effectivement pris des engagements qu'ils ne tenaient pas.

En attendant, les pays exportateurs de pétrole, Etats-Unis et Russie en tête viennent de décreter une nouvelle baisse des quotas de production.

Les Etats Unis répliquent en annonçant qu'ils vont puiser dans leurs réserves stratégiques.

La guerre de l'or noir fait rage et il y a gros en jeu : grâce aux cours du pétrole, l’Arabie saoudite voit son PIB explose, plus 12% de croissance au second trimestre...

Les pétrodollars pleuvent au rythme des bombes sur Kiev. La popularité de Biden s'effrite, à quelques jours maintenant de ces élections ou le président américain risque de perdre la main sur le congrès.

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