La Centrafrique devient le deuxième pays au monde, après le Salvador, a adopter le bitcoin comme monnaie légale. - MARIO TAMA / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / GETTY IMAGES VIA AFP
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Résumé

La Centrafrique est devenue hier le premier pays d’Afrique à adopter le bitcoin comme monnaie légale. Mais dans ce pays, où la présence et l’influence russe est forte, la possibilité d’y trouver une voie de contournement des sanctions inquiète.

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Le bitcoin est une monnaie virtuelle, qui ne dépend d'aucun état, aucune institution financière. Sa valeur est déterminée par la loi de l'offre et de la demande...

C'est la plus célèbre des crypto monnaies, devenues si importantes pour les pays émergents, des pays aux économies fragiles, où la majorité de la population n'a même pas de compte bancaire.

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Un des avantages de ces monnaies virtuelles est notamment de permettre très facilement des transferts d'argent vers l'étranger, sinon très compliqués, réglementés, et chers. Idéal pour des pays comme le Salvador, pays avec une forte diaspora qui envoie de l’argent au pays, et qui a justifié sa bascule officielle vers le bitcoin l'an dernier, en expliquant que cela permettrait sa population d'économiser 400 millions de dollars de frais bancaires lors de ces transferts internationaux.

La Centrafrique lui emboite le pas. Mais pour ce pays, un des pays les moins développés, un des plus pauvres au monde, c’est un choix politique aux répercussions énormes.

Une prise de distance symbolique avec la France

Car l'adoption de cette monnaie virtuelle se pose en fait en alternative à la monnaie qui existe actuellement : le Franc CFA.

Ce franc CFA détesté par toutes les populations des anciennes colonies françaises qui l'utilisent en Afrique de l'ouest et en Afrique Centrale : quatorze pays en tout.

Pour elles, le CFA, dont la parité est indexée sur l'euro, est vu comme une atteinte à la souveraineté des états africains, une façon déguisée pour la France, selon elles, de garder la main sur les économies de ses anciennes colonies au prétexte de les soutenir.

En adoptant le bitcoin, la Centrafrique devient le premier état à se distancier officiellement de ce parapluie monétaire français.

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Alors que le rejet de la France n'a jamais été aussi grand, au Sahel, au Mali notamment, ce bras d'honneur monétaire va faire très mal et risque de faire des émules.

La Centrafrique : point d’ancrage de l’influence russe en Afrique.

C’est en effet là que la Russie a posé la première pierre de sa stratégie de conquête africaine.

Les russes ont profité de la perte d'influence française pour se poser en alternative en proposant leurs services à l'état centrafricain, au point d'en devenir aujourd'hui des acteurs majeurs.

Ce sont eux qui forment l'armée, livrent des armes aux autorités, eux qui sont même chargés de la protection du président Touadéra.

A travers le pays, ce sont des sociétés privées russes, et notamment les fameux miliciens de Wagner,qui sont chargés de reconquérir l'autorité sur les zones contrôlées par les groupes armés.

Ces milices russes sont notamment chargées de protéger l'accès des mines d'or, d'uranium et de diamant, en échange, notamment de l’octroi de licences d’exploitations.

Mais la vente de l'exploitation de ces mines dans les zones contrôlées par les groupes armés est officiellement soumise à un embargo international.

La Russie réclame auprès de l'ONU la levée de cet embargo. Pour l’heure, en vain.

Dans ce contexte, l’adoption du bitcoin comme monnaie légale entraine l’inquiétude des experts de cette région. Car cette monnaie virtuelle, on l’a dit, ne releve d’aucune autorité.

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Anonyme, difficilement traçable. Sans moyen de vérifier l'origine des fonds, les fraudes: le bitcoin est une voie royale pour le blanchiment d'argent.

Un système idéal pour vendre, ni vu, ni connu des marchandises clandestines. Et la Centrafrique, état failli mais au sous-sol si riche en matières précieuses en regorge.

"Le contexte, avec une corruption systémique et un partenaire russe sous sanctions internationales, incite à la suspicion"

Thierry Vircoulon, spécialiste de l'Afrique centrale à l'Institut français des relations internationales (IFRI) l'explique à l'AFP :  "la recherche de voies de contournement des sanctions financières internationales par la Russie invite à la prudence", a-t-il poursuivi.

Dans le contexte de la guerre en Ukraine, avec les sanctions que la Russie cherche à contourner, l’influence de Moscou pourrait donc, selon certains, ne pas être étrangère à la décision de la Centrafrique d'adopter le bitcoin. L'argent... éternel nerf de la guerre.

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Claude Guibal
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