Eléphants dans la plaine d'Amboseli, au pied du Kilimandjaro, au Kenya. ©Radio France - Claude Guibal / Radio France
Eléphants dans la plaine d'Amboseli, au pied du Kilimandjaro, au Kenya. ©Radio France - Claude Guibal / Radio France
Eléphants dans la plaine d'Amboseli, au pied du Kilimandjaro, au Kenya. ©Radio France - Claude Guibal / Radio France
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Résumé

Alors que s'ouvre la COP 26, consacrée au climat, une autre COP, la COP 15, consacrée à la biodiversité clôt, en Chine, sa session inaugurale. Une biodiversité menacée par le dérèglement climatique, mais aussi par le tentaculaire trafic mondial des espèces pourtant protégées.

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Le constat fait à l'ouverture de la COP 15 est terrifiant : le déclin de la biodiversité atteint un  rythme jamais connu depuis les débuts de l'humanité. Un million d'espèces animales et végétales menacées de disparition dans un bref délai. 

Les travaux de la COP 15 vont durer un an sous la présidence de la Chine. Le président chinois Xi Jin Ping en a profité pour annoncer la création d'un fond de 200 000 millions d'euros pour la protection de la biodiversité dans les pays émergents et l'ouverture d'un grand parc naturel pour protéger les derniers habitats du grand panda, du tigre, et du léopard. 

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On a du mal à retenir un sourire ironique quand on sait à quel point la Chine est le pays le plus pointé du doigt à travers le monde pour son rôle dans le trafic d'espèces menacées. 

Jusqu'à 50 000 dollars le kilo de poudre de corne de rhinocéros

A 2 ou 3 000 euros le kilo, l'ivoire, prélevée sur les éléphants, est en Chine un signe extérieur de richesse. En ces temps de croissance économique chinoise, il est ainsi du meilleur effet de s'afficher chez soi avec une belle défense d’éléphant dans son salon. 

Pire encore, la corne de rhinocéros, qui, une fois réduite en poudre, peut atteindre jusqu'à 50 000 dollars le kilo, soit plus que la cocaïne. Des cornes de rhinocéros, massivement importées vers la Chine ou le Viet-Nam, et sauvagement prélevées sur des animaux sauvages qui meurent dans cette opération. 

Il y avait 100 000 rhinocéros noirs en Afrique il y a 30 ans. Ils ne sont plus que 5 000 aujourd'hui, tous dans des zones protégées, un trafic qui génère des centaines de millions de dollars. 

La corne de rhinocéros est considérée comme un médicament dans la médecine traditionnelle chinoise, censé soigner aussi bien la gueule de bois, l'impuissance, que le cancer. Elle n'est pourtant composée que de kératine, exactement comme un ongle. Autant se les ronger, ça n'aura pas plus d'effet et ça ne détruira pas la biodiversité. 

Outre les éléphants et les rhinocéros, les félins sont eux aussi capturés et envoyés clandestinement par exemple, au Proche Orient où de riches arabes du Golfe veulent avoir dans leurs zoos privés des guépards ou des lions. Ou encore aux Etats Unis où certains rappeurs, posant avec des animaux sauvages domestiqués, ont contribué à l'essor du trafic d'animaux sauvages. 

Une mafia mondiale du trafic d'espèces en danger

Le trafic illicite d'espèces protégées est en fait du crime organisé. Une gigantesque pieuvre, d'une ampleur insoupçonnée. 

Tout commence à l'échelle locale, où les cartels du braconnage utilisent la pauvreté pour trouver des petits braconneurs pour faire la sale besogne, ou s'appuient sur des groupes armés locaux, qui financent ainsi leur achat d’armement. 

La corruption endémique permet ainsi de déplacer cette marchandise pour la faire sortir de ces pays. 

Car les réseaux de trafiquants n'exportent pas directement depuis les pays où le braconnage a lieu. Ils passent commande aux braconniers, regroupent les chargements puis les acheminent vers les ports de pays où il n'y a pas de braconnage et qui sont théoriquement moins surveillés. 

Des réseaux de transports complexes

Le traçage a permis de se rendre compte que des produits braconnés en Afrique de l'Est étaient embarqué vers l'Afrique de l'Ouest, notamment au Nigéria, vers l'énorme port de Lagos, d'où ils partent ensuite vers l'Europe, sans être déchargés mais simplement transbordés, direction l'Asie.  

L’Asie est aujourd'hui la principale destination au monde du braconnage. Un triste record détenu auparavant par l'Europe. 

La contrebande vers l'Asie a d'ailleurs explosé au moment où la Chine prenait pied en Afrique, en construisant des infrastructures, notamment portuaires, et en faisant venir des employés chinois, ce qui a pu faciliter à certains endroit la mise en place de réseaux. 

La Chine, le sait. En prenant la présidence de la COP 15, il lui faut désormais donner des gages de progrès en matière de développement durable et de biodiversité. Essentiel au moment où Xi Jin Ping promet  l’avènement d'une nouvelle civilisation, " la civilisation de l’écologie".

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L'équipe

Claude Guibal
Claude Guibal
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Production
Jean-Marc Four
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