Des serviettes de bain à l'effigie de Lula et Bolsonaro en vente dans les rues de Brasilia à quelques jours du premier tour de la présidentielle.
Des serviettes de bain à l'effigie de Lula et Bolsonaro en vente dans les rues de Brasilia à quelques jours du premier tour de la présidentielle. ©AFP - EVARISTO SA
Des serviettes de bain à l'effigie de Lula et Bolsonaro en vente dans les rues de Brasilia à quelques jours du premier tour de la présidentielle. ©AFP - EVARISTO SA
Des serviettes de bain à l'effigie de Lula et Bolsonaro en vente dans les rues de Brasilia à quelques jours du premier tour de la présidentielle. ©AFP - EVARISTO SA
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Incertitude avant la présidentielle au Brésil. Jair Bolsonaro, le sortant d’extrême-droite, est à la traîne dans les sondages. Mais le revenant Lula, qui a dirigé le pays de 2003 à 2010, a encore beaucoup d’obstacles à surmonter pour s’installer à nouveau au palais présidentiel.

A première vue, les jeux sont faits. Luis Inácio Lula da Silva part grand favori du scrutin. Il compte 10 à 15 points d’avance sur son rival Bolsonaro.

Il frôle même le seuil des 50% des voix qui lui donnerait la victoire dès le premier tour. C’est possible mais, en toute logique, les deux hommes vont en découdre lors d’un second tour le 30 octobre. Les neuf autres candidats n’ont aucune chance de l'emporter.

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Ces derniers temps, Jair Bolsonaro a comblé une partie de son retard dans les sondages. Et il reste un animal politique hors pair, il l’avait déjà montré au cours de la dernière campagne présidentielle en 2018.

Le président d’extrême-droite peut compter sur une armée de militants prêts à tout pour écarter la menace « rouge ». Lula est présenté comme un dangereux communiste qui a tout pour effrayer les milieux économiques. Le héros de la gauche brésilienne est par ailleurs un repris de justice, condamné pour corruption, qui a passé un an et demi en prison. Des arguments dont les bolsonaristes font leur miel.

Tout cela est amplifié par la désinformation, massive, du camp ultraconservateur, sur les réseaux sociaux et dans les médias proches du pouvoir.

Jair Bolsonaro tente aussi d’élargir son électorat. Il veut séduire les classes défavorisées, plus enclines à voter Lula, qui avait sorti des millions de Brésiliens de la pauvreté grâce à ses programmes sociaux du temps de sa présidence. Bolsonaro a ainsi augmenté plusieurs allocations.

Enfin son épouse Michelle, fervente évangélique, occupe désormais le devant de la scène.

Lula peine à renouveler son discours

L’ancien syndicaliste, âgé de 76 ans, continue à briller en meeting, à haranguer les foules de sa célèbre voix rauque… Mais, flanqué d’un candidat à la vice-présidence plus centriste, Geraldo Alckmin, il s’est assagi.

Et son discours manque parfois d’audace.

Il promet de lutter encore et toujours contre la pauvreté, de rassembler les Brésiliens. Surtout, il fustige à longueur de journée le bilan de Bolsonaro. C’est vrai qu’il ne manque pas d’arguments.

Le président sortant a minimisé l’impact de la pandémie de Covid qui a fait plus de 680.000 morts.

Il a laissé faire la déforestation en Amazonie qui a augmenté de 75% par an au cours de son mandat.

Il a multiplié les bourdes diplomatiques.

Le dossier à charge contre Bolsonaro est solide, mais ça ne fait pas un programme. En résumé, Lula se présente en alternative à la barbarie. C’est son principal argument de campagne.

Il a même manqué de pugnacité lors du premier débat télé fin août. Il aura ce jeudi 29 septembre une seconde chance pour un nouvel affrontement très attendu.

Bolsonaro acceptera-t-il son éventuelle défaite ?

En cas de victoire de Lula, il n'est pas du tout certain que Jair Bolsonaro quitte le pouvoir sans faire de vagues. Le président sortant ne cesse de jeter le discrédit sur le système de vote brésilien. En juillet, il a réuni des diplomates étrangers pour leur démontrer que le vote électronique en vigueur était vulnérable à des fraudes massives. Pourtant, rien ne le prouve.

Les autorités électorales ont même annoncé hier l’ouverture d’une enquête sur un document mensonger fourni par le pouvoir dénonçant des failles.

Bolsonaro assure parfois qu’il est prêt à se retirer. Mais le plus souvent, il dit que les sondages se trompent, qu’il tient son mandat de Dieu, et que seule la fraude peut faire élire Lula.

En cas de défaite, il pourrait donc appeler ses militants à se mobiliser. Façon Trump. Bolsonaro, qui dort avec un revolver sur sa table de chevet, a beaucoup assoupli l’accès aux armes à feu. D’où la crainte de violences. Un remake de l’assaut du Capitole semble possible.

Et les institutions brésiliennes demeurent fragiles.

Il existe toutefois des garde-fous. Par exemple, le Tribunal spécial électoral a multiplié les mises en garde et les poursuites judiciaires pour protéger la démocratie.

Et en dernier recours, Lula pourra peut-être s’appuyer sur un allié inattendu : l’armée. Que vont faire les généraux ? C’est l’une des grandes inconnues si Bolsonaro refuse de quitter la scène.

Le président sortant est un nostalgique de la dictature militaire. Il a promu de nombreux officiers. Mais, comme le pays, l’armée est divisée. Et les généraux auraient beaucoup à perdre en soutenant un putsch.