A la tribune de la COP26 à Glasgow, le Premier ministre indien Narendra Modi s'engage à la neutralité carbone en 2070. ©AFP - ALASTAIR GRANT / POOL
A la tribune de la COP26 à Glasgow, le Premier ministre indien Narendra Modi s'engage à la neutralité carbone en 2070. ©AFP - ALASTAIR GRANT / POOL
A la tribune de la COP26 à Glasgow, le Premier ministre indien Narendra Modi s'engage à la neutralité carbone en 2070. ©AFP - ALASTAIR GRANT / POOL
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Résumé

Les dirigeants du monde entier ont pris la parole ce lundi 1er novembre à la tribune de la COP26 à Glasgow. Un continent est souvent montré du doigt : l’Asie. Impossible de stabiliser le climat sans cette région du monde, qui ne veut pas mener seule le combat contre le réchauffement.

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Les données chiffrées aident à prendre  la mesure du phénomène.

L’Asie compte près de 60% des habitants de la planète. 

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En incluant l’Australie, le continent produit et consomme les trois quarts du charbon mondial. La moitié de toute l’électricité de la Chine vient du charbon. En Inde, c’est 75%.

L’Asie-Pacifique représente plus des trois quarts de la progression des émissions de gaz à effets de serre.

D’après le Global Energy Monitor, environ 1000 centrales à charbon sont actuellement en construction ou en projet dans le monde. 865 d'entre elles se situent en Asie-Océanie.

En clair, on ne pourra pas régler le problème des émissions de carbone et du réchauffement climatique sans travailler avec cet immense continent.

Une précision importante : des centaines de millions d’Asiatiques font partie des populations les plus exposées aux dérèglements climatiques. Les phénomènes extrêmes se sont multipliés dans la région ces dernières années : ouragans, inondations, canicule, sècheresse, ou encore montée des eaux.

Mais les promesses des pays asiatiques ne sont pas à la hauteur des attentes.

La Chine d'abord, devenu le principal pollueur de la planète, responsable de plus d’un quart des émissions mondiales de CO2, est loin du compte. Le président Xi Jinping n’est pas présent à Glasgow, il n’était pas non plus au G20 ce week-end à Rome. Officiellement, son absence s'explique par les strictes mesures anti-Covid en vigueur de son pays, mais on ne peut exclure un prétexte sanitaire pour éviter des discussions diplomatiques embarrassantes. De nombreux pays, les Etats-Unis en tête, accusent Pékin de ne pas en faire assez. 

La Chine s’est fixée pour objectif la neutralité carbone avant 2060, et un pic des émissions en 2030 au plus tard. D'ici là, son économie reposera largement sur les énergies fossiles. Aucune limite n’est fixée. D’ailleurs, la Chine n’a pas hésité à augmenter récemment l'extraction de houille pour faire face aux pannes de courant des dernières semaines.

L’Inde est aussi montrée du doigt. C’est le troisième pollueur du Globe. 80% de l’énergie qu’elle consomme est d’origine fossile. Ce jeudi 1er novembre, à la tribune de la COP26, le Premier ministre Narendra Modi a enfin donné une date pour la neutralité carbone : 2070. Très tard !

Des raisons d'espérer

Le Japon et la Corée du sud, longtemps très timides, se montrent désormais un peu plus ambitieux. Ils visent chacun « zéro émission » en 2050, mais ils partent de loin.

En fait, dans la plupart des pays d’Asie, le changement climatique est très absent du débat politique. Les gouvernements ne sont pas incités à agir par les opinions publiques. 

Il y a toutefois quelques raisons d’espérer.

D’abord la Chine a préparé le terrain au G20 ce week-end à Rome. Xi Jinping a annoncé lors de l'assemblée générale de l'ONU en septembre la fin du financement des centrales à charbon à l’étranger. Même si le G20 a accouché de très peu de mesures concrètes, tous les pays ont au moins pris cet engagement. 

Bien sûr, la promesse attendue c’est l’arrêt du financement de touts les centrales, pas seulement à l’étranger. La Chine n’en est pas là mais elle assure qu’en 2060, 80% de son électricité sera renouvelable.

Il faudra des investissements massifs pour changer de modèle. L’économie chinoise en est capable. Elle est aujourd’hui la première fabricante de panneaux solaires et de véhicules électriques.

Pour l'Asie, l'Occident doit payer la transition écologique

L’Inde sait aussi s’adapter. Sa capacité à produire des énergies renouvelables a été multipliée par 6 ces cinq dernières années, par rapport aux cinq précédentes. 

Mais tous les experts le disent, les promesses du moment sont insuffisantes. Et beaucoup de pays d’Asie manque de moyens. 

L’Indonésie a même conditionné ses objectifs climatiques à l’aide internationale : les émissions baisseront de 41% en 2030 avec un soutien de l’étranger, mais seulement de 29% si le pays doit s’autofinancer.

Pour l’Inde, le Bangladesh, et d’autres, les pays occidentaux sont devenus riches grâce aux énergies fossiles. Ils sont grandement responsables du réchauffement climatique. C’est à eux qui ont tant pollué de faire le plus d’efforts.

En résumé, l’Asie manque d’ambition, c’est vrai, mais les nantis d’Europe et d’Amérique doivent mettre la main au portefeuille. Et sans doute plus qu’aujourd’hui. 

Comme l’a rappelé Emmanuel Macron à Glasgow, plusieurs pays riches ne tiennent toujours pas leurs promesses d’une aide climat de 100 milliards de dollars par an aux pays en développement.

Références

L'équipe

Franck Mathevon
Production
Jean-Marc Four
Jean-Marc Four