La présidente de la Chambre des Représentants américaine Nancy Pelosi lors de sa rencontre à Kiev avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky - Ukrainian Presidency / Handout / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP
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Résumé

Les États-Unis ont décidé de passer la surmultipliée en Ukraine : aide militaire massive, déplacement de dirigeants politiques en série à Kiev. Une stratégie de plus en plus offensive vis-à-vis de la Russie. Et les Européens feraient mieux d’y réfléchir à deux fois avant de leur emboiter le pas.

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Le cowboy américain est de retour : chassez le naturel, il revient au galop !

L’évolution de Washington est spectaculaire : le shériff John Wayne est revenu, décidé à se débarrasser de son vieil ennemi, le hors-la-loi Vladimir de Moscou !

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Alors que souvenez-vous, il y a deux mois, au début de la guerre, les Etats-Unis avançaient sur des œufs, désireux de ne pas être perçus comme des cobelligérants dans le conflit.

Mais les revers subis par l’armée russe depuis deux mois ont tout changé. Washington, comme grisé par les échecs de l’ennemi, est devenu va-t-en-guerre.

Le package d’aide à l’Ukraine finalisé ces derniers jours est tout bonnement colossal : 33 milliards de dollars, dont les 2/3 consacrés à de l’aide militaire, armes offensives comme défensives. C’est 10 fois plus, oui 10 fois plus que toute l’aide fournie depuis deux mois.

Et puis il y a les paroles.

La présidente de la Chambre des Représentants Nancy Pelosi qui défend, à Kiev ce week-end, l’idée qu’il faut aller

« jusqu’à la défaite de la Russie »

Le secrétaire à la Défense Lloyd Austin préconisant « l’affaiblissement de la Russie de façon durable ».

3 min

Il ne s’agit plus seulement, comme au début, d’aider l’Ukraine à se défendre contre une agression.

Il s’agit de pousser l’avantage, de solder un vieux compte hérité de la guerre froide, tout en apparaissant comme le général de la cavalerie.

Le but de guerre de Washington a changé. Comme si l’Ukraine n’était plus que l’instrument d’un objectif plus large : battre militairement la Russie.

Le risque d'un engrenage militaire incontrôlé

Et tout cela peut être dangereux. Il faut toujours se méfier des va-t-en-guerre.

D’abord, c’est un effet mécanique. Plus il y a d’armes sur un théâtre de conflit, plus le risque augmente qu’elles soient utilisées.

Le plan colossal annoncé par Washington signifie concrètement le déversement de milliers d’armes en Ukraine : des missiles, des canons, des avions, des chars.

Avec aussi le risque de les voir atterrir à terme dans des mains inconnues, voire ennemies, tant les trafics d’armes font partie du paysage, de longue date, dans cette partie de l’Europe.

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Ensuite, il y a bien entendu le risque de l’engrenage.

Le risque de voir la Chine s’impliquer, même indirectement, parce qu’elle ne voudra pas d’une Russie trop affaiblie.

Le risque surtout de voir Moscou faire monter les enchères.

Quand on entend Lloyd Austin vouloir « affaiblir durablement » la Russie sur le plan militaire, on aimerait bien une explication de texte. Parce qu’on ne peut pas écarter le risque de voir Poutine utiliser une arme nucléaire qu’il brandit déjà comme une menace.

Et qui alors se retrouverait en première ligne ? Le sol européen. Pas le sol américain.

Donc l’Oncle Sam est bien gentil de vouloir régler ses comptes avec son cousin Vladimir mais les Européens peuvent être les premiers à payer les pots cassés.

L'Europe n'a pas intérêt à humilier la Russie

L'Europe doit penser par elle-même.

La guerre en Ukraine nous en fournit l’occasion adéquate.

Quel est l’intérêt, non pas des États-Unis, mais des Européens, voilà la bonne question.

Est-ce d’humilier la Russie ? Certainement pas. Parce qu’au-delà de la personne de Poutine, ce serait créer les conditions, en Russie, d’un fort ressentiment nationaliste et revanchard. Semer les graines d’un autre conflit, plus tard.

Il n’y a pas besoin d’avoir fait une thèse en psychologie ou en sociologie pour comprendre ça.

Sans oublier qu’entre temps, l’Europe va, au fil des mois, sentir passer la facture économique, celle de la rupture avec le gaz ou le pétrole russes.

Donc il faut ménager des portes de sortie à Moscou. Et dire ça, ce n’est pas être un nouveau Daladier ou Chamberlain cédant devant Hitler à Munich en 1938.

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L’intérêt des Européens, est-ce de se ranger derrière un leadership moral états-unien ? Pas davantage.

Que l’Europe ait à défendre des valeurs, l’Etat de droit, le pluralisme, la philosophie des Lumières, certainement. Et c’est pour ça qu’il faut aider l’Ukraine.

Mais se ranger derrière Washington, c’est autre chose.

Les Etats-Unis ne peuvent plus se prévaloir du titre de porte-flambeau de la démocratie. Pas après leur intervention militaire catastrophique en Irak. Pas après les événements du Capitole il y a un an et demi.

Les Européens doivent débattre par eux-mêmes des buts de la guerre en Ukraine, au Parlement européen comme dans chacun des Parlements nationaux.

Développer leur sécurité collective. Défendre leurs intérêts.

Et ces intérêts ne sont pas nécessairement identiques à ceux du cowboy américain.

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Jean-Marc Four
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