Dimanche 17 octobre à Caracas, la femme d'Alex Saab prend la parole lors d'un rassemblement de soutien à l'homme d'affaires proche du régime Maduro.
Dimanche 17 octobre à Caracas, la femme d'Alex Saab prend la parole lors d'un rassemblement de soutien à l'homme d'affaires proche du régime Maduro. ©AFP - JAVIER CAMPOS / NURPHOTO / NURPHOTO VIA AFP
Dimanche 17 octobre à Caracas, la femme d'Alex Saab prend la parole lors d'un rassemblement de soutien à l'homme d'affaires proche du régime Maduro. ©AFP - JAVIER CAMPOS / NURPHOTO / NURPHOTO VIA AFP
Dimanche 17 octobre à Caracas, la femme d'Alex Saab prend la parole lors d'un rassemblement de soutien à l'homme d'affaires proche du régime Maduro. ©AFP - JAVIER CAMPOS / NURPHOTO / NURPHOTO VIA AFP
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Un homme d’affaires colombien doit être présenté lundi 18 octobre à la justice américaine en Floride. Alex Saab a été extradé ce week-end par le Cap-Vert. Il est accusé d’avoir piloté un vaste réseau de détournement de fonds au Venezuela. Une affaire qui affole le régime vénézuélien.

Alex Saab a été arrêté l’an dernier au Cap-Vert. Il était en route pour l’Iran, mais son jet privé a dû faire escale sur l’archipel pour refaire le plein de carburant. 

L’homme d’affaires colombien faisait l’objet d’une notice rouge d’Interpol. Il avait été inculpé en 2019 en Floride pour blanchiment d’argent. Il est soupçonné d’avoir détourné 350 millions de dollars du Venezuela vers des comptes à l’étranger, notamment aux Etats-Unis.

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L’affaire provoque la colère du pouvoir vénézuélien. Le président Nicolas Maduro parle d’un « enlèvement », d’« une des plus ignobles injustices des dernières années ».

Caracas a pris deux décisions en représailles à l’extradition d’Alex Saab. 

Représailles de Caracas

Première décision : le Venezuela a suspendu les négociations avec l’opposition. Des discussions avaient repris il y a deux mois et un nouveau round devait commencer hier.

Seconde décision : six anciens cadres d’une filiale américaine de la société pétrolière du Venezuela ont été de nouveau emprisonnés à Caracas. Ils avaient été condamnés l’an dernier à de lourdes peines pour corruption, puis finalement assignées à résidence en avril. Un geste de bonne volonté du président Maduro. Mais ces six hommes, dont cinq ont la nationalité américaine, servent manifestement de pions, de monnaies d’échange dans l’affrontement entre le Venezuela et les Etats-Unis.

Pour comprendre ce qui agace tant Caracas dans cette affaire, il faut s’attarder un moment sur le profil d’Alex Saab. L’homme d’affaires fait partie de ces individus opportunistes que l’on retrouve dans les régimes corrompus du monde entier.

Il a 49 ans. D’origine libanaise, il est né en Colombie, à Barranquilla, la grande ville du nord du pays.

Il débarque au Venezuela au début des années 2010. Il se rapproche d’abord du régime d’Hugo Chavez, puis devient incontournable avec l’arrivée au pouvoir de Maduro en 2013.

Alex Saab va notamment jouer un rôle-clé dans ce qu’on appelle les CLAP, un programme qui permet de fournir de la nourriture à une population victime de graves pénuries alimentaires. En fait, d’après la justice américaine, les produits achetés sont surfacturés et les bénéfices blanchis. 

L’homme d’affaires va ainsi s’enrichir et financer la corruption vénézuélienne, au service notamment de la famille Maduro. C’est ce que montre le site vénézuélien Armando Info, à l’origine de plusieurs révélations sur les activités douteuses de Saab.

Maduro craint que Saab ne dévoile tous ses secrets

Le millionnaire colombien est protégé par le pouvoir qui lui a donné la nationalité vénézuélienne. Maduro l’aurait même promu diplomate, ce qui n’a été révélé, bizarrement, qu’après son arrestation au Cap-Vert. Pour Caracas, il devrait donc bénéficier de l’immunité diplomatique.

Nicolas Maduro et son entourage ne veulent surtout pas qu’Alex Saab déballe tout ce qu’il sait.

Ce dossier est sans doute le sujet qui préoccupe le plus les autorités aujourd’hui, peut-être plus encore que la crise économique que traverse le pays. 

Il intervient dans un contexte de reprise des négociations entre le pouvoir vénézuélien et l’opposition emmenée par Juan Guaido. 

Le régime Maduro veut un allègement des sanctions occidentales, tandis que l’opposition souhaite des élections régionales libres et transparentes le mois prochain, et un scrutin présidentiel équitable en 2024. 

En septembre, à la surprise générale, Caracas avait même nommé Alex Saab membre de la délégation qui participe à ces discussions. Une preuve de plus de la volonté du régime de le protéger.

Des affiches appelant à la libération du Colombien ont été placardées sur les murs de Caracas. Un rassemblement a été organisé hier en présence de sa femme mannequin, Camilla Fabri, elle aussi soupçonnée de malversations. Elle a lu en pleurs un message de son mari tout juste extradé : « j’affronterai mon procès avec une dignité totale ; je n’ai pas à collaborer avec les Etats-Unis. »

Alex Saab résistera-t-il à la pression américaine dans les mois à venir ? 

Le président Maduro a de quoi être inquiet. Un homme qui sait tout de sa fortune, du financement de son régime, de la corruption vénézuélienne, est aujourd’hui entre les mains des Etats-Unis, son pire ennemi.