Michelle Bachelet, Haute-Commissaire aux droits de l'homme, tient un discours le 28 février 2022 à Genève devant le Conseil des droits de l'homme de l'ONU.
Michelle Bachelet, Haute-Commissaire aux droits de l'homme, tient un discours le 28 février 2022 à Genève devant le Conseil des droits de l'homme de l'ONU.
Michelle Bachelet, Haute-Commissaire aux droits de l'homme, tient un discours le 28 février 2022 à Genève devant le Conseil des droits de l'homme de l'ONU. ©AFP - FABRICE COFFRINI
Michelle Bachelet, Haute-Commissaire aux droits de l'homme, tient un discours le 28 février 2022 à Genève devant le Conseil des droits de l'homme de l'ONU. ©AFP - FABRICE COFFRINI
Michelle Bachelet, Haute-Commissaire aux droits de l'homme, tient un discours le 28 février 2022 à Genève devant le Conseil des droits de l'homme de l'ONU. ©AFP - FABRICE COFFRINI
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Résumé

Michelle Bachelet, Haute-Commissaire aux droits de l’homme, a entamé lundi 23 mai une visite de six jours en Chine consacrée au traitement des musulmans dans le Xinjiang. Face aux nombreuses critiques, sa crédibilité est en jeu.

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L'histoire est connue : en 1787, le ministre russe Grigori Potemkine organise un voyage pour faire découvrir la nouvelle Russie à l’impératrice Catherine II. Il l’emmène en Crimée où il a préalablement fait construire de magnifiques villages en carton-pâte pour masquer la pauvreté de la région. Les villages Potemkine.

Eh bien, c’est un voyage Potemkine que redoutent les défenseurs des droits de l’homme au premier jour de la visite en Chine de la Haute-Commissaire aux Droits de l’Homme. 

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Michelle Bachelet pourra-t-elle rencontrer qui elle veut ? Aller où elle veut ? C’est peu probable. Son séjour a fait l’objet d’âpres négociations entre l’agence de l’ONU et Pékin.  Une équipe du Haut-Commissariat est déjà sur place depuis un mois, à Canton, avec pour mission d’affiner le programme. Mission délicate car la principale destination du voyage, le Xinjiang, se trouve à plus de 4000 kilomètres. 

Michelle Bachelet a tenu une visioconférence ce lundi 23 mai avec des représentants de 70 ambassades étrangères. D’après des diplomates cités par l’Agence-France-Presse, elle a assuré qu’elle aurait accès à des centres de détention et pourrait s’entretenir avec des militants des Droits de l’Homme. Elle se rendra cette semaine dans la province du Xinjiang, à Kash-gar et Urumqi, les principales villes de la région.

Il faut rappeler ce qui est reproché à la Chine dans le Xinjiang. 

Les ONG dénoncent les "crimes contre l'humanité" au Xinjiang

De nombreuses études, des travaux d’universitaires, de journalistes, accusent Pékin d’avoir interné au moins un million de Ouïghours et de musulmans d’autres minorités dans des camps de rééducation. Les autorités chinoises y imposerait le « travail forcé » et pratiquerait dans certains cas des stérilisations « forcées ». 

Human Rights Watch parle de « violations des droits de l’homme à une échelle et d’une portée inimaginables » depuis la dernière visite d’un haut-commissaire, en 2005. Amnesty a dénoncé dans un rapport « les persécutions à grande échelle orchestrées par l’Etat » qualifiées de « crimes contre l’humanité ».

Pékin dément avec vigueur, et présente ces camps comme des centres de formation professionnelle destinés à combattre l’extrémisme religieux.

Pour les ONG de défense des droits de l’homme, aucun doute : La Chine va utiliser la visite de Michelle Bachelet pour se dédouaner. Un voyage de propagande en quelque sorte.

Et il sera d'autant plus simple de fermer certains accès que Pékin pratique encore la politique zéro-Covid en appliquant des mesures drastiques. Même si la Haute-Commissaire a été épargnée de quarantaine à son arrivée en Chine, d’autres restrictions sanitaires permettront de limiter ses déplacements. 

Enfin, Michelle Bachelet elle-même, est critiquée pour son positionnement. Elle ne s’exprime presque jamais sur le respect des Droits de l’homme en Chine. Depuis le début de son mandat en 2018, le Haut-Commissariat n’a pas publié un seul communiqué sur le Xinjiang. Les Etats-Unis dénoncent « un silence persistant »

Une autre agence de l’ONU s’est trouvée sous le feu des mêmes critiques : l’Organisation mondiale de la Santé, dont le directeur Tedros Ghebreyesus était jugé trop proche de Pékin au début de la pandémie.

Droits économiques ou droits civils et politiques

Mais si Michelle Bachelet n’était pas allée en Chine, elle aurait aussi essuyé des reproches.

L’ancienne présidente du Chili est, c’est vrai, plus conciliante avec la Chine que beaucoup de pays occidentaux. 

A l’inverse, son prédécesseur à ce poste, Zeid Raad Al-Hussein, dénonçait sans relâche les atteintes aux Droits de l’Homme en Chine. 

Mais Michelle Bachelet a des arguments. Dans une interview accordée au journal suisse Le Temps, elle assure qu’elle aborde ces questions avec les autorités chinoises « de manière privée ».

Elle met aussi en avant les « droits économiques et sociaux », qui ne doivent pas être séparés des droits civils et politiques. Et sur ces points, même si c’est aussi le discours de la Chine, il y a eu des avancées.

Surtout, Michelle Bachelet ne doit pas être jugée sur la pertinence de cette visite, mais plutôt sur ses conclusions.

Un rapport du Haut-Commissariat sur les atteintes aux Droits de l’Homme dans le Xinjiang serait prêt depuis l’été dernier. Les ONG regrettent qu’il n’ait toujours pas été publié. L’occasion de mettre un tampon de l’ONU sur le constat des crimes commis par Pékin.

C’est au moment de la publication de ce rapport qu’on pourra juger du courage ou de la couardise de Michelle Bachelet.

Références

L'équipe

Franck Mathevon
Production