Comme cette famille, des dizaines de milliers de civils onf tui les combats à Hassake depuis 4 jours ©AFP - AFP
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Comme cette famille, des dizaines de milliers de civils onf tui les combats à Hassake depuis 4 jours ©AFP - AFP
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Résumé

Le groupe EI refait parler de lui en Syrie. Il a lancé en fin de semaine dernière une offensive d’envergure contre un camp de prisonniers où sont détenus nombre de jihadistes. Cette résurgence de Daech était malheureusement prévisible et l'Occident y a sa part de responsabilité.

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Cette attaque a tout d’un cauchemar ressurgi du passé. Mais ce n’est pas un cauchemar : c’est la réalité. Le groupe Etat Islamique est de retour en Syrie.

Cette attaque est d’une ampleur sans précédent depuis trois ans et la chute du dernier bastion de Daech à Baghouz.

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L’offensive a été lancée jeudi soir et elle avait été minutieusement préparée.

Au moins une centaine de combattants jihadistes lourdement armés d’explosifs ont fait sauter des camions piégés autour du camp de prisonniers de Ghwayran à Hassake, cette zone du Nord de la Syrie contrôlée par les forces kurdes.

Au même moment, des détenus ont déclenché des incendies à l’intérieur du camp.

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Les forces kurdes ont ensuite riposté. Les combats de rue n’ont pas cessé jusqu’à ce matin.

Entre-temps, les affrontements ont fait plus de 150 morts, ils ont déclenché l’exode de près de 50.000 civils. Et surtout, ils ont permis la fuite de dizaines, peut-être de centaines (on ne sait pas bien) de jihadistes incarcérés dans le camp. Dont peut-être plusieurs anciens dirigeants de Daech.

Cet épisode vient confirmer la résurgence du groupe Etat Islamique en Syrie depuis 18 mois.

Il n’est plus une semaine sans une escarmouche ou un attentat, en particulier dans les zones de Deir Ezzor, près de l’Irak, et de plus en plus dans cette région kurde du Rojava, au nord.

Ce n’est pas encore la reconstitution d’un territoire.  Plutôt de la guérilla. Mais Daech est bien de retour. Le mouvement compterait près de 10.000 combattants.

Les Kurdes abandonnés en première ligne

L’Occident a une part de responsabilité là-dedans.

Pour deux raisons.

La première, c’est qu’on a laissé tomber les Kurdes tout en leur refilant la patate chaude, pardonnez-moi la trivialité de l’expression.

L’histoire de ces trois dernières années, c’est celle du désengagement occidental de la zone, en arguant de la disparition du groupe Etat Islamique.

Cette attitude a laissé le champ libre aux autres acteurs : Assad, le tortionnaire sorti indemne du conflit, la Russie, l’Iran, la Turquie.

Les Kurdes, seuls acteurs potentiellement démocratiques dans la région et donc alliés désignés de l’Occident, ont été laissés tout seuls pour faire le sale boulot : gérer les jihadistes vaincus.

Une mission compliquée vu que les populations arabes sunnites de la région ne voient pas d’un bon œil cette domination politique kurde et sont donc tentées de fermer les yeux sur la résurgence des islamistes.

Si encore les Kurdes avaient reçu quelque chose en contrepartie. Mais nada, rien : personne ne reconnait l’autonomie kurde dans la région.

Les Kurdes se retrouvent donc avec les inconvénients sans les avantages.

Résultat : ils sont non seulement dans l’incapacité de faire face à la situation. Mais en plus ils n’ont pas la volonté de gérer d’éventuels procès contre les jihadistes retenus dans les camps.

On peut les comprendre.

Le refus de rapatrier les jihadistes

En outre, tous ces camps de prisonniers dans la zone constituent un énorme problème !

Et là on touche du doigt la deuxième responsabilité occidentale.

Ces camps, Ghwayran dont on parlait, Al Hol, Roj, comptent des dizaines de milliers de prisonniers. On ne sait pas exactement combien : peut-être 60, 70.000.

Avec dans le lot, environ 10.000 jihadistes. Dont au moins 2000 étrangers de plus de 50 nationalités. Et aussi des milliers de femmes et d’enfants. Omar Ouahmane nous avait emmenés en reportage dans l’un d’eux il y a quelques mois.

Ces camps, souvent insalubres, sont des fabriques à terroristes. Le sentiment d’injustice, en l’absence de tout procès, y est forcément croissant. En particulier chez des enfants qui ne sont en rien responsables de la situation.

C’est le moyen le plus sûr pour créer les extrémistes de demain.

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On a donc du mal à comprendre pourquoi nombre de pays occidentaux, notamment la France, se refusent à rapatrier leurs ressortissants, soit pour les traduire en procès, soit pour les réinsérer dans le cas des enfants.

Seulement 35 enfants rapatriés par la France, il en resterait plus de 200.

Malgré les appels multiples de juristes, de psychiatres, d’humanitaires, rien n’est fait. Au motif que ce serait mal vu par l’opinion publique française.

On voit bien l’argument.

Mais ne rien faire, c’est pousser ces enfants dans les bras des jihadistes. Donc créer les conditions du retour du cauchemar.

Parce que, souvenons-nous, c’est comme ça que le groupe État Islamique a démarré entre 2006 et 2014 : par la radicalisation clandestine dans les prisons irakiennes, puis par l’évasion des extrémistes des prisons.

L’Histoire menace donc de bégayer.

Or on a déjà payé pour voir. Et payé très cher.

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Jean-Marc Four
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