Guerre au Tigré : au bord du « génocide », de nouveaux pourparlers de paix.

Manifestation de soutien aux forces gouvernementales éthiopiennes à Addis-Abebba, le 22 octobre 2022.
Manifestation de soutien aux forces gouvernementales éthiopiennes à Addis-Abebba, le 22 octobre 2022. ©AFP - Amanuel Sileshi / AFP
Manifestation de soutien aux forces gouvernementales éthiopiennes à Addis-Abebba, le 22 octobre 2022. ©AFP - Amanuel Sileshi / AFP
Manifestation de soutien aux forces gouvernementales éthiopiennes à Addis-Abebba, le 22 octobre 2022. ©AFP - Amanuel Sileshi / AFP
Publicité

Une nouvelle tentative de négociation de paix ouvre aujourd’hui en Afrique du sud entre les rebelles du Tigré et l'Ethiopie pour mettre fin à une guerre qui dure depuis deux ans

Deux ans... Jamais probablement les principaux protagonistes de cette guerre, les rebelles du Tigré et le président éthiopien Abiy Ahmed n'auraient imaginé que ce conflit durerait aussi longtemps.

Une guerre sur le point de basculer vers « un génocide » : l'avertissement lancé la semaine dernière par le patron de l'OMS, Tedros Ghebreyesus, lui-même d'origine tigréenne.

Publicité

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

**Une guerre dont les racines sont pourtant plus à chercher dans la rivalité politique que dans le conflit ethnique.**Une guerre dont les racines sont pourtant plus à chercher dans la rivalité politique que dans le conflit ethnique.

Le Tigré est en effet une des dix régions autonomes de l'Ethiopie, qui est une fédération. Son élite politique s'est opposée à la vision centralisée portée par le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, au pouvoir depuis 2018.

Descente aux enfers

A peine arrivé à la tête du gouvernement éthiopien, il avait en effet tendu la main à l’Erythrée avec qui l'Ethiopie était en guerre. 20 ans de conflit, plus de 60 000 morts. C'est cette paix inattendue et rapide avec ce pays terrifiant, qualifié de Corée du nord de l'Afrique, qui avait valu à Aby Ahmed le Nobel de la paix.

La guerre avec le Tigré a commencé peu après, lorsque Abiy Ahmed a commencé à écarter le TPLF, le Front de Libération du Peuple du Tigré, une des principales forces politiques du pays. Conflit politique qui a dégénéré en conflit armé.

Depuis deux ans, c'est un vertige absolu, à peine interrompu cet été par un bref et fragile cessez le feu.

Mais depuis fin août, l'intensification des combats est qualifié d' « intenable » par le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres.

Viol de masse, exactions, bombardements massif de villes et d'infrastructures civiles, famine... Les témoignages, difficiles à obtenir, parlent de guerre totale, à laquelle s’ajoute le risque génocidaire car le conflit s'est ethnicisé, un levier notamment instrumentalisé par Addis Abeba.

Une guerre loin des regards

L'Ethiopie impose un blocus quasi total : les combats se déroulent à huis clos, loin des médias et de l'accès humanitaire, quasi totalement bloqué.

Electricité, réseau bancaire, communication, approvisionnement, il n'y a presque plus rien. La région du Tigré est assiégée, la population, abandonnée à elle-même.

La communauté internationale s’est peu penchée sur cette guerre complexe, sous les radars, sans images, sans informations fiables.

On ne sait pas exactement son bilan. 2 millions de déplacés, certains parlent d'un demi-million de morts,

Il y a un mois, un premier essai de négociations de paix a fait long feu. Officiellement pour des raisons d'organisation, les discussions n'ont pas eu lieu.

Mais il y a eu, entretemps, cette visite à Washington d'une délégation éthiopienne pour négocier une restructuration de la dette.

Les caisses éthiopiennes sont siphonnées par l'effort de guerre, et le président Abiy Ahmed a désespérément besoin d'un appel d'air pour financer les réformes dont il a besoin. Il veut en finir avec les tigréens, et en finir aussi avec cette guerre.

Un troisième protagoniste : l'Erythrée

La grosse offensive lancée fin août a permis de mettre à genoux les tigréens pour des mois. Avant même les récoltes, tout a été détruit. Les champs brûlés. La famine est là, elle est là pour durer.

Or, contrairement aux apparences, la guerre au Tigré n'est pas une simple guerre civile, une guerre entre éthiopiens qui aurait dégénéré en conflit ethnique. Il y a un troisième acteur de cette guerre : l'Erythrée.

L'ancienne ennemie de l'Ethiopie est active dans cette guerre, ses troupes participent au combat en appui du gouvernement éthiopien, par haine des tigréens, que l'Erythrée veut elle aussi anéantir. Et l'Erythrée, elle, n'a pas nécessairement intérêt à ce que cette guerre s'arrête. Et ces alliances de circonstances sont lourdes de conséquences.

Et cela peut continuer longtemps, tant qu'au Tigré, on meurt en silence.

L'équipe