Bientôt fini, le recours à la monnaie "réelle" au Nigéria? Le pays se dote d'une monnaie digitale, destinée à contrer l'essor des cryptomonnaies privées. ©AFP - PIUS UTOMI EKPEI / AFP
Bientôt fini, le recours à la monnaie "réelle" au Nigéria? Le pays se dote d'une monnaie digitale, destinée à contrer l'essor des cryptomonnaies privées. ©AFP - PIUS UTOMI EKPEI / AFP
Bientôt fini, le recours à la monnaie "réelle" au Nigéria? Le pays se dote d'une monnaie digitale, destinée à contrer l'essor des cryptomonnaies privées. ©AFP - PIUS UTOMI EKPEI / AFP
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Résumé

Le pays le plus peuplé d’Afrique devient le premier pays d'Afrique à se doter officiellement aujourd'hui d'une monnaie digitale. Un moyen de lutter contre l'essor incontrôlé des cryptomonnaies.

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Le bébé s'appelle le e-naira et il est théoriquement désormais possible à partir d'aujourd'hui d'effectuer tous les paiements avec cette monnaie virtuelle qui va exister en parallèle du naira « originel », la devise nationale nigériane.

La population est invitée à télécharger une sorte de portefeuille virtuel qui va servir de stockage à l’e-naira. Une façon de compenser l’absence d’accès de près de la moitié des nigérians au système bancaire classique. 

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Le Nigeria est déjà un des pays qui utilise le plus au monde les cryptomonnaies, pourtant interdites. Et c’est pour contrer cette ruée vers ces monnaies virtuelles, issues d’opérateurs privés, que l'état a choisi de se doter de sa propre monnaie digitale. 

Réguler et contrôler

Pour de nombreux états, les cryptomonnaies sont un cauchemar sur lesquels ils n’ont aucune prise : pas de moyen de vérifier les fraudes, l'origine des fonds: une voie royale pour le blanchiment d'argent. Et pas possible d'imposer des taxes. 

Ces cryptomonnaies sont devenues très importantes pour les pays émergents : l'Afrique subsaharienne est la première zone d'échange du monde en cryptomonnaie, notamment en direction de la Chine. 

Un des principaux attraits des cryptomonnaies pour ces pays réside dans la facilité des transferts d'argent vers l'étranger.

Ce marché des transferts est crucial dans les pays avec une forte diaspora, émigrée, qui envoie de l'argent au pays. Or ces transferts de fonds traditionnels sont extrêmement chers et compliqués. C'est là que l'état nigérian compte attirer des utilisateurs en proposant avec le e-naira des commissions plus faibles qu'avec le système classique, et avec une monnaie - contrairement au bitcoin - garantie par une banque centrale.

Théoriquement, c'est moins risqué. Dans les faits cela peut-être aussi moins rentable car la valeur du e-naira reste la même que celle du naïra, une monnaie qui est déjà soumise à de fortes baisses et qui n'est donc pas très rassurante pour la population.

La course aux monnaies numériques fait rage

Le Nigeria n'est pas le premier à se lancer dans la monnaie virtuelle. D’autres pays, tels le Ghana sont en phase test. 

La pandémie a accéléré le développement de ces monnaies numériques, on utilise de moins en moins de cash, et Facebook va même proposer sa propre monnaie en ligne.

Et puis il y a le bitcoin, la plus répandue des cryptomonnaies. Le Salvador est le premier pays au monde à en avoir fait une monnaie légale, au même titre que sa devise officielle.

Certaines entreprises font le pari de ces cryptomonnaies, comme Tesla, la société d'Elon Musk qui a converti 1.5 milliard de dollars de ses actifs en bitcoin.

Mais le bitcoin pose un problème de souveraineté. C'est pourquoi des pays l'interdisent, comme le Nigeria ou la Chine, qui veut contrôler de très près les échanges de capitaux. 

Elle met ainsi en place sa propre monnaie virtuelle, le e-yuan qui pourrait se généraliser d'ici l'an prochain. L'Europe s'y met aussi, avec un projet pilote sur deux ans pour créer l'euro numérique. C'est pourquoi l'exemple du Nigeria va être très intéressant à suivre pour tester ces usages et ces nouveaux moyens de paiement. 

Références

L'équipe

Claude Guibal
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Production
Jean-Marc Four
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