En Turquie, le séisme a délié les langues

Immeubles effondrés à Antioche (Turquie), au lendemain du séisme qui a ravagé le sud-est de la Turquie et le nord de la Syrie. ©Radio France - Marie-Pierre Verot
Immeubles effondrés à Antioche (Turquie), au lendemain du séisme qui a ravagé le sud-est de la Turquie et le nord de la Syrie. ©Radio France - Marie-Pierre Verot
Immeubles effondrés à Antioche (Turquie), au lendemain du séisme qui a ravagé le sud-est de la Turquie et le nord de la Syrie. ©Radio France - Marie-Pierre Verot
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Trois semaines après le tremblement de terre qui a dévasté le sud de la Turquie, de plus en plus de voix s’élèvent pour critiquer publiquement les autorités. Un vent de contestation qui menace désormais directement le président Erdogan, candidat à sa réélection en mai prochain.

Le président turc Recep Tayip Erdogan sortira-t-il fragilisé de sa gestion du séisme ? Alors que l’élection présidentielle prévue le 14 mai approche à grands pas, le leader de l’AKP qui dirige la Turquie d’une main de fer depuis vingt ans est la cible de toutes les critiques, les dernières en date venant des supporters de foot ! Lors de la reprise ce week-end du championnat de Turquie, suspendu après le tremblement de terre, les supporters du club de Besiktas sont allés jusqu’à scander des appels à la démission du gouvernement, avec ce slogan, ’20 ans ça suffit’.

Le club stambouliote de Besiktas est connu comme étant un bastion contestataire, marqué à gauche. Mais ce coup de gueule des supporters n’est pas un phénomène isolé. Depuis trois semaines, de plus en plus de voix critiques se font entendre vis-à-vis du pouvoir, quitte à braver la nouvelle loi sur la désinformation, en vigueur depuis quelques mois, et qui a servi de prétexte à un nouveau tour de vis répressif.

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Erdogan rattrapé par son bilan

Dès les premiers jours qui ont suivi le séisme, la population des régions sinistrées a laissé éclater sa colère face à l’absence des autorités et la lenteur des secours. Des habitants révoltés venaient souvent couper la parole aux reporters en pleins direct à la télévision turque. Le pouvoir a bien tenté de museler ces critiques, mais impossible de tout passer sous silence. Twitter a même été interrompu quelques heures, avant d’être rétabli face au tollé provoqué par cette décision qui ne faisait que compliquer la tâche des secours.

Très vite, la contestation s’est cristallisée contre le président Erodgan, qui se retrouve rattrapé par son bilan, lui qui avait promis d’agir à son arrivée au pouvoir il y a 20 ans après le grand séisme de 1999. Aujourd’hui, Erdogan est accusé d’avoir laissé faire et d’avoir abandonné des régions entières à la corruption. Les organismes aux mains de son parti l’AKP sont également montrés du doigt, comme le Croissant Rouge turc. Cette organisation humanitaire se retrouve au cœur d’un scandale pour avoir vendu de la nourriture et des tentes aux victimes.

Bientôt un candidat pour l'opposition ?

L’opposition à Erdogan saura-t-elle tirer profit de la situation ? Encore faudrait-il qu’elle se mette en ordre de bataille ! A deux mois et demi de la présidentielle, on ne sait même pas qui sera le candidat d’opposition face à Erdogan. Une nouvelle réunion est prévue cette semaine. Peut être un nom sortirat-t-il enfin du chapeau. Le favori s’appelle Kemal Kilishdaroglu, leader du CHP, le grand parti kémaliste heritier d’Atatürk. L’homme ne brille pas par son charisme, mais d’après les observateurs il réalise un sans-faute depuis 3 semaines, multipliant les déplacements sur les lieux du seisme, faisant feu de tout bois contre le pouvoir. Son parti s’est montré omniprésent dans l’assistance aux régions allant parfois jusqu’à se substituer à l’Etat.

De son côté, Erdogan maintient le cap : pas question de reporter les élections, malgré l’état d’urgence en vigueur, et même s’il parait extrêmement compliqué d’organiser un scrutin dans des régions aussi dévastées. Une mission du conseil électoral turc doit se rendre sur place ces jours-ci pour étudier la faisabilité. Dans cette campagne électorale totalement chamboulée par le séisme, Erdogan veut miser sur l’union nationale et son image d’homme fort. Mais vue la tonalité que prend le débat, vue l’ampleur de la colère contre le pouvoir et contre sa personne, l’affaire est loin d’être gagnée.

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